Le centre-ville de Pau peut-il renaître ?


imgresDepuis maintenant quelque temps, dans la présente publication, l’état du centre-ville de Pau ne cesse de faire l’objet d’inquiétudes. Même si la capitale béarnaise n’est pas la seule de la même importance à connaître une telle désaffection. Il existe peut-être des solutions. En tout cas d’autres ville se penchent sur le problème. Quels enseignements en tirer ?

Vous comme moi, attachés à Pau, lors de nos déambulations dans la ville, éprouvons un pincement au cœur devant des enseignes vides et les pas-de-porte fermés. Cela est d’autant plus douloureux que ces commerces ont peu de chance de rouvrir. Les raisons sont diverses, mais l’une qui semble plus que d’autres utile de  souligner, tient sans doute aux vacances de logements du centre.

Sur le plan national le taux de vacances commerciales dans les centres-villes a atteint 8,5% en 2014 contre 7,8% un an plus tôt. Ce taux est évalué à 10,2% dans les villes de moyenne importance (50.000 à 100.000 habitants). Seules les très grandes agglomérations limitent la casse.

En France le taux des logements libres est de 7,1% pour dépasser 10% dans les centres-villes. A Pau, la part de ces mêmes logements atteint 15% (Source INSEE – 2012 ), sur 50 736 logements 7.610 sont inoccupés. Les commerçants n’habitent plus au- dessus de leurs commerces, ces appartements sont souvent vides, voire insalubres. Alors que faire ?

L’exemple de l’Eurométropole de Strasbourg peut nous éclairer. Sur les 28 communes, 3.300 logements du parc privé sont vides depuis au moins 3 ans. Dans la ville de Strasbourg même où le taux de vacances des logements n’est que de 7,29%, une étude a été lancée pour en déterminer les causes dans les quartiers proches du centre-ville. Il en ressort  :
– les propriétaires attendent des jours meilleurs ;
– la spéculation ;
– âge des propriétaires, emprunts difficiles ;
– propriétaire impécunieux ;
– mauvais état des immeubles, l’investissement est important ;
– crainte de mauvais locataires ;
– suppression d’accès aux logements pour agrandir des commerces en rez-de-chaussée ;
– les complexités administrativo-juridiques pour la réhabilitations.

L’expérience d’une taxation spécifique sur les logements vacants (THLV) n’a pas permis un basculement significatif. Un dispositif spécifique est depuis peu à l’étude dans la capitale alsacienne. Il envisagerait un accompagnement par une aide de la collectivité. Ainsi des primes inédites pouvant aller jusqu’à 6000 € permettraient de subventionner les travaux ; des abattements fiscaux significatifs seraient consentis ; une démarche de recherche de locataires accompagnerait les propriétaires ; les loyers pourraient être sécurisés ; un accompagnement gratuit serait mis en place dès lors que les propriétaires intéressés accepteraient de pratiquer un niveau de loyer défini en fonction de la situation géographique et de la surface du logement. Reste à convaincre les propriétaires de souscrire à ces propositions.

Soyons optimistes et imaginons que ce dispositif fonctionne à Strasbourg, Pau pourrait s’en inspirer. Tout le monde serait gagnant.
– Le commerce de proximité favorise le lien social et permet aux villes moyennes d’avoir une âme ;
– Ce serait un moyen de préserver le tissu urbain ;
– Cela permettrait également de lutter contre l’étalement urbain et d’éviter que du foncier nouveau soit bâti ;
– Une économie des réseaux ( route – eau – assainissement) pourrait être réalisée ;
– Les transports collectifs de proximité seraient valorisés ;
– L’écologie et la mixité social y trouveraient chacune leur compte ;
– Cela irait également dans le sens d’une lutte contre la précarité énergétique ;
– Cela mettrait de la vie et viendrait à l’encontre d’une ville musée sans habitants ;
– L’emploi local, artisans, BTP, pourrait se développer.

Bien sûr la ville, ou l’agglomération devrait dans un premier temps envisager un investissement, mais à terme le centre ville aurait un autre visage. Ce ne sont pas les animations périodiques, bienvenues certes, qui redonnent vie à Pau car elles ne sont qu’éphémères. Il faut miser sur le long terme.

Pau, le 25 mai 2016
par Joël Braud

Comments

  1. Julien says:

    Quatre observations pour compléter cet article par ailleurs intéressant:
    1) André Labarrere, au début des années 80 avait décidé après une expérience pas très concluante sur le Hedas et les abords de la place de la Monnaie de ne pas engager de nouvelles opérations d’amelioration de l’habitat (OPAH) sur le centre ancien au motif (suivant les dires de mauvaises langues?) de ne pas subventionner les propriétaires d’immeubles, et il aura fallu attendre plus de 20 ans pour que soit engagée une telle politique aussi bien sur les immeubles que sur les espaces publics! Alors que Bayonne n’a pas arrété depuis 1980!
    2) parmi les handicaps du bâti ancien, je soulignerais la structure des propriétés avec beaucoup de copropriétés et des propriétaires extérieurs peu motivés (cela mériterait d’ailleurs l’engagement d’une étude de la collectivité publique là dessus);
    3) on ne persuadera pas les propriétaires d’investir sans un gros effort de la ville sur la qualité des espaces publics tant dans l’embellissement que l’entretien et la réparation (extrêmement mal assuré par les services sauf aujourd’hui sur la propreté) ;
    4) on a déjà signalé le poids des impôts locaux pesant sur les contribuables locaux, j’ai appris lors du dernier conseil communautaire qu’en plus, les habitants du centre payaient une taxe d’enlèvement des ordures supérieure à celle des habitants de la périphérie. Avec la paupérisation de beaucoup de quartiers du centre, cherchez la cohérence….

  2. Contribuable Palois says:

    Une interrogation, à partir d’un exemple rapporté par un propriétaire.
    La réhabilitation à laquelle songeait ce petit employé a été  »tuée » lorqu’il a découvert les normes esthétiques imposées.
    Comme les fenêtres obligatoirement en bois, qu’il devait faire fabriquer à l’ancienne.
    Le problème a été signalé dans le secteur sauvegardé de Bordeaux, mais une telle rigueur est-elle de mise à Pau?

    http://www.sudouest.fr/2015/09/23/en-lutte-pour-sauver-les-vieilles-fenetres-en-boisconseils-pour-les-proprietaires-2132421-2780.php

  3. Il existe un document le PLH Programme Local de l’Habitat), qui fixe la politique en matière de logement au niveau de l’agglo.
    Voir ci après le point sur le sujet :

    http://www.agglo-pau.fr/component/content/article/31-au-quotidien/logement-se-loger/43-bilan-des-2-premieres-annees-du-programme-local-de-l-habitat-2011-2016.html

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