Supplique pour ne pas être incinéré dans une Zone d’Activités


Soylent greenLes rites funéraires ont beaucoup évolué depuis une génération. La praticité semble avoir pris le pas sur la solennité et la spiritualité. La fiction « Soleil vert » deviendrait-elle réalité ? Le projet de crématorium de la CCLacq-Orthez à Artix (Eurolacq II) ou à Orthez, sur fonds de rivalités politiques complexes, en est une illustration.

L’accompagnement dans le deuil, de parents, d’amis ou de connaissances qui sont nombreuses en milieu rural, est un devoir dont j’avais oublié l’importance lorsque j’étais en activité loin du Béarn. Depuis mon retour au pays, j’ai retrouvé le chemin de beaucoup d’églises et découvert l’existence de nombreux funérariums.

Pour faciliter l’accès et l’accueil des familles, beaucoup de funérariums sont installés en périphérie des villes ou le long des voies rapides dans un environnement banal de commerces ou d’activités artisanales. La mort est un marché. Les rites se sont adaptés, peut-être au détriment de la spiritualité.

Maintenant la crémation se développe et des crématoriums s’annoncent dans les Communautés de Communes. Ainsi, les villes d’Artix et d’Orthez ne vont pas tarder à se disputer l‘aménagement d’une telle installation.

Des élus Orthéziens considèrent qu’une localisation à Orthez serait géographiquement justifiée. Le maire d’Artix réplique que le projet était en maturation dans l’ancienne CCLacq depuis 2007 (*). Le Président de la CCLO ajoute qu’« à Eurolacq II, il y a les réseaux, l’échangeur, tout ce qu’il faut ! » ; Comme chez Casto ! aurait-on envie d’ajouter.

Le côté utilitaire est donc toujours primordial, le côté spiritualité et solennité est visiblement toujours accessoire.

À la « décharge » des élus, on peut souligner leur souci de remplir cette zone avec tout ce qui se présente. Il faut bien rembourser les financements. Le zonage des activités (zoning) est toujours la règle. Les zones d’activités sont devenues de véritables trous noirs qui absorbent tout ce qui est actif dans leur voisinage. Même les études notariales y passent. Bientôt les bourgs vont se réduire à des murs vides. Est-on vraiment très éloigné de la fiction « Soleil Vert » ? (**)

En fait ce sujet m’interpelle aussi car je suis claustrophobe. Je préférerais donc m’envoyer en fumée et, au lieu de retomber faute d’élan dans de tels zonages, être emporté bien loin, voir du pays, monter vers les étoiles et être suivie longtemps par mes proches (comme lorsque je conduis ma petite fille à l’aéroport et que je continue à suivre l’avion au-dessus de Lonçon, même lorsqu’il est devenu un point invisible). Je préférerais donc que cela se passe dans un lieu solennel, élevé. À proximité d’une église, d’un cimetière, d’un bois, au sommet d’une colline, au bord d’une rivière. Enfin, n’importe où mais pas dans une zone d’activités.

Finalement où atterrira ce crématorium. À Orthez ? À Artix ? Peut-être entre les deux ?
À Sarpourenx par exemple ? La commune dont un élu parlementaire est sur la réserve, vient de céder au Comité Régional de Bridge de l’Adour deux terrains pour étaler en périphérie d’Orthez un local avec parking. Le Président du Comité précise que dans ses démarches, il a pu compter sur le soutien du Député David Habib (***)

Les élus de la CCLO, d’Artix ou d’Orthez se sont fait subtiliser une belle prise. En plus, lors de chaque partie, il y aura un mort (****). M. Habib a, en quelque sorte, pris les habits de « Charlton Heston » dans le film « Soleil Vert » (*****).

À noter toutefois que si, pour moi, une salle de jeu de bridge n’a pas davantage sa place dans une zone d’activités qu’un crématorium, cet aménagement à Sarpourenx n’en est pas moins contraire à l’esprit de la loi ALUR que M. Habib a voté.

Tout cela est absurde. Une nouvelle odeur de roussi se répand déjà sur le territoire de la CCLO.

Larouture

(*) : Le projet de crématorium envisagé pour Eurolacq II occuperait un terrain de 4.699 m2 avec un bâtiment de 500 m2. La collectivité projette d’investir jusque 1,5 M€. (cf. La République du 17/12/2015 et modifié le 18/12/2015)
(**) : Il y a pourtant un lieu autour duquel les élus savent généralement garder la maîtrise du foncier. Ce sont les abords des cimetières et c’est le cas à Artix comme à Orthez. Mais les élus sont-ils vraiment sensibles à ces rituels. Peut-être sont-ils davantage portés vers la momification (****).
(***) : Un compromis de vente a été signé le 29/12 pour deux terrains de 1.500 m2.
Le projet a été réalisé avec le cabinet d’architecture Orthézien O2CEN. Il comprend un local de 680 m2 de plain-pied avec un parking de 40 places pour un coût total de 745.000 € financés par un prêt bancaire et une aide de la fédération française de Bridge. La maison devrait être terminée fin du printemps 2017. (cf. La République du 11/02/2016 et rectificatif du 12/02/2015).
(****) : mea culpa …
(*****) : À moins que ce ne soit « La planète des singes ». Re(****)
Crédit photo : sciencefiction.com

Comments

  1. Larouture says:

    Le Bridge est certainement un loisir de pauvres. Lu sur la République de ce jour:

    14.000 Euros de subvention de M. Habib pour l’aménagement d’une maison du bridge à Sarpourenx (coût attendu 745.000 Euros) où il s’est fait élire Conseiller Municipal pour briguer la Présidence de la CCLO, après sa tentative ratée à Pau.

    De plus, les bénéficiaires de la réserve parlementaire 2015 ont paru dans la presse. On note la commune d’Urdès, membre de l’ancienne CCLacq. Or M. Habib indiquait qu’il n’accordait pas de subventions aux communes ayant appartenu à l’ancienne CCLacq. On imagine bien pourquoi.
    L’enveloppe 2016 est déjà vidée. Une commune à qui M. Habib a fait une promesse doit attendre.

    A mon avis, l’aménagement d’une maison du Bridge à Sarpourenx n’aurait pas pu se faire si la CCLO s’était dotée d’un SCoT. Lorsqu’il était Président de la CCLacq, M. Habib s’est opposé à la réalisation d’un tel document d’urbanisme. Trop contraignant.
    A l’heure des PLUI, toutes les communes (Urdès, Labastide-Cézéracq par exemple) présentent leurs PLU.
    C’est nul.

  2. je suis un peu triste de l’absence de commentaires sur cet article (de la mort!). Cependant, je ne peux ignorer quelques exemples personnels : la sépulture d’Ivan Illich, à Prague, celle de Saramago, à Lisbonne par exemple (laissons de côté le soldat inconnu et les milliers de monuments aux morts que plus personne ne regarde dans les villes et les villages, sauf le temps des cérémonies), qui s’inscrivent dans la mémoire, quand par hasard on parcourt la ville.
    Il faut néanmoins reconnaître le professionnalisme des intervenants des « pompes funèbres », qui redonnent aux morts une apparence de vie, de sérénité, illusoire, qui maquillent la mort pour la rendre moins crue. Enfin, où que se passent les cérémonies, les corps ou les cendres finissent au cimetière. Seul endroit où les feux de saint Elme ne ressemblent pas aux explosions guerrières.Seul endroit aussi où notre passé trépasse. (je sais ce que je dis).

    • Larouture says:

      Chacun de nous a certainement été confronté à des décès difficiles et à trouvé du réconfort de diverses façons. Je pense ainsi à une intervention de M. Sarkozy sur les racines chrétiennes de l’Europe et la supériorité du curé, du rabbin ou de l’Imam face à l’instituteur. L’argument (massue), de mémoire : C’est aux religieux que les familles s’adressent et non à l’instituteur lors d’un décès.
      Personnellement, je considère que le cercle de famille, son unité, est essentiel pour surmonter ces épreuves qui peuvent être précédées par des moments pénibles.
      Les religieux font surtout parti du rite qui honore le défunt et sa famille. Nous occuper de nos morts n’est-ce pas ce qui nous différencie des animaux ?

  3. PS: j’aime bien la reflexion sur le bridge!

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