Espagne : Le changement, c’est demain !


Congreso_de_los_Diputados-pagina_web-asedio-25A-Anonymous_MDSIMA20130425_0095_13Dimanche 20 décembre, les Espagnols votent pour renouveler leurs représentants aux « Congreso de los Diputados », la Chambre des 350 députés espagnols.

Traditionnellement, depuis l’adoption de la nouvelle constitution à la mort de Franco en 1977, il appartient au parti qui a remporté le plus de sièges de mettre en place le nouveau gouvernement. Le Président du gouvernement devrait donc être soit le Président du PP (Parti Populaire), soit le secrétaire général du PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol). Lors des élections de 2011, le PP avait raflé la mise avec 186 sièges (majorité absolue à 176). Le PSOE avait du se contenter de 110 sièges. Le reste des sièges allant à des partis régionaux ou nationalistes. En 2016, tout va changer.

Au cours des dernières années, le mouvement des indignés, le développement des réseaux sociaux, la volonté indépendantiste de l’autonomie catalane, la crise économique et l’explosion du chômage ont bouleversé complètement la donne politique. Résultat : Dans la campagne électorale actuelle, deux nouvelles « têtes », accompagnées d’un nombre important de députés, sont en passe de rentrer au Parlement de Madrid. Demain, ni le PP, ni le PSOE vont pouvoir gouverner seul. Le temps des coalitions arrive. En Espagne, il y a eu un avant 1977 et un après 1977. Il y aura maintenant un avant 2015 et un après 2015.

Le mouvement de indignés a débouché sur l’apparition de PODEMOS et son leader Pablo Iglesias, reconnaissable entre autre à sa queue de cheval, attribut rare en politique ! Un homme charismatique, simple, transversal allant jusqu’à offrir des livres au Roi lors de sa venue au Parlement Européen. Son positionnement le situe à la gauche du PSOE et mord très largement dans son électorat. La nébuleuse* de PODEMOS est créditée, dans le dernier sondage du CIS (Centro de Investigaciones Sociológicas) de 45 à 49 sièges contre 77 à 89 pour le PSOE, dirigé actuellement par Pedro Sánchez. Une addition de voix cependant insuffisante pour atteindre la majorité de 176 voix pour gouverner.

L’autre leader, apparu en octobre 2014 dans les sondages, est centriste : Albert Rivera. Son parti CIUDADANOS s’intercale entre le PSOE et le PP. Lancé en Catalogne, CIUDADANOS, prône l’union entre Catalogne et Espagne. Aux dernières élections régionales catalanes, le 27 septembre 2015, CIUDADANOS est devenu le premier parti d’opposition au Parlement catalan. Un succès qui a marqué les esprits. Si vite, si haut.

Albert Riviera et Iglesias, 35 et 36 ans, rajeunissent** singulièrement le paysage politique espagnol. Ils ont en commun un combat fort : la lutte contre la corruption qui a gangrené au fil du temps les deux poids lourds de la politique : le PP et le PSOE (et accessoirement la Generalitat catalane).

CIUDADANOS est crédité de 63 à 66 sièges dans le futur parlement espagnol. Un nombre de sièges absolument nécessaire tant pour le PP comme pour le PSOE afin de gouverner. A quel parti, Albert Rivera souhaitera t’il se joindre ? Une question sans réponse à ce jour.

Demain, le jeune Président de CIUDADANOS, centriste mesuré, sera idéalement placé pour faire ou défaire le prochain Président du gouvernement espagnol.

– par Bernard Boutin

* La nébuleuse de PODEMOS : Podemos, Compromis, En Comu Podem et En Marea
** L’incroyable rajeunissement de la classe politique espagnole:
PSOE : Pedro Sánchez, né à Madrid en 1972 : 43 ans
CIUDADANOS : Albert Rivera, né à Barcelone en 1979 : 36 ans
PODEMOS : Pablo Iglesias, né à Madrid en 1978 : 35 ans
PP : Mariano Rajoy né à St Jacques de Compostelle en 55 : 60 ans

Comments

  1. Pour finir, Rivera (Ciudadanos) ne sera pas faiseur de Roi. Son résultat (40 sièges) est bien-en deçà de ce que prévoyaient les sondages mais le PP de Rajoy, arrivé premier avec 123 sièges, aura absolument besoin de toutes les voix de Ciudadanos et cela ne sera pas suffisant. Ensemble, ils font 163 sièges.

    Il lui en manquera 13 pour atteindre la majorité absolue de 176. Probablement le PNV Basque va rejoindre une colalition de droite : plus 6 voix. Il en manquera toujours 7 !!!

    Le PSOE et Podemos peuvent aussi prétendre à créer un gouvernement avec UNITAD POPULAR (2). Ensemble, ils ont 161 sièges.

    Ni la gauche, ni la droite atteignent les 176 sièges nécessaire. Un comble : ce sont les partis indépendantistes catalans qui permettront de faire la jonction, soit pour la gauche, soit pour la droite : 9 voix pour les candidats d’Arthur Mas (ERC) et 8 voix pour DYL (plus 2 voix pour les indépendantistes de BILDU – Pays Basque) ! Inacceptable pour beaucoup.

    Bref, une situation très, très compliquée pour former un gouvernement stable, apparemment. A moins que le PP et le PSOE (plus Ciudadanos) créent une vaste coalition.

    En attendant, c’est au Parti arrivé en tête, le PP, qu’il appartient de tenter de créer un gouvernement.

    La répartition des sièges au Congrès, c’est ICI

  2. Larouture says:

    Il me semble que l’histoire politique française est remplie de tentatives de réformes et de réformateurs.
    Je citerais l’épisode Mendès-France (je me souviens un peu des bols de lait), il y a eu également Lecanuet, Giscard d’Estaing qui a prôné le changement, Rocard, les réformateurs au Centre-droit (Noir, Baudis et autres), Rocard ou encore Sarkozy qui a voulu incarner une rupture.
    Tout cela est rentré dans le rang. En sera-t-il différemment en Espagne ? Attendons ce soir ou plus tard.
    L’engouement pour le FN est aussi celui d’un frisson, d’une excitation devant la panique que le vote FN occasionne. Certes la France vit au-dessus de ses moyens mais une majorité de français également.

  3. Michel LACANETTE. says:

    FRANCE LE CHANGEMENT C’ EST PAS POUR DEMAIN …..
    Après ces dernières élections régionales, qui ont mis le pays  » cul par dessus tête » on voit apparaitre certaines personnes ( Xavier Bertrand, François Hollande par exemple )qui se rendent compte que le pays va droit dans le mur en klaxonnant et prônent un rapprochement au Centre. Tout cela part d’ un bon sentiment, mais n’ est pas une solution tenable, dans le contexte politique français actuel, qui n’ a qu’ un objectif unique à
    atteindre, l’ élection Présidentielle, tel un spermatozoïde programmé par avance.
    Tant que ce recentrage au Centre sera commandité par des personnes issues des partis politiques traditionnels de Gauche ou de Droite, rien de pérenne ne sera possible, du fait du poids des boulets qu’ ils trainent .
    Ces personnes seront d’ une part immédiatement discréditées par ces mêmes partis,
    d’ autre part leurs démarches ne seront pas fondées sur un courant politique populaire porteur d’ un nouveau programme réaliste, car les arrières pensées seront toujours présentes. Seul l’ émergence d’ un courant populaire nouveau, comme ce qui se passe en Espagne, pourra être porteur.
    Ce recentrage au Centre dans le contexte politique français actuel ne peut être qu’ une solution transitoire, à la condition qu’ il débouche sur un changement de la constitution,
    qui seul pourrait faire évoluer la politique des blocs à la quelle nous sommes systématiquement condamnés. Politique des blocs, qui fait que nous avons aujourd’ hui un FN fort, mais qui demain, fera tout au si bien, que ce sera un Front de Gauche.

    • « atteindre, l’élection Présidentielle, tel un spermatozoïde programmé par avance » : Tout est dit, la France ne vit que par et pour sa Présidentielle. Défaisons-nous de ce statut.

      Mettons-en place une vraie démocratie parlementaire (avec les gardes-fous nécessaires pour éviter une multiplication des partis). Regardons comment fonctionnent, tous nos voisins. J’ai bien dis tous. Où y a t’il un Président (en dehors de quelques Présidents honorifiques) ?

      On fera alors des économies et notre démocratie commencera à fonctionner dans l’hémicycle et non dans « l’atmosphère feutrée des cabinets de l’Elysée »…

  4. Larouture says:

    « le jeune Président de CIUDADANOS, centriste mesuré, »
    Ajouter « mesuré » à centriste, peut signifier que vous accentuez le trait ou que centrisme et mesure ne sont pas la même chose. Je ne suis pas loin de pencher pour la deuxième hypothèse.

  5. C’est intéressant. Il faudra voir, en Espagne, ce que font ces nouveaux partis une fois au pouvoir (ou en partie au pouvoir) et s’ils se maintiennent. Certains sont déjà élus. On verra leur bilan.
    Ces genres de mouvements existent en France (Nouvelle Donne et autres) mais ne décollent pas pour l’instant.
    D’accord avec PierU pour la France où les électeurs en colère « votent Le Pen ». Quelques autres attentats, une détérioration économique et le FN va encore monter.

    • nous parlons d’hommes et de femmes providentielles (Tsipras, Dilma Roussef, Moralès etc), des élus issus du peuple (?) des syndicats (Walessa, Lula…) -je ne suis pas ça de près!-, mais au final que constatons-nous : corruption corruption corruption. Et l’Espagne, malgré ces tendances, finira dans de mêmes scandales. La corruption est ce qui régit la planète, quels qu’en soient les continents. Et nos amis lepénistes ne font qu’entretenir le fond de commerce de ces états mafieux qu’ils dénoncent. La paille a la couleur de l’or, mais n’en a pas la valeur (enfin, pour l’instant, à la Bourse de New York)

  6. Un intéressant travail réalisé sur 197 sondages par El Mundo qui montre que les nouveaux partis, Ciudadanos et Podemos, devraient collecter près de 36% des votes : C’est ICI

    Moyenne de la semaine au 13 décembre :
    PP 27,8%
    PSOE 21,1%
    Ciudadanos 19,4%
    Podemos 16,5%
    IU-UP 4%

  7. Il se passera la même chose en France, quand ? c’est la seule question.
    Notre présidentielle sera sans doute une élection rassemblant les vieux crocodiles de la politique qui en plus sont au palmarés des personalités les moins appréciées des français
    Bref une honte pour la démocratie.
    Mais les législatives qui suivront réserveront sans doute des surprises…
    On attend avec impatience le ciudadanos français.

    • Je pense que la crise n’a pas encore atteint un point « suffisant » en France pour que ce genre de mouvements émerge. Malheureusement il est à craindre que chez nous ce soit le FN qui tire les marrons du feu.

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