AltPy voir : la campagne n’est pas qu’un vaste lotissement. Ici photos Pontacq !


Quand on compare la gabegie que constituent ces lotissements aux maigres parcelles ceinturées de murs hauts pour ne pas être vues de l’extérieur à ces maisons dont certaines n’ouvrent leurs volets que quand elles décrépissent, dépérissent de n’être plus occupées par des êtres vivants (ce qui arrive fréquemment lors des problèmes d’héritage), on se sent vieillir, et dans les jardins abandonnés où les ronces, les cyprès et les arbres fruitiers laissent pendre branches et fruits séchés par la négligence, l’oubli, la mémoire enfuie des sons, des bruits de cuisine, des enfants qui jouent et des hommes qui fument et boivent pendant que, de leur côté, les femmes s’amusent à comparer leurs époux à des nains de jardin, quand, derrière les volets en bois clos le grand sifflet du vent d’hiver perce les vitres fendues et le tympan des portails cadenassés, que les voix emportées dans le néant des cimetières hurlent chaque nuit pour revenir sur les ultimes traces de leur passage sur terre, l’homme construit des maisons sans style, sans imagination, sans, pourrait-on s’amuser à dire, intention d’y vivre et d’y mourir. En se disant plus tard j’achèterai quelque chose de mieux, en vendant ce bien-ci. Sans comprendre que jamais sa maison neuve ne se vendra au prix qu’elle lui a coûté, car l’on vit dans un monde au rabais permanent, celui des jours qui restent  à vivre. Alors, souvent, on divorce, mais il faut payer la maison…

Les vieux ne meurent pas dans les lotissements, mais dans les EHPAD. Les vieux paysans, eux, meurent à la ferme, qu’ils n’ont souvent presque jamais quittée. Ils en sont la pierre et le ciment, c’est à la fois leur tombe et leur mémoire, la transmission familiale dont chaque cuillerée de soupe avalée solidifie l’appartenance sacrée, jusqu’à l’instant ultime, quand le vieillard dresse son index rongé par l’arthrose et déclare que son heure est venue, à cet instant exact où l’on ferme les volets de sa chambre. Le vent d’hiver se tait alors. Vous ne savez pas cela, les lotis aux hauts murs de parpaings, et je ne vous demande pas même de me croire, vous en seriez incapables. Le vent se tait. La femme la plus âgée de la maison va au chevet du vieux mourant. Elle connaît des histoires, des anecdotes, des racontars auxquels le mourant a participé, enfant, ado, adulte, elle connaît la vie de l’homme qui va mourir et, derrière les persiennes, elle l’endort à jamais dans sa rêverie, puis lui baisse les paupières en souriant. Parfois, plus rarement, quand le vieillard est rétif, elle le masturbe tendrement (raison pour laquelle c’est à la plus âgée de la famille que ce devoir revient).

Et aujourd’hui, avec ma compagne, nous avons cheminé dans les rues pontacquaises, il faisait beau et derrière les volets fermés nous nous sommes raconté des vies plus disparates que disparues, des histoires dont on ne sait si un jour nous les raconterons aux enfants des lotissements.

-par AK Pô
16 01 2016

Ptcq

PS: d’autres aspects de ce bourg de 2883 habitants et quelques images de lotissements –  notamment Espoëy- à venir, plus tard.

A noter qu’il existe ici une radio locale (sur internet) : http://www.pontacq-radio.fr/, qui contribue à la vie de la cité, avec ses petits moyens et ses grands bénévoles. Zim zam zoum !

Comments

  1. Alain Bonnin says:

    Aucune de ces maisons n’a bénéficié apparemment d’une rénovation ou d’un coup de peinture depuis sa construction … Cela démontre le peu d’intérêt des gens pour leur logement ….

    • Non, c’est inexact. La plupart de ces maisons ne sont pas entretenues par leurs propriétaires, mais ce n’est pas aux locataires de rénover le patrimoine. D’autres bâtisses, superbes dans leur abandon, doivent être liées dans leur effondrement patrimonial à des successions compliquées qui font en sorte que sans problème résolu la décrépitude et, au final, l’impossibilité de vivre entre ces murs, devient un fait. Heureusement, nous avons des familles disloquées, des notaires des avocats, et des agents immobiliers qui eux, s’engraissent. Patience et longueur de temps…
      Quant à celles qui, justement, sont entretenues, elles demeurent de vrais témoignages du passé et d’un présent où le bonheur de vivre se partage avec l’âme de la cité. Du moins, je veux le croire.
      Pour mémoire : http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2015/07/28/un-prix-national-attribue-au-manoir-de-meyracq,1266384.php
      et il existe également d’autres « châteaux », du moins bâtisses remarquables, dans le secteur.

      • Nombre de ces maisons sont fermées pour des raisons de successions bloquées (divergences entre héritiers sur l’estimation du patrimoine (comme ils sont prêts à s’entretuer pour 2 €… (je plaisante)) comme vous l’évoquez, mais aussi parce qu’il serait beaucoup trop onéreux de les faire rénover (souvent plus cher que de faire du neuf…)
        Certes, cela constitue un charmant témoignage du passé, des générations de ceux qui y ont vécu, mais aujourd’hui, plus personne (enfin, peu de personnes) ne veut y vivre. Les gens préfèrent des logements modernes CLAIRS et fonctionnels. La grande mode de rénovation des maisons anciennes, des années 90 et début des années 2000 est passée. Dans le même temps, les maisons neuves sont devenues moins moches, il me semble.

        • Larouture says:

          « Dans le même temps, les maisons neuves sont devenues moins moches, il me semble. »
          C’est aussi ce que je me dis. Mais ces pavillons occupent tellement l’espace qu’ils finissent par faire parti du décor et donc à imposer leur style.
          Je vois par exemple des pavillons des années 60, très caractéristiques avec leurs toits à deux pentes dissymétriques (cf. plans courants) et qui, lorsqu’ils sont entretenus, ont leur charme. L’évolution des jardins et de la verdure y sont aussi pour quelque chose.
          En fait le style des constructions se banalise. L’uniformité se généralise. N’est-ce pas quand même ennuyeux ?

          • Ca l’est. Il y a également une certaine « uniformité » dans le style des années 60-70 et celui des années 80.
            Cependant, une maison « d’architecte », qui « a de la gueule » n’est pas pour le français moyen, mais pour celui à hauts revenus (ce qui était le cas lors des époques précédentes également).
            Nombre de maisons anciennes sont également beaucoup trop grandes. Et comme en plus, une démolition coûte cher, elles se dégradent et tombent progressivement en ruines en attendant qu’un jour un promoteur soit intéressé par le terrain et rase tout.

            • En fait chaque époque a son uniformité à elle. Le côté criticable des lotissements n’est pas tant que ça dans l’uniformité des constructions, qui a toujours existé.

              • Larouture says:

                Exact. Mais on pourrait dire également que l’étalement urbain est une tendance historique. Question d’échelles de temps, d’espace, de vitesse.

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