Nous resterons vivants, quitte à en mourir ! (sans apprêts ni après)


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La nuit ignore l’aube. Le soleil et la lune, chantés par Charles Trenet, se sont dissous pour pas un rond de lumière dans la torpeur des abandons guerriers, qui se donnent chaque jour de nouveaux rendez-vous, jouissent partout d’annihiler ce qui ne leur plaît pas, faim d’un monde tragiquement ressemblant à la fin de toute humanité.

Le bal avait commencé, avec des cornemuses et des poètes félibres qui racontent la terre, ses moissons, ses danses et la sueur de ces quotidiens qui, à l’heure du repas, avaient le goût du pain. Ces soirs d’été où le labeur noircissait le soleil sur la peau des hommes, du haut des branches une pluie d’étoiles tombait. Temps de repos et bal du samedi soir. Luisa, Rico, Ahmed, Louis, N’goma, et ce grand con de Paco, notre équipe au complet avions plongé nos cuillères dans un gaspacho frais, nous amusant des péripéties dont notre journée avait été meublée. Un métier, aussi humble soit-il, reste toujours source d’anecdotes et de faits dont on finit par rire, plus tard, quand les blessures sont cicatrisées. Des morts, à ces repas de fête, on ne parle pas, sinon pour évoquer un souvenir gratifiant quant au disparu. Chacun sait, dans ce monde réduit des repas ouvriers, que les morts ont leur place, et que quand l’un d’entre eux quitte sa place et s’en va courir dans le Néant, ce sont les vivants qui meurent dans l ‘abandon de sa mémoire. C’est pour cela qu’à table les hommes et les femmes discutent, lèvent leur verre et  que du haut des branches une pluie d’étoiles les caresse tendrement.

Quand le vent s’est mué en rafales, le bal battait son plein, musiques du monde et fanfares, cornemuses et country, blues et disco, mais le chant de la kalachnikov entre vie et partage devint soudainement carnage, ce grand con de Paco, Luisa, Rico et Ahmed, putain !  un melting pot de chairs englobant tous les âges, toutes les religions, tous les êtres humains associés en des lieux festifs et conviviaux. « vous qui êtes libres de marcher, de vivre,… apprenez un pas de danse… » disait Charlotte Delbo. Etoiles de feux dévorant la nuit, La nuit rend aveugle l’homme. Les chats de Pandémonium l’aident, quand ils le peuvent, à poursuivre l’étrange chemin qui ouvrira sa conscience à la venue de l’aube, quand les paupières tirent vers le haut le réveil des amours nyctalopes. Les chats de Trenet sous les toits de Paris, les pianotages de leurs pattes sur le zinc des toitures.

L’homme, qui vit que le monde s’écroulait, eut un geste pour tenter de le rattraper. Mais trop tard. De fait, Il cessa de regarder le ciel, évalua les dégâts d’un air dégoûté, et sur le mur qu’il criblerait de balles avec sa haine et son arme de supermarché il positionna son image sur le miroir blanc : il contempla quelques secondes ses yeux révulsés, chercha une ou deux étoiles planquées dans ses rétines, n’y trouva qu’une pâle effigie de sa mère en pleurs, finalement il avait gagné un genre de Paradis qui ne plaît qu’aux abrutis, les balles avaient tracé sur les corps de muses un bal de prophètes, un sacrifice aztèque où le soleil brûlait au mêmes températures que l’enfer, et les gros calibres de ces tueries sentaient la poudre des mirages, ils racontaient la mort promise en charriant ses combattants, qui posséderaient la terre, ses moissons, ses enfances et ses femmes, et l’aube de ces quotidiens asservis qui, en fin de tous les contes, réduisent à néant ceux qui voudraient nous y conduire.

Nota :Nous ne vivons absolument pas une (ou mille) guerre de religions. Nous avons affaire à des mafias.

-par AK Pô

01 08 2016

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