Le congélateur, je vous l’emballe ? (histoire de changer d’air sénatorial)


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La technologie présente une vision réaliste de l’Avenir avec un grand A. La preuve en est dans le choix de mon dernier achat, en solde, d’un congélateur, capable de s’intégrer dans un espace restreint, surtout question hauteur, quand nous les connaissions plutôt bas du cul et longs comme des gondoles de supermarché. Là, j’ai trouvé l’électro-ménager idéal : hauteur (en cm) 180, largeur 50, profondeur 85. Ainsi, en enlevant les étagères, j’ai pu y placer, debout, ma femme, dont je ne supportais plus la mauvaise mine et le silence à mon encontre.

Depuis, ma vie a changé. Je me lève le matin, gai, et après mes ablutions matinales, je prépare le café. J’ouvre la porte du congélateur et pose la sempiternelle question : « je te fais un petit café, chérie ? » Comme d’habitude (avant l’ère technologique), elle ne répond pas. Ses yeux brillent et son nez laisse pendre une stalactite que je lèche chaque matin : c’est mon baiser d’amour.

Vingt quatre heures plus tard, je me suis aperçu que c’était la croix et la bannière pour inclure quelques bacs à glaçons dans l’engin, Georgette prenant toute la place. Mais j’eus l’idée de la déshabiller, pour gagner de l’espace. J’entendis quelques voix, le temps qu’elle décongèle partiellement, mais après lui avoir retiré chaussures, chaussettes, bas de laine, culottes (en hiver elle en portait trois), la robe fourrée en peau de chat, bref, quand elle fut totalement nue, je la replaçais dans la même position, écartant au passage ses lèvres, pour qu’elle me sourie.

Un mois passa, et avec lui mon expérience des Mojito, Bloody Mary, Cuba libre, et compagnie, tous a tempera, j’attirais une clientèle d’amis que je n’avais, avant l’intrusion de la technologie, jamais rencontrée de ma vie, ni chez moi, ni chez Gégène, le bistrot d’en bas où j’avais jusque là mon QG. Chaque fois qu’il me fallait renouveler le stock de glace pilée, j’ouvrais le congélateur, embrassais Georgette, lui léchais le nez, et cela constituait un vrai bonheur, celui qui n’existe que quand la vie part en sucette.

Six mois passèrent. Georgette était toujours aussi belle et goutteuse. Moi, j’étais plein de rides, les joues rosies par les cocktails et la technologie semblait m’avoir jeté un sort, ou du moins désigné comme bouc émissaire : la gazinière, quand je m’approchais, lançait des flammes bleues et son souffle brûlait mes poils, le lave vaisselle avait pris le rythme d’un film de série Z, violentant assiettes, couverts, verres, et je dus très vite faire la vaisselle manuellement. Quant au lave linge, il avait déjà lessivé cinq de mes sept chats. Bref, cela tournait au cauchemar. Et Georgette, impavide, toujours aussi belle dans son silence glacé, souriait avec la même candeur de ses lèvres déplacées par mes soins.

Il y eut, la télé ne m’avait jamais agressée, un reportage intéressant dans le petit écran qui va finir par manger le grand : l’arrivée immanente des objets connectés. Pas un geste, pas un lieu, pas un échange quel qu’il soit qui ne soit glissant sur la soie l’after et le before soi, le tout pour soi et l’entre soi qui ne soit connecté du matin au soir, jour et nuit, dans le silence et le bruit, l’absence et la présence, un slogan majeur étant propulsé jusqu’au plus profond des cellules cognitives : BE CONNECTED !

J’avoue avoir été pris de panique. Ce n’était pas ce FUTUR du NON HUMAIN qui me faisait peur, oh non ! Ce que je craignis alors, ma plus grande peur, ce fut l’idée qu’une énorme panne d’énergie fasse en sorte que les matériels électro-ménagers se retrouvassent en panne, et que Georgette, se réveillant d’une longue glaciation, ne me sautât dans les bras en me disant : « je t’aime ! »

-par AK Pô
19 01 2016
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Cet article est sponsorisé par TROMPETTE 

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