Suivez le geek…


IMGP4074Je ne vous connais pas. Remarquez, vous ne me connaissez pas non plus, ce qui, quelque part, facilite le fait que je vous trouve sympathique, Vous me vouvoyez, c’est un signe d’élégance morale, de respect mutuel. Ne pas nous connaître permet d’ouvrir, à mon sens, une plage de liberté quant à la discussion que nous entamons. Un mot de travers suffit à interrompre ce que nous initions, et chacun peut alors s’en retourner à ses moutons. Et puis, je vous l’avoue, je déteste les poignées de main. Cet acte commun révèle l’individu de façon arbitraire mais cependant convaincante par la suite. La main mollassonne, l’enfiévrée, la nerveuse, l’écrabouillante, la caressante, et puis ce contact des doigts qui proposent leur vaniteux esclavage : calleux et lourds dans ces pognes d’agriculteur, de maçon, ou alors satinés et joufflus comme celles d’un intellectuel de pacotille, ou encore fins et doux comme les touches d’un pianiste de bar confondant mambo et mojito, les doigts et la main sur le cœur me rebutent. Et le regard, plus terrible encore !

Je ne vous connais pas, mais je me permets de vous poser cette question un peu idiote : avez-vous regardé, vu de vos yeux vu, une fois dans votre vie la mort en face ? Je vous laisse réfléchir, la question est stupide et cruelle, mais cruciale. Je vois que vous restez silencieux. Ai-je été trop cru ? La mort vous fait-elle peur à ce point que vous n’oseriez la regarder quand elle vous fera face ? Ne dites rien, fermez les yeux. Passons à autre chose. Je vous en prie, cessez de trembler, du moins écoutez moi, vous m’êtes sympathique, je vous promets de parler de choses plus douces, plus agréables. Calmez vous, buvez un cognac. Reprenons le fil de notre conversation.

Avez-vous une femme aimante ? Oui, je le vois par votre réaction et le petit smiley que vous postez pour me répondre. Elle est jeune, jolie, et vous moche vieux mais riche, c’est cela ? Ah ! En plus vous êtes bien membré, genre Rotary, Lyon’s club et compagnie. (merci pour cette pluie de smileys). Vous aimez les femmes, c’est un signe irréfutable que vous avez une trompe d’éléphant, comme dirait Vialatte, qui reste un éléphant irréfutable, sauf si je me trompe. Bon, excusez-moi, je fais de l’humour auvergnat, cela m’encourage à ne pas me décourager les soirs d’orage quand l’écran de mon ordinateur prend la couleur noire charbon, le noir comme le blanc ne sont pas des couleurs, je vous remercie de cette remarque, j’en parlerai à ma femme, qui est une mulâtresse ni blanche ni noire par définition, donc pas une femme de couleur qu’on n’embaucherait pas pour cette raison, car malgré sa beauté et ses diplômes obtenus aux quatre coins des cinq continents les employeurs s’évertuent à la trouver un peu trop brune, un peu trop bronzée, un peu trop grande pour ratisser large au milieu d’un monde peuplé de nains de jardins, dont j’espère, et je vous le dis en toute franchise, vous n’appartenez pas.

Excusez-moi, il y a eu un blanc, j’ai cru que je vous avais vexé, mais visiblement vous êtes toujours là, en bonhomme invisible comme moi d’ailleurs, qui vous trouve de plus en plus sympathique, et tous ces smileys qui inondent notre conversation, vos réponses toujours imagées, c’est vrai que je ne vous connais pas et pourtant le charme opère, comme un chirurgien coupe une jambe ou lobotomise un crâne, vous êtes très courtois et cependant peu causant, mais dites-moi si mes paroles vous lassent pourquoi continuez-vous à me lire et suivre mon délire avec un tel entrain, avouez que vous avez découvert un site qui stocke des milliers de smileys et que vous les testez sur moi, qui non seulement ne vous connais pas, mais en plus vous apprécie plus que de raison car vous ne dites rien, enfin, depuis un long moment, car au début, quand nous nous sommes présentés, nous nous vouvoyions, ce qui est en soi assez exceptionnel, reconnaissez-le, entre deux inconnus, mais depuis que je vous ai parlé de ma femme vous semblez plus distant, pourtant, en homme bien éduqué, comme vous l’êtes certainement, vous savez que ma femme est un écran, blanc quand on l’allume, noir quand on l’éteint.

Ne restent alors que les étoiles, en haut à gauche, qui font l’article et sa valeur…

par AK Pô

02 06 2016

Ptcq

Comments

  1. Georges Vallet says:

    J’ai toujours pensé que la science et la poésie étaient complémentaires, inséparables et indispensables. Une fois de plus c’est prouvé; à la froideur et au manque de sensibilité de la recherche scientifique s’ajoute, avec la poésie, un langage abordable et compréhensible par tous car il touche les émotions. L’amour, la mort, la chaleur humaine , constituent des exemples qui illustrent bien cette pensée.
    Si la poésie est ouverte à tous, sans formation, simplement par l’intermédiaire de la sensibilité, la science, elle, a besoin d’une formation assez longue, elle a un langage plein de sens mais pas de sensibilité, et pourtant c’est grâce à elle que la mort en particulier à reculer.

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