De la nécessité à faire exploser les ballons de baudruche


IMGP4074Un film d’animation de René Laloux, dans lequel collabora Topor, se nommait « la planète sauvage ». Je crois me souvenir que vers la fin du film des gens dont la tête est dans une bulle, dansaient langoureusement. Les (méchants) extra-terrestres les explosaient et seule leur bulle, donc leur esprit d’humains, s’envolait dans les airs, dans l’univers…quand reviendraient-ils ? La question est encore posée et la réponse toute trouvée : quand nous cesserons de rêver.

Maintenant, voici le récit forcément fictif de ce que m’a conté une amie. Invitée à la soirée d’inauguration de la saison théâtrale, elle a gravité entre les membres de ce que l’on peut appeler le beau monde local, les chantres de la Culture et leurs petits pages, les croque-petits fours et autres savoureux personnages de ce que l’on pourrait décrire comme des privilégiés. Mais qui ne le sont pas, dès qu’ils sont entre eux. Des gens normaux et des attitudes normales, dans ce contexte précis. Comprenez-moi bien : ce sont des gens tellement importants qu’ils en oublient le sens du vent, la faim du ventre et le pet des affamés. Ils sont contents. Ils interagissent dans leur bulle, se congratulent et s’assassinent, tendrement hypocrites, laissant le goût du sang à ceux qui se saignent (aux quatre veines de la malchance) pour réaliser chaque fin de mois le plaisir d’un dernier repas qu’ils paient cash. Et puis comment avoir le goût du sang quand les papilles sont remplies de parfums, de senteurs, de saveurs, de voluptés issues des cuisines d’un grand cuistot nationalement connu (ou de sa famille réputée) ? On déguste, on batifole, on conforte son monde à son mode de vie, on prend toujours le même train, pourvu que celui-ci évite la confrontation avec l’autre monde, le monde sauvage. Un train gratuit offert par de généreux donateurs, sempiternels absents.

Gens étrangement sympathiques dans ce monde culturel propulsé par les ailes du renom, qu’aucuns crapauds ne touchent, qu’aucun remords ne froisse, gens étrangement féroces qui se dévorent entre eux avec des sourires affables, des clins d’œil complices, des paroles stéréotypées, synthétiques, qui offrent aux actrices des œillets en les faisant passer pour des roses, et qui gratifient d’un sourire l’art de s’en moquer éperdument, ressemblant en cela à l’homme à tête de chou de Gainsbourg remuant ses oreilles pour faire passer la béchamel. Ou ce génial manieur de baguette qui a permis d’entamer le chemin de Compositell me. Et la gentille fifille descendue tout en bas de l’Hexagone pour redynamiser la vie culturelle parce que sur place, c’est le désert complet, pas une seule personne capable. Les Béarnais sont vraiment au bout de tous les déserts. Sauf en cuisine, sauf en politique, sauf qui peut. L’homme à tête de chou remue ses oreilles et murmure à celles de mon amie : « vous savez… » et il lui déballe une anecdote à deux balles comme ses congénères ont appris à le faire, et elle s’en va en chaloupant des fesses. Soudain elle lâche un pet tonitruant, qui fait exploser la bulle ! Et tous ces nantis, maîtres et gitons, demi-sels et valetaille, explosent, comme dans le dessin animé de 1973 : PLANÈTE SAUVAGE !

AK Pô

28 06 2016

Ptcq

IMGP5302

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