Les policiers contestent la légitimité de leurs syndicats


imagesLe mouvement des policiers qui descendent dans la rue ne s’estompe pas malgré les promesses faites par le président de la République. Débloquer de l’argent c’est bien beau, mais ce n’est pas tout. La grogne a dans le fond une autre ampleur. De source « bien informée » voilà un aperçu des reproches formulés. C’est grave docteur ?

Les syndicats sont politisés bien qu’ils s’en défendent. Ce n’est un secret pour personne de savoir qu’Alliance est de droite, SGP-FO et UNSA Police sont de gauche, Synergie Officiers de droite et le SNOP (syndicat national des officiers) de gauche

Les délégués de ces syndicats, au niveau national, ont bénéficié soit de retraites dorées (Conseil économique social et environnemental – peu importe d’ailleurs si des poursuites sont engagées pour détournement de fonds) soit de jolis hochets de la part de Sarko (Ordre national du mérite et Légion d’honneur) soit enfin d’une nomination de sous-préfet avant d’être élu maire d’une ville du 93, toujours à la diligence du même Sarko.
Les délégués de province ne sont pas non plus oubliés. Non contents d’obtenir des détachement permanents pour « représenter » leurs collègues, ils se voient gratifiés d’avancement au grade supérieur et ce en priorité.

C’est vrai dans cette administration, les syndicats sont représentatifs car 85 % des policiers votent aux élections professionnelles tandis que le taux de syndicalisation est de 50% ; la plus forte proportion de la fonction publique. La raison en est simple : sans syndicat, inutile d’espérer figurer au tableau d’avancement, même si le mérite et l’ancienneté sont réunis. L’administration a délégué ce pouvoir aux syndicats qui sont dans le bon créneau politique du moment. Les policiers se sentent pris en otage.

Le maillage est complet, dans tous les services il y a des délégués syndicaux. Ceux-ci traitent directement avec les « patrons » (commissaires) pour savoir quelles sont les bonnes décisions à prendre. Les exemples existent d’officiers écartés de leurs fonctions par des délégués syndicaux qui sont pourtant d’un grade inférieur.

Les centrales parisiennes organisent des stages de formation pour leurs « délégués ». Ils y apprennent des éléments de langage, une dialectique spécifique, comment proposer ou accepter les réformes selon les gouvernements en place. Un syndicaliste policier parle comme un homme politique et plus comme un flic.

De leur côté, les gendarmes n’ont pas de syndicats, ils sont pourtant mieux servis que la police : prime OPJ plus élevée, à grade égal un gendarme est mieux payé. Faut-il croire que les syndicats constituent un obstacle à l’amélioration des conditions de travail ? Sans doute pour la majorité tandis que pour les délégués syndicaux…

La poussée du Sarkozisme entre 2002 et 2012 a mis en évidence la politique du chiffre !  à croire qu’avant Sarko, les policiers dormaient ! En conséquence les primes aux résultats ont été mises en place. Pour le corps des gradés et gardiens de la paix elles s’élèvent à environ 500 euros par an ; pour les officiers elles sont assez importantes, mais celles qui scandalisent les policiers du terrain, ceux qui sont à la manœuvre, ce sont les primes octroyées aux commissaires. De véritables chefs d’entreprise qui, en plus de leur traitement, se mettent dans la poche entre15 000 et 45 000 euros par an. Leur calcul se base sur les chiffres de la délinquance, les économies de papiers, de lumière etc… Ainsi sont nées des vocations pour l’écologie.

Nul doute que si ces primes étaient consacrées à l’amélioration des conditions de travail les commissariats ne seraient pas dans un tel état. On n’en finit pas à ce propos d’entendre dire que les ampoules ne sont pas remplacées, que les meubles sont cassés, que le papier toilette manque et que les travaux de peinture sont assurés par les fonctionnaires de base. Et pendant ce temps là le commissaire compte ses sous !

Il sont loin et sans doute oubliés les Broussard, Leclerc, Ottaviolli, Cancès et Chenevier pour n’en citer que quelques uns. Ils étaient sur le terrain, eux, et attentifs à leurs hommes. Aujourd’hui les fonctionnaires de police sont abandonnés par les patrons.

Un fonctionnaire de police traduit devant un tribunal pour une affaire de légitime défense n’est jamais soutenu par le commissaire, alors qu’un officier de gendarmerie, en tenue, ira soutenir « son gendarme ». C’est ainsi que l’on a vu le Directeur général de la Gendarmerie défendre un gendarme à la télé, au 20h, suite à l’affaire de Sivens !

Les Policiers qui font usage de leur arme dans le cadre de la légitime défense, sont placés en garde à vue ! Aucune hiérarchie ne les soutient et il se retrouve seul devant le juge pour s’expliquer. Les Commissaires vivent dans leur tour d’ivoire et ne veulent ni vagues ni remous pour gravir les échelons, agrémentés de quelques primes…

Conséquence : aucun policiers de terrain ne considère les Commissaires comme des collègues de travail, la méfiance est permanente ! La police et la gendarmerie sont deux mondes différents….

Les raisons de ce ras le bol généralisé sont évidentes, une hiérarchie inexistante, inhumaine qui s’engraisse sur le dos des subordonnés, des syndicats qui font la pluie et le beau temps, qui favorisent leur petits copains et des policiers de terrain abandonnés…

Les politiques peuvent, grâce à des prébendes, acheter le silence de la hiérarchie et des syndicats, ils n’obtiendront pas pour autant le silence de la base.

Pau, le 3 novembre 2016
par Robert CONTRUCCI

Crédit photo : Le Figaro

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Comments

  1. Lou Tillous says:

    Vu de l’extérieur, la police donne l’impression d’être dirigée en co-gestion, avec les syndicats. Le résultat ne semble pas bon. Cette hiérarchie parallèle ne vit que pour elle-même et cultive ses prébendes. M.Contrucci, vous citez la Gendarmerie dans votre article et bien justement le rêve de nombreux syndicalistes est de supprimer la Gendarmerie pour ne plus avoir qu’une vaste Police nationale, afin d’éviter les doubles emplois.On nous la déjà fait le coup de la rationnalisation des choix bugétaires (notamment dans les armées) et ça conduit à la catastrophe. Il y a quelques années les Belges avaient supprimer leur Gendarmerie qu’ils avaient depuis l’occupation de Napoléon 1er et ils le regrettent amèrement. L’éthique militaire de la Gendarmerie nationale garantit un dévouement au service et une efficacité reconnue par toute la population.

  2. Joël Braud says:

    La lecture du « Canard Enchaîné » (N° 5010 du 2 novembre 2016 page 4) ne fournit pas les mêmes données quant aux primes allouées aux commissaires de police. En effet dans un article intitulé « Des primes qui dépriment les petits poulets », je lis : « En réalité, 70% des 1 600 commissaires se contentent de leur traitement. En revanche, au bon vouloir de l’administration, les autres reçoivent un joli supplément d’âme : entre 2 592 et 6 158 euros par an… pour les plus gâtés (10% des chefs) entre 5 184 et 12 316 euros ».
    On est loin des chiffres affichés dans cet article.

    • Robert Contrucci says:

      Bien évidemment, la majorité des commissaires de police ne perçoivent pas un tel montant de primes par an…

      Sauf erreur d’actualisation (…), le document (Syndicat Police) « Indemnité de Responsabilité et de Performance » (I.R.P) indique (extraits du document) ce qui suit pour les montants (Nota : sans les options de majoration = coefficient multiplicateur de l’IRP responsabilité allant de 1 à 2) , et ce, selon le grade (Exemples avec les 3 grades ci-après) :

      Totalité montant I.R.P (Part Responsabilité + Part Performance Net/an) pour :
      1) Directeur de service Actif + IGPN Chef IGPN + Directeurs de Services Actifs Préfecture de Police) = 58 104 € /an (Nota : idem pour « Inspecteur Général »)
      2) Commissaire divisionnaire : 37 800 € /an
      3) Commissaire de police := 25 800 € / an

  3. On retrouve partout ce rejet des syndicats et de leurs délégués qui sont très souvent des « délégués à vie ». C’est semblable au même rejet des politiques « professionnels » élus à vie.
    Pour ces deux castes il est urgent d’imposer des limitations dans le temps.

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