La vallée d’Aspe, un haut lieu de la truite arc-en-ciel.


truiteAvec l’équipe des agronomes de ADOUR-AGRO, le Samedi 30 Avril, par un temps de chien, j’ai fait deux visites tellement intéressantes que je souhaite vous les faire partager :
Les viviers de Sarrance : pisciculture économique et le centre INRA de St Pée de Nivelle, recherche agronomique.
Les Viviers de Sarrance
C’est une entreprise totalement spécialisée dans la production et le vente d’œufs de truite fécondés. Ce matin, nous sommes accueillis par M. Cachelou . Il nous déniaise d’abord en nous expliquant les deux espèces de truites : la truite Fario que l’on pêche dans le gave d’Aspe et la truite arc-en-ciel de la côte Ouest américaine. C’est cette dernière qui est élevée dans les viviers, en France et dans le reste du monde.
La qualité de l’eau.
Dans une ambiance d’une grande fraîcheur, la cascade, les bassins de réception, le vent froid, M. Cachelou nous explique que cette eau est idéale pour la pisciculture : température stable au cours de l’année (environ 9°). Il y a même une protection administrative de la qualité de l’eau en amont de la cascade. L’eau est très aérée, trop même, car si on y mettait les truites directement elles risqueraient l’embolie tout comme les plongeurs qui remontent trop vite. L’eau est d’abord dégazée puis réoxygénée.
Les reproducteurs.
Les truites ne sont élevées ici que pour leurs qualités de reproducteurs, on ne les mange pas !  Une truite atteint sa maturité sexuelle à deux ans. Mais ne fourni par encore le maximum de la quantité d’œufs, elle va être bien pendant 3 ou 4 ans puis, la pauvre va servir de nourriture industrielle aux minets. La nature fait pondre les truites une fois par an, mais l’homme, toujours plus malin que sa-mère-la-nature, trompe les truites en éclairant les bassins et obtient  ponte de plus par an .
Les reproducteurs sont des » morceaux » de 4 à 5 Kg, un homme ne pourrait pas les maîtriser, il faut donc les endormir avant de leur presser doucement le ventre pour en extraire des milliers d’œufs. Ces œufs ont une belle couleur jaune-orangé pale et environ 8 mm de diamètre. On nous montre une bonne louche d’œufs fécondés de quelques jours, ils ont déjà tous un petit point noir, c’est le début de l’œil de l’embryon !
Le sexe des truites.
La pisciculture, en aval de viviers de Sarrance, ne veux que des truites femelles, or les œufs fécondés dans la nature sont mâles et femelles. Il y a une astuce biologique, que j’ai oubliée, pour n’avoir que des embryons femelles.
L’expédition des œufs fécondés.                                                                                                            Il y a un fenêtre de temps assez étroite , une semaine, pour que les œufs soient expédiables, c’est-à-dire que l’embryon soit assez grand mais pas trop près d’éclore. Des caisses en polystirène, bien épaisses et isolantes contiennent des niveaux de coupelles pleines d’œufs, accompagnées de coupelles pleines de glaçons. Ce froid modéré conserve les embryons vivants. Le transport aérien permet à des œufs expédiés le Lundi d’arriver le Mercredi en IRAN, par exemple Mais les œufs fécondés peuvent résister à un voyage de trois jours.
Les Viviers de Sarrance c’est une société par Actions avec : 6 à 9 salariés, 60 Millions d’œufs vendus par an. Un Chiffre d’Affaire de l’ordre du Million d’Euro, principalement à l’exportation. C’est une belle entreprise !
Le centre INRA de recherche aquacole à Lees-Athas.
Nous reprenons les voitures, nous nous enfonçons plus avant dans l’étroite vallée et trouvons un bâtiment aux armes des Eaux et Forêts 1937 et le dessin d’une truite.
Les Eaux et Forêts ayant les premiers, à cause la qualité de l’eau, toujours elle, fait des essais d’aquaculture. Depuis l’INRA a repris les bâtiments et les bassins et fait une recherche appliquée très intéressante, que nous expliquent Madame Skiba et son collègue. Il y a d’abord une considération au niveau de l’alimentation de laplanête en expansion démographique : en se dirigeant vers les 9 milliards d’humains on va manquer de protéines animales, le plus rationnel serait de manger des insectes ou des poissons,(mais peut-être encore un peu de poulets). Pour trouver trace de »Filet mignon » ou de « Souris d’agneau aux petits légumes » il faudra lire les anciens romans de M. Houllebecq. Concernant les poissons, on sait que les ressources de la mer ont atteint un plateau, pour satisfaire une demande croissante il n’y a que l’aquaculture qui est d’ailleurs en croissance de 10% par an an niveau mondial ; C’est dire s’il y des débouchés pour les fabricants d’œufs fécondés de truite !
Autre considération « protéinique » : si on nourrit les poissons d’élevage avec seulement de la farine de poissons sauvages le bilan protéinique n’est pas formidable. Il faut donc introduire dans la nourriture des truites d’élevage le maximum de protéines végétales. C’est là qu’intervient la recherche agronomique au niveau européen. Différents pays européens se sont mis d’accord pour traiter une parti du problème de l’optimisation de l’aquaculture. Si j’ai bien compris la France a pris l’adaptation d’une souche de truites à l’alimentation en protéine végétale. L’INRA attaque le problème des deux cotés : sélection des poissons d’une part, essai de différentes combinaisons alimentaires d’autre part.
Sélection des poissons.
Dans toute souche pure d’une espèce animale il y a une VARIABILITE individuelle , c’est elle qui permet la sélection naturelle, chère à Darwin, et aussi la sélection artificielle. Exemple avec les truites : on prend quelques milliers d’exemplaires d’une souche pure, on ne leur donne que des protéines végétales et on regarde. Une partie crève, peut être la plus grande partie, ce n’est pas grave, car une parti, faiblarde, a survécu. Les enfants de leurs enfants, toujours plus résistants à une nourriture végétale mixée de protéines animales sont sauvegardés, numérotés (on lui donne peut-être un nom) ; On en envoie un double dans un autre vivier INRA en Bretagne par sécurité. A noter que les génération de poisson sont de deux ans ce qui accélère les choses par rapport à la sélection des chevaux de course ou des taureaux.
Les marques de l’enfance.
Madame Skiba a expérimenté que des poissons petits soumis quelque temps à une nourriture purement végétale, puis remis à un régime plus riche deviennent des adultes plus résistants à un régime plus végétal. En rentrant vers PAU je me remémorais une chanson de quatre moustachus en collants noirs : les Frères Jacques. Une de leurs chansons était assez amusante. Sur l’air de la Quintette en la majeur de Franz Schubert, on avait : « Elle s’appelait Isabelle et sortait tout droit de son couvent,… elle fredonnait la truiiite, la truite de Schubert »

                                                                                                   Par Jean-François de Lagausie

Biblio : http://www.oeufsdetruite.fr

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Comments

  1. JF de Lagausie says:

    Merci à Emile pour cette information super intéressante

  2. Larouture says:

    J’ai apprécié cet article. Il se trouve que je suis en train de lire « La cause des vaches » de Christian Laborde ; sans écouter de la musique.
    Le parallèle avec la ferme des 1.000 vaches est frappant. Je me demande si les truites sont des êtres sensibles. Mais peut-on faire une telle classification dans le monde animal?
    Néanmoins je suis sûr que les techniciens qui travaillent, directement ou indirectement, dans ces types d’élevages sont passionnés par ce qu’ils font. C’est du moins ce que je comprends pour les gens de l’INRA dans cet article.
    Or c’est toujours le système (l’Agrobusiness, FNSEA par exemple) qui est souvent mis en cause. Cela ne me satisfait pas complètement car il y a des gens biens dans ce système.
    J’ajouterais que c’était la même chose pour le congrès du pétrole off-shore profond au Palais Beaumont.

    • Georges Vallet says:

      1°)Les truites sont-elles sensibles?
      définition de sensibilité(Larousse):

      Aptitude d’un organisme à réagir à des excitations externes ou internes.
      Les truites comme tous les êtres vivants sont sensibles.
      Aptitude à s’émouvoir, à éprouver des sentiments d’humanité.
      Là c’est bien moins sûr car le cortex cérébral est vraiment très mince!

      2°)Techniciens passionnés, gens biens, cela ne fait aucun doute; ce ne sont pas les personnes qui sont mises en cause mais le travail qu’ils ont à faire pour gagner leur vie.

      • Larouture says:

        « ; ce ne sont pas les personnes qui sont mises en cause —»
        Certes. Mais au final cela se traduit le plus souvent par la mise en cause de personnes. C’est ce que je déplore même si (voire parce que) l’activisme fait le plus souvent avancer les choses.
        « — mais le travail qu’ils ont à faire pour gagner leur vie »
        Mais le travail fait partie de leur vie. Ne pas pouvoir s’investir dans son travail est une forme de misère.
        En fait, je constate que l’humain, quel qu’il soit, ne se préoccupe que de l’effet immédiat de son action. Il ne se préoccupe pas des interactions (vision à 360°). Vouloir changer cela, n’est ce pas contre nature ?
        Soit le monde va trop vite. Soit nous sommes trop lents.

        • Georges Vallet says:

          « En fait, je constate que l’humain, quel qu’il soit, ne se préoccupe que de l’effet immédiat de son action. Il ne se préoccupe pas des interactions (vision à 360°). Vouloir changer cela, n’est ce pas contre nature ?

          Je partage pleinement cette analyse.

          « Soit le monde va trop vite. Soit nous sommes trop lents ».
          Ce n’est pas le « monde », c’est nous (notre société économique ) qui allons trop vite; nous ne sommes pas trop lents, nous n’avons simplement pas les moyens physiologiques de nous rattraper!!!!!

  3. Contribuable Palois says:

    Pourquoi envisager de modifier l’homme vers une souche humaine  »purement végétarienne » comme le suggère G. Vallet?
    Pour ces pauvres vaches, vouées aux gémonies, il y a déjà un moment qu’on sait qu’une nourriture supplémentée en omega3 ( avec des graines de lin) contribuerait à réduire leur production de gaz à effet de serre
    http://www.ohmyfood.fr/qualite-de-lalimentation-du-betail-et-qualite-nutritionnelle-de-sa-viande-une-influence-sur-notre-sante

    • Georges Vallet says:

      « Pour ces pauvres vaches, vouées aux gémonies,  »
      Ce ne sont pas les vaches qui sont vouées aux gémonies mais ceux qui les obligent à manger ce pourquoi elles ne sont pas adaptées, c’est-à-dire des farines animales. Par contre, l’apport de graines de lin dont l’origine végétale est incontestable(!), est tout à fait une bonne idée car elles n’auraient pas le droit d’aller brouter dans un champ de lin, qu’elles auraient du mal à trouver d’ailleurs!

  4. Georges Vallet says:

    Vivier de Sarrance.
    Très intéressant et instructif, non pas sur les caractéristiques biologiques et écologiques de la truite des Pyrénées qui peuplent nos gaves, sur les objectifs de conservation de l’espèce autochtone, mais sur la truite arc-en-ciel de la côte Ouest américaine que l’on élève pour la consommation. Un belle entreprise industrielle en effet.

    Le centre INRA de recherche aquacole à Lees-Athas.
    La recherche agronomique est vraiment pleine d’idées; elle avait déjà réalisé des vaches carnivores en leur donnant des farines animales; cela n’avait pas été une très grande réussite! Maintenant voilà des truites végétariennes! Ne doit-on pas craindre la maladie de la truite folle?
    C’est dommage que l’INRA n’expérimente pas sur l’espèce humaine pour sélectionner une souche purement végétarienne qui ne consommerait alors plus de truites ni de viande en général. Ce serait l’idéal pour la santé, pour diminuer la production des GES émis par les vaches et pour permettre de nourrir beaucoup plus d’humains

    • « Un belle entreprise industrielle en effet. »
      Etonnant de la part d’un écologiste intégriste !
      Et les nuisances importantes pour justement la faune autochtone en aval ?
      Déjections, traitements, surplus d’aliment, produits pharmaceutiques …etc ?

      • Georges Vallet says:

        « Un belle entreprise industrielle en effet. »
        Décidément, l’humour n’est pas dans vos gènes!
        Relisez dès le début et tachez de lire » entre les lignes »

        • la pêche à la truite entre les lignes…délicat…. on s’emmêle les lignes

          • Georges Vallet says:

            le péché – faute commise par rapport à la loi de Dieu
            le pêcher – arbre fruitier
            pêcher – aller à la pêche
            ???????
            C’est trop compliqué pour moi, c’est pour cela que j’ai décidé de ne plus aller à la pêche car je ne sais pas si c’est pour du poisson ou pour le fruit! Par contre, pour pécher, c’est une autre affaire, plus personnelle!

    • JF de Lagausie says:

      Les catégories végétariennes et carnivores ne sont pas exclusives, nous en sommes la preuve vivante. sélectionner des truites partiellement végétariennes ne me semble pas une affaire.

      • Georges Vallet says:

        Le passage d’un régime carnivore à un régime végétalien nécessite toute une transformation anatomique , physiologique et comportementale. par exemple un intestin de lion fait 6 mètres, celui d’un mouton 28 mètres, les microbiontes intestinaux sont différents, les sucs digestifs sont différents, la denture est différente, la façon de manger aussi, la durée de digestion également; pendant que l’un fait « la sieste »des heures voire des jours, l’autre continue de brouter…….
        Nous nous situons entre les deux mais on voit très bien que de manger de plus en plus de viande est néfaste à notre équilibre physiologique; les végétariens qui mangent oeufs et produits laitiers sont des omnivores compatibles avec leur constitution, pas les végétaliens (ou alors cela devient un casse-tête incompatible avec la vie actuelle).
        S’opposer aux résultats de l’évolution naturelle, l’homme sait le faire mais ne nous étonnons pas quand cela génère des problèmes!

        • Pour servir la science, ce soir je vais me faire hara-kiri et mesurer la longueur de mes intestins. En fonction de cette longueur, j’espère ainsi trouver ma place entre le lion et le mouton. Ensuite, j’irai boire un verre avec la girafe, qui est super rigolote avec son système d’ascenseur pour apporter l’eau de sa tête à son estomac.

    • Emile says:

      Ref. GV 12 mai à 19:10:

      A vrai dire, peu de gens le savent encore, mais de grandes multinationales de l’internet, combinant centrales d’achat, réseaux sociaux et concepteurs de systèmes informatiques, ont lancé depuis plusieurs années un vaste programme centré sur les personnes végétariennes en âge de procréer.

      Il s’agit d’une part de les aider à suivre un régime strict et d’autre part de recueillir leur sperme et ovules afin de développer la souche végétarienne dont vous parlez. En récompense, les végétariens membres du programme reçoivent gratuitement leur nourriture (offerte par les grandes multinationales de l’alimentaire associées au programme) et leur suivi médical est totalement pris en charge.

      Mieux encore, les personnes qui acceptent d’avoir une relation sexuelle directe avec d’autres végétariens afin de procréer (propositions de rencontres établies par un site spécialisé associé au programme), se voient rembourser les frais occasionnés par leur progéniture jusqu’à l’âge de 18 ans, s’il suit un régime végétarien strict et s’engage à son tour à enfanter avec un végétarien de sexe opposé

      Les personnes susceptibles de participer au programme sont repérées sur Internet et sélectionnées en fonction de leurs habitudes de consommation et d’une série de critères tenus secrets. On ne peut donc faire acte de candidature directement. En outre, les personnes sélectionnées sont tenus au secret le plus absolu quant à leur participation à ce programme.

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