Vous n’y connaissez rien, c’est tout ! (votre cerveau est trop loin)


IMGP2751C’était un samedi, dans l’après-midi. Ginou Ginette était partie en ville faire quelques achats, et moi, ayant depuis longtemps appris l’art de me tourner les pouces, j’entamais le tricotage de chaussettes en cotte de maille pour les chats, afin d’éviter qu’ils ne rayent rideaux pantalons et fauteuils avec leurs griffes, discussion qui avait failli briser notre ménage trois jours auparavant, avant que je ne découvre cette phrase subtile d’Alain Mabanckou (« mémoire d’un porc-épic »?) : « les tigres ne naissent pas sans griffes ». De même, avait rétorqué Ginou Ginette, les girafes ne naissent pas sans cou, ce qui signifiait pour moi l’achat d’un beau collier qu’en ville elle était partie quérir.

Pas besoin de comprendre qu’une femme qui revient de la ville avec un beau collier à son cou est celle qui forcément vous a passé la main au collet. Quand elle a ouvert son petit sac en peau de crocodile, j’ai pensé qu’elle voulait me faire avaler la facture, mais point : elle me présenta un joli paquet, en me disant : »tiens, c’est pour toi ! ». C’était une tondeuse. Moitié moins volumineuse que celles qu’on utilise pour tondre les moutons, avec cinq peignes adaptables selon la fonction que l’on attribue à la taille, grosse découpe, spéciale cheveux fins, finition, etc.

Voici plus de dix ans que j’ai au sommet du crâne une tonsure digne des plus célestes moines, mais il est vrai que le lierre et les petits oiseaux ornent mes plates bandes périphériques, et que le poil y pousse comme la puberté chez les enfants de chœur, ce qui ne peut me faire qu’apprécier ce cadeau de ma femme de cœur. Le déballage fut aussi rapide que la prise en main de l’outil : « Chou, me dit Ginou, je vais te faire une belle coupe et ensuite, tu me promets de tondre la pelouse, comme je te l’ai demandé la semaine dernière, et que tu as prétexté que l’herbe humide due aux pluies passagères empêchaient ta bonne volonté de faire en sorte que notre jardin soit beau, que les plantations soient visibles et non emmitouflées de hautes herbes, bref, laisse-moi opérer, pour l’exemple. »

Et je me suis plié à son caprice de coiffeuse, car je suis un vieil amoureux du film « le mari de la coiffeuse » et que chaque fois que Ginou Ginette me coupe les cheveux avec des ciseaux appropriés j’ai des chansons méditerranéennes qui me parcourent l’échine, comme une serviette chaude autour de ma gorge en feu. La tondeuse brillait dans le soir, le collier à son cou étincelait comme un diamant noir et j’ai commis cette erreur de fermer les yeux quand elle a lancé la première salve anti-cheveux. Un trait de quatre centimètres de large, du cou au front. « Merde ! ce n’était pas le bon peigne, a dit Ginou ». Je me mis en colère : « et toi, avec ton collier, ton cou de girafe, tu ne sais pas manier un peigne? »

Elle était vexée, et donc décidée à me tondre, tant sa colère arpentait les estives broussailleuses de mes reproches regorgeant de poils hirsutes, et je sentis derrière mes oreilles le vent frais des sacrifices de l’Aïd el kébir me frôler. Mais ce qui me sauva ce jour là, ce sont les chaussettes en cottes de maille que j’avais tricotées durant son absence. Mes oreilles bien emmitouflées ne craignaient pas la tondeuse qui ravageait mon crâne, et j’avais beau être rasé comme un légionnaire qui sent le sable chaud de la merde dans laquelle il s’est mis à critiquer sa femme qui lui fait, pour la énième fois, une coupe gratis (je ne vous dis pas le prix du poil chez un coiffeur agréé, payant ses taxes, ses produits luxurieux pour faire repousser les cheveux plus vite, plus ternes, sans aurores l’oréal, tous ces marchands de rebrousse-poils qui vous peignent dans le sens du chéquier, enfin, je ne vous apprends rien, vous êtes chauves comme des boules de billard, ou perruqués comme des cocus avant la tempête, mais je ne me moque pas de vous, je voudrais bien, mais impossible de se moquer des gens quand les chats viennent vous faucher vos poils pendant la sieste pour s’en faire des moustaches postiches).

Finalement, dimanche est venu au clair matin j’ai dit à Ginou Ginette « arrêtons de couper les cheveux en quatre pattes, entre nous, c’est ridicule, faisons acte de rédemption, offrons nos cheveux à ceux qui n’en ont pas. Ce serait généreux de notre part. Par exemple, prenons les beaux parleurs qui prêchent dans leur désert : avec un cheveu sur la langue, les lézards, les serpents seront attentifs à leur discours. Prenons la vie du bon côté, caressons la dans le sens du poil, qu’importent les tondeuses l’herbe repousse chaque jour plus drue que nos poils de main, acceptons notre incomparable duvet face à ces concurrents dénaturés que sont les chèvres, les lapins, les alpagas, voire les écureuils d’Hyde Park (qui tricotent des nuts-pants aux promeneurs), ou encore des hérissons hindous, enfin, ma Ginou, soyons fous sous l’épée de Damoclès et l’arc bandé d’Héraclès.

« – pas question, répondit la belle. Quand tu auras tondu et la pelouse et ta barbe on en reparlera. »

Alain Mabanckou avait trouvé une réponse adaptée à notre dispute, trois jours auparavant. Je me mis à en chercher une autre, également adaptée à la situation. Pour réfléchir, je m ‘approchais du miroir qui se trouve dans le vestibule. Puis j’entamais une conversation avec ma barbe. Elle n’était pas très loquace et à force de lui parler longuement j’ai commencé à avoir soif. Très soif. Je suis revenu de la cuisine avec deux solides verres de vin, mais quand j’ai tendu celui destiné au miroir il s’est brisé dans un éclat de rêve et j’ai eu soudainement honte de me raconter des histoires qui ne tiennent debout que parce que c’est moi qui les raconte et que Ginou Ginette ronfle en vrai orchestre philharmonique dans la chambre du fond, ce qui me laisse le temps de ramasser les morceaux de verre et d’en boire quelques autres maintenant que dans le cou je ne ressens que le vent frais de la nuit.

-par AK Pô

08 06 16

Ptcq

je te laisse la parole http://www.pratique.fr/girafe-coeur-gros-ca.html:

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