Le renseignement, c’est bien ; l’utiliser pour comprendre, c’est mieux !


GV 18 16 2016Lundi 20 juin à C dans l’Air, Alain Bauer a évoqué, au niveau institutionnel, l’approche du problème du terrorisme. Il a fait remarquer que la culture du renseignement et de l’information était poussée au plus haut niveau chez nous. On est submergé par le renseignement mais on n’investit pas dans la culture de la compréhension !
Trop difficile, trop coûteux, trop tendancieux, trop humain, pas assez technologique  !

Si on se déplace au niveau du ressenti de la population, c’est le constat qui est au plus haut niveau ; on savait tout puisque tous les acteurs des crimes étaient connus de la police, certains étaient suivis ou avaient fait de la prison ; ils se sont encore plus radicalisés et ont contaminé d’autres détenus. On ne sait pas comment faire car cette connaissance n’est pas intégrée dans une vision d’ensemble. On agit, dans l’immédiat, au coup par coup, comme on peut, pour le mieux possible.

Or, comprendre c’est pouvoir réfléchir avant d’agir efficacement.

Cette opinion, s’ajoutant à tous les autres dangers et mécontentements, fait que la critique est permanente, virulente, dans tous les domaines ; les injures à destination des politiques, des patrons, des syndicalistes, des fonctionnaires, ……, inondent les médias et les réseaux sociaux.

Le danger n’est pas la critique, elle est nécessaire ; c’est de penser que c’est la solution !

Il est temps de passer de l’émotion à l’explication et à la raison, dans tous les domaines de la vie.

Évoluer vers une solution, pourrait-être :

  • Aborder le problème dans son ensemble, dans le temps et l’espace, de façon globale, avec sagesse et humanité et non partiellement et de façon intéressée, comme d’habitude. Pas facile, c’est vrai, mais indispensable !

Matthieu Croissandeau (Nel.Obs), insiste sur ce fait dans «Terrorisme et civilisation» :

«Le fanatisme ne se combat pas seulement par un renforcement de surveillance mais bien par un surcroît de culture et d’éducation. Ce n’est pas l’un ou l’autre mais l’un et l’autre qu’il convient de mener de concert.»

  • Recueillir le maximum de données et d’informations.
  • Analyser, c’est-à-dire déplier, décomposer pour en rechercher les composants. C’est incontournable dans un premier temps mais cela détruit (lyse), supprime les liens, les rapports, c’est-à-dire le sens ; on perd l’essence même du fonctionnement de la vie et du phénomène social. On en reste souvent là, hélas !

Actuellement il y a la coupe d’Europe et la coupe de l’Europe !

  • A partir de l’analyse, comprendre, c’est faire l’inverse, c’est relier, synthétiser, «prendre avec» ; redonner vie aux liens, aux échanges, donc donner du sens. Comprendre est l’acte par lequel l’esprit s’approprie une connaissance. Comprendre, ce n’est pas simplement savoir, mais avoir assimilé la connaissance.

La compréhension est une démarche synthétique, visant la recherche du sens global des phénomènes ; elle serait à l’œuvre dans les sciences humaines, c’est le «pourquoi». L’explication à l’œuvre dans les sciences de la nature, est le «comment».

Il faut passer de la recherche des causes à la recherche des raisons.

Comprendre c’est :

>Mettre tous les facteurs évolutifs sur la table (information) : le social (inégalités, pauvreté, chômage, logement..), l’instruction, l’agriculture, l’économie, la finance, le terrorisme, l’environnement : terre, mer, rivière, air, sol, climat, l’histoire, la religion, la politique, l’éducation, la culture…

>Constater que la vie biologique comme culturelle est le résultat du fonctionnement complexe des interrelations et interactions entre tous ces facteurs.

>Prendre conscience que l’équilibre qui en résulte est très fragile et que la moindre perturbation engendre automatiquement une cascade de dysfonctionnements pouvant être redoutables, aussi bien pour les parties que pour l’ensemble.

Retirer un verre à la base d’une pyramide de verres peut provoquer l’écroulement de tout !

>Considérer comme une évidence que la dynamique imposée depuis des centaines d’années a provoqué des perturbations quantitativement et qualitativement considérables et que le seuil de contrôle de l’instabilité est dépassé ; on est maintenant dans le domaine de l’incertitude. «Les fonds spéculatifs» s’affolent disait Marc Fiorentino à C dans l’air ! Les politiques et les les entreprises se plaignent de manquer de vision à long terme mais elles ont contribué par leurs comportements ignorants et irresponsables à créer ce climat d’incertitude !

Pour plagier l’actualité, la tentative de rétablir un équilibre par des accords de branches est illusoire car la solution est un accord entre les branches donc un accord global.

Pour réaliser cela, ce n’est pas l’individualisme mais le collectif, la compétition mais l’union !

Le néolibéralisme est bien mal armé pour cela !

Trois économistes se sont livrés il y peu, à une critique en règle dans l’organe officiel du FMI «Finance and Développement». Ils dénoncent les effets catastrophiques de l’ouverture du marché des capitaux, de l’austérité et de la privatisation à outrance.

497 sans-abris sont morts en 2015 en France !

Actuellement, les relations sont inséparables d’une vivacité émotionnelle et combative, une provocation pour attirer l’attention…Cette manière de s’exprimer est en phase avec la réalité des échanges dans tous les milieux, surtout dans celui des médias et des réseaux sociaux. Ce phénomène se retrouve dans le showbiz, la politique (c’est le populisme, le nationalisme, l’identitaire…), l’économie, la critique littéraire… :«débats méchants, bagarre des mots, conversation réduite non pas au fond mais «à un pur exercice de catch» sur la forme» comme disait Pierre Bourdieu.

Dernièrement Jean-Claude Guillebaud dénonçait l’usage routinier de l’injure:

«On dénonce, on montre du doigt, on excommunie avec une allégresse hargneuse».

De plus, l’explosion des «opinions», du simple citoyen au politique ou à l’expert, vient apporter confusion et désordre qui parasitent la compréhension et nous mènent au chaos. Ces «croyances» sont légitimées par une fausse science utilisant ; expertises, sondages, moyennes, courbes, tableaux ; en bref, des chiffres, qui ne font que dire ce qu’on a envie de démontrer. Le dogme de la théorie scientifique ne fait que réinventer celui du socialisme scientifique dont on a déjà mesuré l’absurdité.

«La vision du monde qui nous gouverne correspond sur quantité de points à celle des Soviétiques d’autrefois.» n’hésite pas à affirmer J-Cl Guillebaud.

La compréhension est le résultat, comme dit Edgar Morin, d’une pensée globale, une pensée qui refuse de prendre une partie pour un tout et qui privilégie l’importance primordiale de la qualité des liens entre les parties.

Ce comportement est excessivement difficile à suivre dans un monde qui veut de la vitesse, de la rentabilité immédiate, il nécessite la plus grande prudence (précaution), la plus grande réflexion pour déplacer un équilibre ultra fragile compte tenu de sa complexité, mais, déjà, le fait d’en prendre conscience et la volonté d’agir en conséquence, serait un progrès énorme.

Lorsque des décisions humaines entrent en jeu, il faut chercher à comprendre et non plus seulement recueillir des informations.

par Georges Vallet

crédits photos:fr.123rf.com

Comments

  1. Joël Braud says:

    M. Vallet, j’ai bien aimé cette réflexion sur le renseignement. Dans le contexte actuel il doit en effet être exploité pour prévenir tout acte terroriste. Je crois que les renseignements sont nombreux, on est submergé par le renseignements, les renseignements pourrait-on dire. La difficulté est ensuite de l’exploiter dans un but opérationnel. Et c’est là la grande difficulté, savoir faire la part des choses entre ce qui constitue réellement une menace et ce qui n’en est pas tout à fait une. Il doit se dégager un ordre de priorité.
    Mais dans notre pays, un certain ministre de l’intérieur a cru, pour des raisons uniquement politiques, loin de l’opérationnel, devoir fusionner les Renseignements généraux et la DST. Il s’en est suivi une période inévitable d’adaptation de l’un à l’autre qui a nuit à l’efficacité, non pas dans le recueil mais dans l’exploitation. Chacun avait ses sources qu’il conservait jalousement. Actuellement on n’est pas vraiment sorti de ce bourbier.
    Certains vont même jusqu’à affirmer que sans cette fusion les R.G., service de proximité par excellence auraient pu prévenir de comportements inquiétants.
    Et voilà quand les politiques s’en mêlent pour des raisons politiciennes.

    • Georges Vallet says:

      « Mais dans notre pays, un certain ministre de l’intérieur a cru, pour des raisons uniquement politiques, loin de l’opérationnel, devoir fusionner les Renseignements généraux et la DST »

      Moi aussi, j’ai bien aimé votre dernière réflexion!

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