Poète, entre en «lutte».


GV capture«Le poète a toujours raison
Qui voit plus haut que l’horizon
Et le futur est son royaume»

En mai 2015 a été publié un essai intitulé «La poésie sauvera le monde» par Jean-Pierre Siméon. Editeur : Le Passeur :
«La poésie est d’une urgente nécessité car chaque poème est l’occasion, pour tous sans exception, de sortir du carcan des conformismes et consensus en tous genres, d’avoir accès à une langue insoumise qui libère les représentations du réel, bref de trouver les voies d’une insurrection de la conscience.»

Evoquons quelques idées fondamentales qui ressortent de cet essai.

Entre notre corps et le monde se dresse de plus en plus une barrière qui nous isole du réel, qui nous anesthésie, par saturation, en nous faisant perdre les sens du contact charnel : vue, toucher, goût, odorat, audition, abolissant progressivement les liens originels du corps avec son environnement.
> Le monde virtuel, ou la Toile, est un espace qui bouleverse nos façons de communiquer, d’acheter, de vivre. La frontière entre le réel et le virtuel est difficile à localiser, d’où les pertes de repères.
Nous succombons tous à la magie des Nouvelles Technologies de l’Information sans nous rendre compte qu’elles contribuent à nous faire perdre le contact sensible avec le communicant. La maîtrise du verbe reste le seul support d’appréciation de la valeur du contenu, il manque un très grand nombre de critères de jugement que seul le contact direct avec l’interlocuteur est à même d’apporter, comme la présentation, l’attitude, les jeux du visage, le regard, la qualité d’une poignée de mains, etc.

Les déodorants ou aseptisants traquent le suant et l’odorant pour y substituer la virtuelle lavande ou rose de synthèse. Nous ne sentons plus le réel. Les phéromones humaines, contenues dans la sueur, dont le rôle dans les relations entre individus ne sont pas de la pure imagination, sont neutralisées par les déodorants ; les parfums remplacent les relations naturelles par des relations artificielles.
«Le réel, nous ne pouvons plus le sentir, ce qui signifie peut-être que nous sommes arrivés à le détester….Et il n’y aura bientôt plus que les tablettes pour être tactiles»

>Le goût est détérioré par le fast-food et l’édulcorant ; le composant chimique dit «exhausteur de goût» est un véritable magicien de la réalité augmentée, déformée, mélange du monde réel et virtuel.

Dans tous les domaines de la vie, l’actualité entre autres, c’est souvent le grand mélange du réel et du virtuel ; la grande peur du réel nous pénètre ; on le voile ; nous nous réfugions dans l’image pour l’appréhender car, dans ce cas, il est à distance, il nous devient insensible par répétition. Il faut masquer le politiquement incorrect, celui qui gêne la suprématie de l’économie et de la Finance ; rien n’a changé depuis Molière :

«Couvrez ce sein que je ne saurais voir.
Par de pareils objets, les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.»

L’argent n’existe plus, ne se touche plus ; des sommes colossales virtualisées, sans valeur réelle, parcourent le monde en une nanoseconde. Des steaks de synthèse aux cerveaux augmentés par l’intelligence artificielle, des automates remplaçant les travailleurs, aux cours en ligne remplaçant les enseignants, des drones livrant les colis, à l’argent virtuel des techno-paradis offshore affranchis de tout contrôle par les Etats, tels sont les rêves ou les cauchemars de ce monde qui s’épanouit sous nos yeux.

>Le concept de vie privée est complètement dépassé ; elle devient une anomalie. Le virtuel se confronte au réel chez le jeune avec tous les risques possibles.
Nous n’avons plus le temps ni les moyens de savourer notre monde, prisonniers du toujours plus, toujours artificiel, toujours plus vite, toujours plus loin, toujours nouveau, toujours moins cher….
«L’absorption du réel dans le virtuel dévalorise le contact charnel avec le monde»

Et où est la poésie dans tout cela ????

«Elle invite, à l’extrême opposé de la relation conceptuelle du monde, de la dénaturation qu’implique la technologisation du vivant qui sépare corps et monde, à rejoindre le réel par l’évocation sensible… Il n’est pas de poème digne de ce nom qui ne fasse appel à l’expérience sensible du monde, donc à la mémoire sensorielle du lecteur.»

Pour J.-P. Simon, la poésie, à l’ère du virtuel triomphant, rappelle l’homme à sa relation primordiale à «l’humus originel», relation qu’il a quitté depuis longtemps !
«La poésie est un moyen de médiation avec le réel…, elle est le nom de la relation intériorisée au concret qui passe par la sensation.»
Du quark à l’Univers, en passant par la vie, ce n’est pas la quantité de matière qui compte, c’est l’Energie et l’Information, la mise en forme donc, c’est-à-dire la qualité du lien.

Autres propos intéressants recueillis dans l’essai de J.-P. Siméon :

«L’homme amputé de sa part sensible régresse dans le robot»
«La technique devenue totalitaire, instrumentalisant le réel pour l’asservir, exclut l’homme qui n’est plus qu’un artefact sans âme, privé de sens» etc.

J.-P. Siméon, pour contrer l’apathie de nos consciences et aiguiser l’esprit de résistance, pour donner du souffle à nos émotions et nous affranchir des carcans de la langue, nous montre qu’«il est urgent de nous doper à la vitamine Poésie» !

Il n’est pas question d’un retour à un Eden perdu qui serait l’âge des cavernes mais de postuler un progrès nouveau où, complémentairement, aurait sa part, à côté des connaissances apportées par la science, la préservation de l’intelligence poétique du monde ; elle nous conserve ce lien essentiel avec nos racines biologiques, sources de notre vie.
«La rationalité seule ne suffit pas à nous rendre la substance. Pour percevoir clairement les couchers de soleil sur l’océan il faut mettre en œuvre toutes les facultés de l’âme.» Malicorne: H.Reeves.

«Osons rester humain»

nous dit Geneviève Azam, économiste à l’Université de Toulouse. Le monde cyborg, hybride être humain-machine, qu’on nous construit, prétend libérer l’humanité en la relayant par une intelligence artificielle à des prothèses qui, au lieu de soutenir le corps, deviennent le corps lui-même.

«Ce n’est plus l’heure d’aller cultiver son jardin !»

Dois-je me réjouir en pensant au «bonheur virtuel» qui est promis à mes petits enfants ?

– par Georges Vallet

crédits photos: musicologie.org

Comments

  1. C.B. Christian BELLO says:

    Pour rassurer Georges V. en qui j’apprécie la naïve espérance écolo qui permet de garder espoirs comme moi même quand je me ressource dans mon plus beau pays du monde,

    TOY DE LUZ

    Le soleil argenté de nuages
    Brille par l’éclat du paysage
    D’un pays de lumière et de jeux
    Qu’anglais et ibères baptisèrent au mieux.

    Spectacle éphémère, privilèges
    Dont jouit la conscience du piège
    De l’éternité d’une seconde primaire et brute
    Dont la beauté me force à une désespérante lutte
    Qui me déchire et tord mes sens éveillés
    Par cette présence de l’image vite balayée.

    Fuite vers des horizons parallèles
    Convergence dans l’amour fidèle
    D’un pays de jeux de lumière
    Que plus d’un étranger vénère.

    Sentiers de montagne, voies d’escalades
    A chacun le bonheur de trouver sa ballade
    Dans le royaume imposant d’Arnaout
    Chaque maison, chaque pierre envoute.

    Sous le soleil riant, près du gave en fureur
    Dans la neige endormie d’inoubliables balades
    Le béret fier porté avec le costume du choeur
    Qui bat le rythme légendaire de cette pléiade
    La présence de merveilles subtiles, éthérées
    Palpables grâce au sentiment épuré
    Partout on sent en toute liberté
    L’élément originel de cette source de fierté.

    Christian BELLO

    • Georges Vallet says:

      Merci infiniment, je suis rassuré en effet sur votre état de santé psychologique! La dépression qui semblait couver dans le contenu du premier poème a été balayée par la sensibilité et l’émotion au contact de la Nature. C’est vraiment bon signe!

  2. C.B. Christian BELLO says:

    J’ai juste envie de partager car personne ne m’édite en ces temps confus de médication de nos cerveaux fous désorientés par le flou artistique ambiant….en espérant que Georges Vallet sera ce survivant! et qu’il existe encore des récepteurs pour l’écouter.

    LE SURVIVANT

    Assis dans une tombe concrète,
    Caché par les nuages radio-actifs,
    Je suis ainsi froid, seul, net
    Que reste t-il dehors? C’est tout noir.
    Vais-je revoir encore la lumière?
    Vais-je revoir ton visage une autre fois?
    La peau de mon visage pèle,
    Je ne peux plus contrôler mes jambes et mes bras.
    Je vis un flash de lumière aveuglant
    Je sentis la chaleur brûler à travers mes os
    Un champignon géant dans le ciel, très haut
    L’odeur de chair humaine brûlant
    Les gens hurlent dans leur agonie
    L’atmosphère était chaude, cela coupait la respiration
    Visages torturés, peaux noircies
    Je trébuche aveuglément sur les chairs à canon
    Mémoires vivantes du passé,
    Passé étincelant mes yeux éblouis.
    Mon corps est trop faible pour bouger
    L’univers et moi en pleine agonie
    Où sont passées toutes les fleurs?
    Où sont partis tous les gens?
    Dites-moi où est ma famille maintenant
    Dites-moi où s’en va ma vie à cette heure
    Tout ce qui est advenu de l’espèce humaine?
    Je sens se désintégrer mes cellules
    Je ne veux pas finir comme ça, c’est nul
    Pourquoi être puni d’un crime, quelle peine
    Que je n’ai pas commis?
    Quelqu’un doit m’aider,
    Aidez-moi je vous en prie.
    Il ne reste personne pour m’écouter.

    Christian BELLO

    • CB: »et qu’il existe encore des récepteurs pour l’écouter »
      oui, il y en a. Etonnant, non ?

    • Georges Vallet says:

      Merci pour cette intervention »poétique » mais je la trouve vraiment très pessimiste; elle ne reflète pas l’intention qui était la mienne de stimuler l’esprit de lutte, celui qui est porteur d’espoir en un monde culturel nouveau en phase avec nos émotions et sentiments hérités d’une nature dont la contemplation est une source d’épanouissement.

      • Emile64 says:

        Au moins, Bello (que je ne connais pas) travaille sa langue et ses écrits font sens, ce qui n’est pas le cas de votre charabia qui consiste à aligner des mots les uns derrière les autres, genre « ….. stimuler l’esprit de lutte, celui qui est porteur d’espoir en un monde culturel nouveau en phase avec nos émotions et sentiments hérités d’une nature dont la contemplation est une source d’épanouissement ». Est ce que vous vous relisez de temps en temps?

  3. Plus que jamais, par ces temps incertains, le regard du poète sur ce qui nous entoure est de bon aloi…

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