Montesquieu, Voltaire, Diderot, Beaumarchais, d’Alembert.., à l’aide!


LUMI7RESEn relisant François Reynaert dans son «histoire de France sans les clichés», je suis tombé sur une analyse des «Lumières»; elle m’a entrainé dans une réflexion comparative avec la situation actuelle.

La définition des «Lumières» a été posée par le philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804) :

«les Lumières, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable».

Désormais, disait-on, on n’acceptera plus ces vérités tombées du ciel et posées comme immuables enfermant la pensée dans un carcan.

Il est difficile de ne pas voir un rapprochement avec ce nouvel obscurantisme qui nous envahit et cette tutelle d’un nouvel «au-delà» mystérieux dont la volonté est faite sur la terre et dont nous sommes responsables : paradigme de la croissance, de la nécessaire exploitation, production, consommation, élimination, compétition, profits, identité….

Pour Fontenelle «Toute la philosophie n’est fondée que sur deux choses : l’esprit curieux et les yeux mauvais». Aujourd’hui, si les yeux mauvais ne manquent pas il n’est pas de bon ton d’être curieux !

Le mouvement des Lumières est cosmopolite dans son principe, c’est-à-dire qu’il entend parler à tous les hommes.

Je suis homme avant d’être français» écrit Montesquieu ; à méditer !

Ainsi s’est mis en place la théorie des «droits naturels» c’est-à-dire qui appartiennent à tous les humains, sans considération de nation, de race, de culture.

Nos droits de l’homme, modernes en sont issus.

Le développement de la science a joué un rôle majeur dans cette approche critique de vérités révélées.
La technologie, profitant des avancées scientifiques, aidée par la finance, a pris le pouvoir, pour la meilleure et la pire des choses ; elle est devenue, entre les mains de quelques uns, «une vérité révélée»imposée à tous; il en résulte un déséquilibre de plus en plus important et incontrôlable de la société et de son environnement. Le niveau de plus en plus spécialisé, évolutif et pointu de la connaissance, les dangers, les dégâts constatés, de plus en plus grands, le manque de culture scientifique de l’ensemble de la population, l’évolution quantitative des différentes cultures et la complexité du monde, génèrent incompréhension, doute, peur, allant jusqu’au rejet des résultats acquis.
Hélas, je me crois que noustre bon Dieu soit irrité contre nous à cause de nos péchés….» de non consommation (manuscrit écrit par Henry de Laborde Péboué)

En réaction, le grand obscurantisme est de retour.

De plus en plus d’élèves opposent leurs convictions religieuses aux enseignements de l’Ecole. Pour eux, la création du monde s’est passée exactement comme c’est écrit dans la Bible ou le Coran (situation vécue à l’université, à Pau !).

L’école est défiée par la religion !

La religiosité se traduit par un conservatisme certain, et une plus grande intolérance en matière de liberté de penser et de mœurs. Plus on est religieux, plus on remet en question les valeurs telles que l’égalité entre les hommes et les femmes ou la reconnaissance des droits des homosexuels. «41% des jeunes musulmans les plus dévots des Bouches-du-Rhône et 29% des catholiques les plus pratiquants estiment que « la femme est faite avant tout pour concevoir des enfants et les élever ». Ils sont respectivement 47% et 23% à juger que les homosexuels ne sont pas « des gens comme les autres »» Nel. Obs. Pau est concerné aussi par ce problème !

Peut-on refuser de croire à l’évolution car ce n’est pas conforme à une religion ?»

En France, dès 1792, on a décidé d’enseigner, à l’école, des savoirs et non des opinions ou des croyances religieuses, parce que la République a fait le pari audacieux de fonder la possibilité d’une citoyenneté sur des savoirs partagés. Notre démocratie républicaine existe justement par le fait que nous bénéficions tous d’un socle commun dans notre représentation rationnelle du monde.
Refuser les savoirs scolaires au nom d’une liberté de choix qu’offre la démocratie est donc une contradiction. C’est aussi commettre deux entorses.
Une première est de nature épistémologique : l’espace des sciences est autonome et laïque; un résultat n’est pas, recevable ou non, au nom de sa compatibilité (ou non) à un dogme religieux.
Une seconde entorse est politique. Il existe des «règles du jeu» dans l’espace de la classe. Faire société commune, c’est d’abord avoir des connaissances communes. Ce n’est pas aux enseignants de renoncer à l’enseignement des savoirs ; ils sont autonomes dans leur validation, l’enseignement fait force de loi ; c’est au parents, aux théologiens ou aux chefs spirituels de chaque religion de réaliser une articulation entre les convictions des élèves et les savoirs dispensés à l’école. Si ce principe n’était pas respecté, non seulement il serait impossible d’enseigner la biologie, la médecine…, car il y aurait trop de susceptibilités diverses à ménager. C’est le communautarisme qui s’installerait doucement.
La démocratie garantit des droits et exige des devoirs à l’échelle des individus, pas à l’échelle des communautés religieuses. La revendication de lois différentes ou le refus de certains savoirs scolaires au nom «d’un droit à la différence religieuse»mènent à la différence des droits, incompatible avec l’égalité en droits prévue par la République française. Les savoirs communs fondent l’égalité en droits et en devoirs, y compris de savoir ( et non de croire) que l’évolution existe…car c’est un résultat scientifique.

Avec le développement de la philosophie et de la science, les penseurs grecs ont déjà opposé la raison à la croyance, la connaissance à l’ignorance, le monde des idées au monde des dieux.

Il serait intéressant de revenir en arrière une fois de plus en évoquant Voltaire. L’auteur du «Traité sur la tolérance»; il est mort célébré par l’Europe, encensé par Paris mais détesté par le parti réactionnaire et dévot. L’attaque a repris de plus belle depuis la fin du XXème siècle. Elle le dépasse d’ailleurs et va de pair avec un mouvement de pensée qui a un but plus large : instruire un nouveau procès aux Lumières dans leur ensemble. Il recoupe des intellectuels divers, le plus souvent de sensibilité religieuse, qu’importe leur religion d’ailleurs. En France le très célèbre archevêque de Paris, Mgr Lustiger avait tiré les premières cartouches dans les années 1980. Le cardinal allemand Mgr Ratzinger est vite venu le seconder. On peut résumer leur raisonnement et leur résonance ainsi : «en tuant Dieu» et en prétendant libérer l’homme, les Lumières n’ont fait que déchaîner son orgueil, et cette folie a conduit à toutes ces horreurs du XXème siècle.
Ils ont oublié toutes les horreurs qui, du temps «du Dieu vivant», par l’intermédiaire de l’homme, ont été provoquées dans le passé : sacrifices humains, croisades, guerres de religion, inquisition, maintenant Djhad.
Le «dessein intelligent»couve en France et a eu ses défenseurs dans le milieu scientifique : Rémy Chauvin, éthologue et professeur émérite à la Sorbonne, Jean Dorst, directeur du Muséum d’histoire naturelle et membre de l’Académie des sciences, Anne Dambricourt-Malassé, une paléoanthropologue de l’Institut de paléontologie, et Rosine Chandebois, une embryologiste expérimentale de l’Université de Marseille.
Les Lumières sont en danger partout dans le monde et en France, sa terre d’accueil au XVIII ème siècle ; une nouvelle Trinité appelé Argent, Economie et Fanatisme : «l’infâme» voltairien, développe, par ses «vérités», un nouvel obscurantisme. Bien des penseurs utilisent les méthodes des scientifiques pour remettre en cause toutes ces idées reçues en s’opposant à la superstition et aux croyances. Leur but est de transformer la société pour permettre la liberté et le bonheur des hommes.

Là aussi, il est urgent de se réveiller !

Georges Vallet

crédit photos:axl.cefan.ulaval.ca

Comments

  1. je ne suis pas une lumière,pour autant qu’il me reste quelques souvenirs de mes humanités, en particulier ce qu’écrivait Rousseau  » il ne peut plus y avoir de religion exclusive, on doit tolérer toutes celles qui tolèrent les autres, autant que leurs dogmes n’ont rien de contraire au droit des citoyens » on voit où nous en ,sommes , les lumières se sont éteintes, il l’obscurentisme est de retour.

  2. Michel LACANETTE. says:

    « le grand obscurantisme est de retour »
    Peut être que l’ homme a plus besoin d’ obscurantisme que de lumière pour décupler sa curiosité intellectuelle.
    La lumière est l’ évidence, alors que pour comprendre l’ obscurantisme, il faut faire du « brainstorming » comme disent nos modernes penseurs, mais cela n’ est pas à la portée de tout le monde à ce qu’ ils disent, mais surtout c’est à manier avec précaution.
    Ce qui permet à certains hommes de s’ improviser gourous, guides suprêmes de la pensée complexe, alors que la simplicité effacerait tous leurs pouvoirs.
    A moins que tout simplement, les hommes craignent la lumière, qui leur fait mal aux yeux….. Au quel cas ils faut les équiper de lunettes, longue vue de préférence.

    « Là aussi, il est urgent de se réveiller », mais surtout de penser à ouvrir les yeux pour voir la lumière.

  3. Pour aller plus loin et se reférer à d’autres scientifiques, même si des articles semblent aller dans le sens de Georges Vallet, d’autres peuvent à minima interroger :
    http://uip.edu/

    Pour être prosaique, toujours présente la controverse Benveniste et bien d’autres.

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