Le Parc National Agricole des Pyrénées


SONY DSCQuand vous entendez les mots « Parc National, » vous imaginez un haut lieu de préservation de la nature sauvage ? Dans de nombreux pays au monde c’est effectivement le cas, mais pas en France.

Il n’y avait déjà sans doute qu’en France qu’on pouvait voir un Président de Parc National, en l’occurrence André Berdou (1), déclarer publiquement être opposé à la présence de l’ours -espèce pourtant endémique du territoire du Parc- parce qu’elle gêne l’activité humaine :
http://www.ladepeche.fr/article/2010/03/14/796645-l-activite-humaine-prevaut.html

Mais voilà que j’apprends aussi que le Parc National des Pyrénées a pour mission de lutter contre les « nuisibles », au travers de subventions accordées à deux groupements agricoles (source : Subventions 2015 Parc National des Pyrénées) :

Plan de lutte intégrée contre les campagnols
Au titre de l’axe 3 de la CIMP : Développer et valoriser une économie locale et respectueuse des patrimoines
Maître d’ouvrage : Groupement de défense contre les organismes nuisibles (GDON) du Pays Toy et du val d’Azun, et Groupement de développement agricole des vallées d’Aure et du Louron
Montant global de l’opération : 45 525 €
Subvention allouée : 25 430 €
Afin de limiter les dégâts sur les prairies naturelles, des campagnols terrestres, en augmentation depuis quelques années, le Parc national des Pyrénées accompagne les agriculteurs sur des démarches de luttes intégrées : augmentation du piégeage manuel, par l’embauche de piégeurs et l’acquisition de pièges par les agriculteurs, renforcement des populations de chouettes,…
Sans produits chimiques, cette action se veut exemplaire pour la biodiversité et la santé de tous : agriculteurs, promeneurs, faune domestique et sauvage.

Le concept de « nuisibles » ne recouvre aucune réalité en biologie : tous les organismes vivants ont leur place et jouent un rôle dans la chaîne écologique. C’est un concept purement anthropocentrique qui vient du monde agricole, et qui sous-entend « nuisibles à l’activité humaine ».

Qu’un Parc National reprenne cette rhétorique des « nuisibles » est donc déjà en soi une hérésie.

Elle l’est d’autant plus que la plupart du temps les dits « nuisibles » ne finissent par poser des problèmes réels qu’à cause des déséquilibres de la chaîne écologique provoqués par l’homme lui-même, et le cas des campagnols évoqué ici est d’ailleurs typique. Les campagnols ont de multiples prédateurs naturels qui devraient largement suffire à réguler leur population : plusieurs rapaces diurnes ou nocturnes, le renard, le chat sauvage, divers mustélidés (fouines, belettes…), etc… Sauf que ces prédateurs sont ou ont été eux-mêmes considérés comme « nuisibles » et impitoyablement chassés et/ou piégés : dans les Pyrénées-Atlantiques, la corneille noire, la pie, le renard, la martre, la fouine, ont le malheur d’être sur la liste officielle des « nuisibles » en 2016, et chaque animal éliminé à ce titre est un prédateur de campagnols en moins. Les rapaces (de toutes sortes) et le chat sauvage ont quant à eux le bonheur d’être sortis de cette liste depuis un certain temps, et même d’être aujourd’hui officiellement protégés. Mais après des décennies à chasser ces espèces, l’atavisme est ce qu’il est et les rapaces sont encore trop souvent braconnés dans les campagnes ; quant au chat sauvage, sa population a été décimée en France il n’est plus présent que dans le nord-est (bien que des indices sérieux semblent montrer son retour dans les Pyrénées, sans doute venant d’Espagne).

Conclusion : en luttant contre des (soi-disant) nuisibles, on altère les équilibres de la chaîne écologique et on crée autant de problèmes qu’on en résout (ou qu’on croit en résoudre). En luttant contre les renards (pour plein de mauvaises raisons, en plus) on favorise la prolifération des campagnols. Ensuite il faut lutter contre les campagnols. Au risque d’ailleurs de s’apercevoir quelques années plus tard qu’en luttant contre les campagnols on a favorisé la prolifération d’une autre espèce : c’est sans fin.

Un Parc National ne devrait en aucun cas rentrer dans ce genre de « jeu », à moins de se considérer comme des annexes des Chambres d’Agriculture. Mais il n’est en réalité pas anodin de savoir que les Parc Nationaux français ont à l’origine été créés par le Ministère de l’Agriculture (https://fr.wikipedia.org/wiki/Parc_national_de_France) : même si depuis ils sont passés sous la tutelle du Ministère de l’Environnement, il en reste des traces évidentes dans leurs statuts et missions, plus axés sur le développement (qualifié de « durable » pour faire passer la pilule) que sur la préservation de la nature sauvage.

PierU

(1) paradoxalement (ou pas), André Berdou a changé son fusil d’épaule depuis qu’il n’est plus Président du Parc : au sein du comité de massif il a récemment voté une résolution en faveur de nouvelles réintroductions.
http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2016/07/01/les-opposants-a-la-reintroduction-de-l-ours-manifestent-a-toulouse,2037910.php

Comments

  1. Hotoctone says:

    Il y a quelques années j’avais cru voir un lynx non loin du col d’Aspin. Renseignements pris, il s’agissait d’un magnifique chat sauvage.

  2. Le classement des dits nuisibles se fait à une autre échelle que celle du parc, qui lui-même n’est pas royaume autonome…
    Par ailleurs, oui, c’est un bon titre, je préfèrerai « pastoral » à « agricole » pour ce qui est en train de se passer en plein cœur du PNP à Bonaris (Lescun) : en plein pierrier, accessoirement sur le site d’une bataille de la fin du dix-huitième siècle, une « mini »piste pour le quad du berger va remplacer l’ancien sentier muletier. Une atteinte au paysage ? Une paille pour tout le monde…
    Combien coûtera l’entretien ? Mais voyons, ce n’est pas une question ! C’est de l’argent public !
    Une citation de Virginie Maris pour finir en beauté : La biodiversité c’est la diversité biologique, la diversité du vivant à tous ses niveaux d’organisation : au niveau du gène, de l’espèce, du paysage.
    Le parc, ce petit miracle…

  3. Georges Vallet says:

    Je suis tout à fait d’accord avec vous mais ne pensez-vous pas que ce sont les missions attribuées au Parc qui sont à repenser.
    Si l’objectif qui a présidé à sa création est séduisant, il était aussi utopique car il y a une incompatibilité entre les missions qui lui sont assignées. Il n’est pas possible de mener en parallèle des activités économiques, touristiques et conservatoires en mettant, en plus, ce patrimoine à la disposition de tous.
    Agricole, il l’est dans son énoncé: on doit concilier rentabilité agricole et respect de l’environnement!

  4. Michel LACANETTE. says:

    Très bel article, qui met en lumière le rôle de l’ homme dans l’ équilibre de la nature, mais pose également la question de sa  » commercialisation » au service de certaines catégories
    professionnelles. La crainte est qu’ on se dirige tout droit vers une nature aseptisée et sanctuarisée » type » parc d’ attraction Walt Disney » où l’ homme sera un consommateur bruyant et non un spectateur venu chercher le silence et la quiétude. Cela au détriment de la  » nature de proximité », qui elle disparait quotidiennement, sous le béton et le goudron, sans que personne s’ en offusque. Ce qui oblige oblige la population urbaine à faire des dizaines ou des centaines de kilomètres en automobile pour retrouver un peu de vert.

  5. Si le chat sauvage avait quasiment disparu, il a fait un grand retour lors de ces 10 dernières années. Il est actuellement très présent (au moins dans le 65). On peut même en voir dans les champs tôt le matin. (on peut pas le confondre avec un chat domestique car il est beaucoup plus grand, tigré et avec une queue très large.)
    Par contre, on ne sait pas s’il existe encore ou pas de lynx dans le Pyrénées.

    • Les naturalistes restent plus prudent à ce sujet pour l’instant on dirait. Il y a des observations et des signes indirects, mais il n’y a encore pas eu de capture d’un individu vivant ou d’analyse d’un cadavre permettant d’obtenir une certitude. Disons qu’il y a une forte probabilité.

    • Digression sur le chat sauvage : le chat domestique n’est en fait pas un chat sauvage européen domestiqué, mais un chat sauvage africain (qui est une autre sous-espèce) domestiqué. Les analyses génétiques suggèrent que l’ensemble des chats domestiques du monde descendraient tous d’un nombre très réduit d’individus domestiqués il y a environ 8000 ans dans la corne de l’Afrique.

      • J’ai eu l’occasion d’en libérer un qui était pris dans un piège à double cage (dans l’autre partie de la double cage se trouvaient une poule…). C’était dans la vallée du Nistos il y a une quinzaine d’années.
        Le chat avait la morphologie d’un épagneul breton. Il faisait probablement bien plus que les soi-disant 8 kg maximum. Il ressemblait davantage à une panthère qu’à un chat. J’en ai parlé au garde forrestier. Il m’a dit qu’il était au courant et qu’il y avait dans cette zone des chats « énormes ». Une sous-espèce locale ?

  6. Tout est dit dans le titre. Bien vu.

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