«Tout est extrêmement lié» Montesquieu : Esprit des Lois.


GVLa situation internationale, environnementale, politique, sociale, économique…ne peut que conforter cette perception émise en 1777 dans l’Esprit des Lois.

«Aucun phénomène n’est isolable de l’ensemble socio-politique dont il fait partie et dont résulte « l’esprit général » de la nation» (XIX,4).

Les conséquences pratiques de cette réévaluation de la diversité de l’histoire humaine ne sont nullement conservatrices ; Montesquieu ne dit pas qu’il ne faut rien changer, mais il incite :

  • à comprendre avant de prétendre réformer,
  • à fonder les réformes sur le savoir.

Comprendre ?

Dans tous les domaines, aussi bien en politique, en économie, dans les médias et les réseaux sociaux, on analyse, on critique, on accuse, on décline une partie de ce qui ne va pas mais, en fait, on ne «comprend» rien car on isole des faits, sans tenir compte des liens qui existent entre eux et avec les autres structures. L’éclatement des problèmes détruit leur globalité donc leur efficacité et les aggrave souvent.

Analyser est indispensable pour connaître les composants, mais c’est «dissocier». Comprendre, c’est l’inverse, c’est «prendre avec»:«associer», réunir, construire, donner du sens.

Actuellement la seule chose à comprendre est que l’on ne veut pas comprendre !

Cette approche globalisante des problèmes se médiatise de plus en plus ; elle résulte d’une réflexion liée aux nombreux événements qui se succèdent, souvent dramatiques ; ils sont en relation et s’inter-activent : terrorisme, montée de la violence, réfugiés politiques, économiques, climatiques, montée du FN, désordre économique, financier, détérioration climatique, pollution…

Des ouvrages récents sont proposés au grand public :

  • «Mondes mosaïques» de Jean Audouze, G.Chapouthier, D.Laming, J-P Oudayer CNRS Editions.
  • «Comment tout peut s’effondrer» de Pablo Servigne et Raphael Stevens Editions du Seuil.

Tous les deux débouchent sur cette notion, volontairement ignorée depuis longtemps, que notre civilisation industrielle mondialisée est devenue par le jeu de la multiplication des intervenants et des interventions, un système complexe régi par une infinité d’interdépendances.

Le « complexe » est ce qui est imprévisible. Les interactions nombreuses et simultanées font l’imprévisible. Les sociétés, les êtres vivants, l’environnement sont des ensembles complexes.

Voici quelques unes de ses propriétés :

  • L’émergence : le tout et la somme des parties ne se réduisent pas l’un à l’autre. Les éléments en interaction ont des propriétés émergentes : les milliards de neurones qui composent notre cerveau n’ont individuellement aucune intelligence et pourtant leurs interactions en créent. C’est pour cela qu’étudier séparément des parties ne permet pas de reconstituer le tout. L’individualisme est contraire à une émergence !
  • La circularité : le cercle vertueux de l’économie circulaire en est un exemple, les systèmes de régulation sont aussi de très bons exemples : régulation du taux de glucose dans le sang, du cœur avec l’effort, de la finance, de la consommation..
  • L’auto-organisation: depuis le big bang, le monde s’organise à partir du désordre, en même temps que l’organisation se désordonne, d’où les crises périodiques et la sélection adaptative qui jalonnent notre histoire passée, présente et future. Le «conservatisme» est antinaturel !

Tel un écosystème biologique, un ensemble complexe est capable de supporter de nombreuses contraintes en se réorganisant, c’est son avantage ; c’est le cas par exemple du cerveau qui se reconfigure en permanence par le jeu de ses cellules nerveuses et de ses synapses.

«Il y a davantage d’interactions entre les neurones dans un cerveau humain que d’étoiles dans le ciel».

Puis, arrive un moment où, par la surcharge, une frontière se trouve franchie ; même de très peu, c’est un seuil, elle provoque un effondrement quasi instantané.

Une image farfelue me vient à l’esprit, celle que j’ai observée en revoyant le film de Pierre Richard :«Les malheurs d’Alfred». Étendu sur son hamac, on lui sert une tasse de café ; à sa demande on lui met du lait puis des morceaux de sucre.

A chaque ajout, la caméra montre les cordes du hamac qui se tendent, se distendent et au quatrième morceau se coupent, provoquant l’effondrement instantané !

Une telle image résume bien, à vouloir toujours tirer plus «sur la ficelle»,

«Comment tout peut s’effondrer»

Les résultats obtenus par le FN est symptomatique de cette«tension des cordes du hamac». Les dirigeants n’ont toujours pas pris la mesure du gouffre qui les sépare des plus modestes. Ils ont privilégié, en suivant la méthode linéaire, l’économie, l’individualisme, la finance, les profits… d’une part et les grandes métropoles, ignorant les conséquences, les tensions, les inégalités qu’un tel comportement entrainait.

D’un côté, les métropoles concentrent la richesse, les emplois, et profitent de la mondialisation et, de l’autre la France périphérique (60% de la population) concentre les fragilités sociales.

Les «classes populaires» ne bénéficient pas des effets de la mondialisation, elles bénéficient d’une précarité accrue. Depuis des années, et encore maintenant, on leur dit qu’en se serrant la ceinture maintenant les bénéfices seront pour demain. Ils n’y croient plus, «la tension des cordes»est à la rupture. La «réforme territoriale»ne changera rien car les élus des régions n’ont aucun pouvoir sur les appareils ; les ténors seront dans les métropoles alors que la France périphérique a besoin des meilleurs. Seule l’implosion des partis traditionnels peut être la piste à suivre ; bien des minorités apparaissent, se manifestent mais sont ridiculisées par les médias et les partis en place. Comme toujours, c’est de ce bouillonnement intellectuel minoritaire que jaillira sans doute le monde de demain, mais une sélection reste à faire.

Patience dans l’azur pour les gens pressés, il faut laisser du temps au temps !

Dans «mondes mosaïques», 4 chercheurs font la preuve de cette complexité, chacun dans sa spécialité et en sollicitant des disciplines connexes: l’astrophysicien Jean Audouze et le biologiste Georges Chaupouthier, l’architecte Devanis Laming et le roboticien Pierre-Yves Oudeyer.

Leurs propos pointent des analogies surprenantes. Les villes et les créations de l’homme portent une organisation, des rapports, des intrications que l’on retrouve dans les astres et le vivant. La Nature, comme les hommes, est partie d’éléments simples qui, par le jeu des relations et interactions, ont acquis une complexité accrue selon une évolution:

  • darwinienne qui conduit, par sélection, à une meilleure adaptation.
  • en mosaïque, par juxtaposition d’entités.Tout en conservant une autonomie certaine, il y a eu intégration dans des structures plus vastes, où le tout est supérieur à la partie.

La Cop 21 illustre avec réalisme les causes du dysfonctionnement d’un système complexe dont les retombées sont énormes.

«En comparaison de que cela aurait pu être, cet accord est un miracle. En comparaison de ce qu’il aurait dû être, c’est un désastre. Il fixe un agenda, oblige les États à se revoir et à rehausser régulièrement leurs ambitions après 2020. Mais il nous laisse sur une trajectoire de +3°C au mieux, ne parant donc d’aucune manière aux désastres climatiques que subit un nombre croissant de populations vulnérables autour de la planète.» Greenpeace le 13/12/2015.

Tout peut être remis en cause par un changement politique dans un pays !

9 frontières vitales qui interfèrent ont été définies pour assurer la survie durable de notre«système terre» : le climat, la biodiversité, l’affectation des terres, l’acidification des océans, la consommation d’eau douce, la pollution chimique, l’ozone atmosphérique, le cycle de l’azote et du phosphore, et la charge en aérosols de l’atmosphère.

Les chercheurs affirment que «sur ces neuf seuils, quatre ont déjà été dépassés, avec le réchauffement climatique, le déclin de la biodiversité, la déforestation, et les perturbations du cycle de l’azote et du phosphore».

Il apparaît déjà dans les océans des zones mortes, la pollution rendant impossible les interactions de la chaîne alimentaire. Sur terre, l’Europe a perdu, en trente ans, la moitié de sa population d’oiseaux…

Face à cela, nous sommes dans le déni.

On continue à considérer que chaque fait a une cause et que chaque cause a une conséquence. Ce raisonnement linéaire et réducteur conduit à justifier, sans comprendre, qu’il faut supprimer, diminuer, réduire, faire plus avec moins…

C’est la manifestation d’un système neuronique lui-même linéaire !

par Georges Vallet

crédit photos: alittlemarket.com

Comments

  1. Georges Vallet says:

    L’émission de mercredi soir de C dans L’air sur le terrorisme a fait une démonstration spectaculaire de la prise de conscience que la démarche linéaire, individualiste, concurrentielle…, ordinairement appliquée et que je dénonce dans mon texte, était complètement dépassée; elle explique les énormes difficultés que l’on rencontre pour engager la lutte contre le radicalisme salafiste qui maîtrise, lui, à merveille, la complexité que j’évoquais.

    Au cours de ces échanges, le nombre de fois a été impressionnant où a été prononcé, par tous les participants issus de la justice, de la police, des services de renseignements…. les termes de: nécessité de globalisation, de nébuleuse, d’interrelations et d’interactions en réseau au niveau national et international, d’imprévisibilité, de nécessaires mises en relation constantes des services spécialisés avec toute la société en général comme l’école, les services sociaux, …., en bref tous les facteurs, «infinis», qui interfèrent dans le fonctionnement de cette nébuleuse complexe djihadiste.
    Tout le monde a insisté sur le fait qu’à un phénomène global il fallait répondre par une action globale.
    Nous avons changé de monde dans la gestion des rapports humains; les Nouvelles technologies de l’information, le grand banditisme, les mafias, la drogue, le terrorisme…imprègnent nos sociétés, franchissent toutes les barrières que nous élevons entre nous; comme des cancers ils essaiment des métastases. Le cancer est multifactoriel, on lutte efficacement par un changement de vie, de rapports avec tout notre environnement.
    Ce n’est pas en agissant séparément sur les cibles habituellement mises en avant pour les besoins de l’économie, de la finance, de la recherche du profit individuel que l’on réussira à retrouver la sécurité, la sérénité que nos ennemis réussissent en ce moment à détruire avec une grande réussite, et ce partout dans le monde.

  2. Contribuable Palois says:

    Vous commencez bien Monsieur Vallet:
     »«Tout est extrêmement lié» (citation de Montesquieu : Esprit des Lois).
    La situation internationale, environnementale, politique, sociale, économique…ne peut que conforter cette perception émise en 1777 dans l’Esprit des Lois ».

    Mais vous voulez trop en faire en citant une œuvre majeure du génie français.
    Car Montesquieu ne pouvait émettre une quelconque perception en 1777 comme vous nous le dites.
    Pour la simple raison que Montesquieu, baron de La Brède mourut en 1755.

    Lagarde et Michard nous ont enseigné que L’esprit des lois fut publié par Montesquieu en 1748.

    • Georges Vallet says:

      Merci infiniment pour avoir corrigé cette erreur que je ne m’explique pas d’ailleurs?
      Je ne vois en quoi je veux trop en faire, il est bien évident que la publication remonte à 1748.
      C’est de l’inattention inadmissible en effet.

      • Georges Vallet says:

        Je viens d’en retrouver la cause. En consultant un site de bibliophilie sur les éditions de L’Esprit des Lois, mon attention avait été attirée par l’édition de Genève de 1777, 4 volumes dont l’estimation était de 180 à 280 euros.
        En revenant à mon texte, je n’ai pas fait attention.

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