Immobilisme ? Vous avez dit immobilisme ! Comme c’est bizarre !


GV 18-1L’immobilisme est un «isme», dérivé d’immobilité, c’est l’état de celui ou de ce qui s’oppose au changement.
L’évolution de l’état des lieux, en France (et dans le monde!), depuis 50 ans par exemple, montre que cette idéologie est loin d’être triomphante ! Dans tous les domaines : physique, scientifique, cognitif, culturel, économique, sociologique, politique…., les transformations de la France, sous l’impulsion humaine, ont été considérables et rapides ; trop rapides souvent, elles ont entraîné de nombreux bouleversements rétroactifs, parfois destructeurs.
La société a suivi les conseils de Raymond Barre quand il disait, jadis :

«Il faut mettre un frein à l’immobilisme»

>Au plan géographique, ce n’est plus la même France ; les paysages ont été complètement modifiés par le développement, quantitatif et qualitatif, de l’urbanisation, des réseaux de communication : voies ferrées, routes, autoroutes….; le monde rural n’a plus la même figure du fait des modifications profondes de l’agriculture et de l’élevage, la montagne et le bord de mer ont subi l’assaut perturbateur et souvent destructeur du tourisme….Les zones industrielles se sont multipliées ou transformées profondément du fait de l’abandon d’activités ou de recyclage superficiel et provisoire.

>Au plan scientifique et cognitif, l’avancée de la connaissance a provoqué de véritables mutations : technologique, culturelle, économique, politique…., dont la rapidité d’intervention, non programmée à l’avance pour en permettre l’adaptation, a provoqué de nombreux bouleversements sociologiques conflictuels. La science, kidnappée par la technologie, a donné une impression de mieux être, de confort matériel, de pseudo-bonheur, alors qu’elle devenait l’auxiliaire d’une dépendance addictive à la consommation, au toujours plus avoir, à la rivalité pour la possession et le pouvoir. Les avions, les voitures, le train,….. nous-mêmes, n’avons jamais été aussi vite, les accidents graves aussi nombreux !

>Au plan relationnel, la révolution a eu des répercussions majeures dans les rapports humains, générant un néo-pseudo-humanisme souvent artificiel, intéressé et conflictuel : relations entre les générations, entre les individus, entre les hommes et les femmes, entre les acteurs économiques, financiers….; aux comportements d’entraide, coopératifs, indispensables dans le monde du travail, de la terre en particulier, a succédé un individualisme compétitif éliminant les plus faibles.

Le nombre des êtres en errance est en pleine ascension avec les corollaires : violence, drogue, pathologies….

>Au plan administratif : la décentralisation, les dénationalisations, la concurrence, le transfert économique obligé des populations…..ont provoqué, par la rapidité, des inadaptations dans les esprits et les modes de vie des citoyens, favorisant les éclatements familiaux, des psychopathologies, des désarrois devenant pathologiques chez des enfants. Le nombre des êtres en errance est en pleine ascension avec les corollaires : violence, drogue, pathologies….
L’éclatement rapide d’un tout fragile, difficilement et lentement élaboré, désorganise, c’est-à-dire détruit les liens qui donnaient un sens et une efficacité à son fonctionnement ; une longue période de recomposition est indispensable pour retrouver un équilibre, or, le temps n’existe plus, l’adaptation doit se faire immédiatement sinon c’est l’immobilisme qui est dénoncé.

>Au plan politique agonise l’esprit humaniste, celui d’un engagement pour la réalisation d’un monde basé sur le partage des richesses produites, la réussite possible pour tous grâce au travail, le progrès économique au service de tous, le respect du droit au logement, du droit à un emploi pour pouvoir vivre. Depuis Reagan et Thatcher la religion du néolibéralisme est un mal devenu nécessaire ; l’individu prime sur le groupe, il devient, ou est remplacé de plus en plus, par une machine au service d’une production compétitive, de moins en moins tributaire de l’employé mais de l’enrichissement de ceux qui ne font que risquer de gagner ou de perdre de l’argent ! La marchandisation de l’individu se programme par des CV, sur internet au cours des recherches d’emplois précaires. L’individu n’est plus respecté en tant qu’être humain mais en tant que possesseur d’un pouvoir, de détenteur de l’argent.

>Au plan environnemental, les retombées de tous les «progrès» sont :
>>La disparition rapide et progressive des compagnons de nos parcs et jardins : écureuils, hérissons, moineaux, petits oiseaux migrateurs, hirondelles, qui nous enchantaient au printemps…. Fini les angoisses d’enfant aux ululements de la chouette, le soir, au fond des bois, près de chez moi !
>>une pollution de plus en plus intense, généralisée et toxique, de l’air, de l’eau de la terre, de l’intégrité physiologique et psychique des individus et de la société humaine, un dérèglement du climat qui devient de plus en plus préoccupant pour l’avenir, non pas de la planète qui a tout son temps pour disparaître mais pour une humanité contrainte par des exigences physiologiques strictes.

>Au plan social, ce n’est pas l’immobilisme non plus, c’est le rétropédalage accéléré : protection sociale, emploi, logement….; la nourriture, les mœurs, les rythmes de vie, la vie privée, l’empathie, ont subi des évolutions négatives considérables pas toujours apaisées !
Pour le néolibéralisme triomphant, la caricature de l’immobilisme est d’actualité car rien ne va assez vite dans la liberté de faire, de défaire, sans contrainte, les êtres et les choses, or, l’équilibre nécessite le contre pouvoir de ceux qui refusent ces inégalités et inhumanités, avec des arguments tout aussi valables au plan intellectuel, le domaine de l’homme !

>Au plan sociétal(et économique !), c’est le bouillonnement, «la soupe primitive»! Tout s’entrechoque, s’attire, se repousse, s’associe, se détruit, avec de plus en plus d’ardeur et de rapidité du fait d’une énergie ambiante, toujours plus rayonnante, qui «échauffe» les esprits. «Les débats s’amplifient»titrait C dans l’air mercredi dernier.

«Un nouvel humain est né»

«Il ou elle n’a plus le même corps, la même espérance de vie, ne communique plus de la même façon, avec la même langue, ne perçoit plus le même monde, ne vit plus dans la même nature, n’habite plus le même espace.»
«Tout le monde veut parler, tout le monde communique avec tout le monde en réseaux innombrables.»
Michel Serres.

Dans le domaine politique, les hommes politiques en viennent à parler comme leurs adversaires et réciproquement. On en arrive à ne plus savoir qui pense quoi ; eux ne le savent pas non plus d’ailleurs ! Ils sont débordés par la rapidité et la pluralité des événements qui s’interpénètrent ; ils sont incompétents pour les résoudre sur le champ, dans le sens d’un électorat éclectique et mouvant, car ils n’ont pas été formés à la complexité.
De plus ils sont tributaires d’une hiérarchie individualiste qui ne fait que suivre, docilement, l’état de l’opinion, en suivant les sondages c’est-à-dire, comme dans la soupe primitive, les forces en présence !
«Ils en viennent parfois à laisser tomber leurs propres convictions pour naviguer, au doigt mouillé, en collant aux humeurs changeantes des électeurs» J-Cl Guillebaud
Il n’y a «Point de lendemain», comme l’écrivait Kundera, mais de l’instant présent qui est réactivé en permanence par des médias qui doivent dégainer plus vite que leur ombre de la nouveauté, vraie, fausse ou déformée, sur les chaînes d’information en continu.

«L’immobilité» est devenue vraiment trop rapide !!!!

«Sans droit à la moindre pause, la radio, les Facebook, Twitter et compagnie ne peuvent habiter que dans l’instanJ-Cl Guillebaud.

Et, cerise sur le gâteau, pour les irréductibles croyants d’un immobilisme ambiant, rappelons que les hommes politiques assis dans leur fauteuil à l’Assemblée ou au Sénat, même en dormant, sont quand même des somnolents somnambules :
• Grâce au mouvement des plaques, de 2cms par an en moyenne chez nous. En Asie, il est de 10cms par an.
• Par rapport à l’axe de rotation de la terre la vitesse est fonction de l’emplacement sur le parallèle. À Marseille on le parcourt en 24h, soit 1100 km/h, à l’équateur, on va à 1670 km/h.

• Mais le fauteuil tourne aussi autour du soleil sur une orbite de 940 milliards de kilomètres par seconde qu’il parcourt en 1 an et 6 heures, soit 107000 km/h.
• Mais le soleil tourne autour du centre de la galaxie à 965000 km/h
• Notre galaxie orbite autour de celle d’Andromède, ce qui fait grimper leur vitesse d’un million de km/h
• J’oubliais que cet amas de galaxies se rapproche de l’amas de la vierge à une vitesse de 1 800.000 km/h.

Qu’ils se rapprochent de la vierge, je pense que ce n’est pas pour leur déplaire, à nos machos !

• Au delà, c’est la dilatation de l’espace qui est en cause.

Ne confondons pas immobilité et équilibre, vitesse et précipitation.

Ne craignons pas l’immobilisme car l’immobilité n’existe pas, c’est une affaire d’échelle ; craignons par contre l’excès de vitesse incontrôlée, donc la précipitation, car elle détruit l’indispensable équilibre.

par Georges Vallet

Crédits photos:creacor.com

Comments

  1. Joël Braud says:

    L’immobilisme est en marche, rien ne pourra l’arrêter.
    Edgar Faure

  2. Jack Fagot-Barraly says:

    940 milliards de kms par seconde ? Vous êtes sûr ? A vue de nez il va plus vite que la lumière vous ne croyez pas ? Par contre notre système solaire nous entraîne ,autour de la galaxie a la vitesse de 230 kms /seconde et il met 250 millions d’années pour en faire le tour ….qu’il a fait déjà 18 fois . Mais il ne se contente pas de ça car il oscille dans le plan de l’ecliptique et il traverse ce plan tous les 26.000 ans disent certains 26 millions d’autres .
    Quand a la galaxie d’Andromède ,celle-ci se rapproche de la notre et nous rejoindra dans 4,5 milliards d’années quand notre soleil sera une géante rouge avant de devenir une naine blanche et de s’éteindre . Sera t-il remplacé par un autre venant d’Andromède ? Nul ne le sait, car la géante rouge aura porté la température de la Terre a plus de 300 ° Donc plus d’eau plus de vie . Attendons la suite 4,5 milliards d’années c’est presque l’éternité ,et chacun sait que l’éternité c’est long …surtout vers la fin

    P.S Passant dans le plan de la galaxie ,des scientifiques nous disent que notre soleil risque de faire de mauvaises rencontres car cette région de notre galaxie est peuplée d’une « foultitude » d’objets et autres météorites qui pourraient nous faire des misères

    • Emile64 says:

      L’auteur voulait dire « 940 milliards de kilomètres », le « par seconde » est de trop. Mais GV a l’habitude de rajouter des mots par ci, par là, pour faire joli.

      • Emile64 says:

        On trouve le même effet de style dans la phrase suivante, entre autres: « L’évolution de l’état des lieux, en France (et dans le monde!), depuis 50 ans par exemple, montre que cette idéologie est loin d’être triomphante ! »
        – « état des lieux » (sic): il aurait sans doute été trop simple, et par là même trop compréhensible, d’écrire « L’évolution de l’état de la France (et du monde) …. »
        – « idéologie »: désigner l’immobilisme comme une idéologie recourt du même subterfuge, à savoir utiliser des termes inappropriés, soit par ignorance lexicale, soit au seul dessein de faire « savant ». On peut qualifier l’immobilisme de comportement, voire de stratégie, mais sûrement pas d’idéologie (qui en sont les idéologues?). A moins que GV ne confonde immobilisme et conservatisme, terme qui recouvre effectivement un courant idéologique.

        • Georges Vallet says:

          1°)«état des lieux» (sic): il aurait sans doute été trop simple, et par là même trop compréhensible, d’écrire «L’évolution de l’état de la France (et du monde) ….»

          Merci monsieur le professeur autoproclamé! J’attends votre prochain texte sur A@P pour juger la qualité de votre rhétorique.

          2°) «ismes»
          Avec une écrasante majorité, les termes se terminant par le suffixe «isme» sont, pour moi, des idéologies:communisme, terrorisme, islamisme, néolibéralisme, immobilisme, conservatisme…..Je ne suis pas le seul, d’ailleurs, à le penser:

          «Un «isme»: concept, le plus souvent idéologique». Wikipedia

          Mouvement politique, religieux, philosophique, etc., menaçant la liberté par certaines dérives sectaires, dérives doctrinaires.» Dictionnaire L’internaute.

          3°) «On peut qualifier l’immobilisme de comportement, voire de stratégie, mais sûrement pas d’idéologie»
          C’est un comportement basé sur une idéologie, de même que le conservatisme ou le terrorisme.

          4°)«Confusion immobilisme et conservatisme»

          « Le conservatisme au sens générique est un phénomène psychologique relativement courant, appelé aussi résistance (ou aversion) au changement ou immobilisme, consistant à désirer, et tenter d’obtenir par diverses formes de comportements d’opposition ou de préservation, le maintien du statut quo par aversion à l’incertitude »(wikipedia)
          immobilisme: synonymes:conservatisme, attentisme, stagnation, intégrisme, inertie,
          traditionalisme… (Reverso)

          Qu’il y ait des nuances entre les deux mots, je n’en doute pas, c’est le cas de tous les synonymes, mais ils sont construits sur des notions très proches: l’absence de mouvement et le maintien sans modification d’une situation.

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