Il court, il court, le virus…


image-georgesMardi 6 décembre 2016.

«Grippe aviaire : L’ensemble du territoire français est placé en «risque élevé» (Nel.Obs.)

 «7 cas de grippe aviaire détectés dans le Sud Ouest.»(Sud Ouest)

La grippe aviaire est de retour, relativement inattendue du fait d’une précédente épidémie semblant enrayée; c’est la catastrophe, juste avant les fêtes, pour la filière. Le virus de la grippe, est un peu comme l’opinion publique en général : instable, en mutation continuelle favorisée par les contacts avec l’environnement.

La proximité de cette nouvelle infection est liée au fait qu’elle est provoquée par un ennemi masqué, une variété de virus différent du précédent. Cet épisode est dû au sous-type H5N8, totalement différent de celui de la crise de l’hiver dernier chez les oiseaux domestiques, notamment les palmipèdes, qui était provoquée par d’autres virus (H5N1, H5N2, H5N9). De plus cette forme est particulièrement pathogène, contagieuse et létale rapidement pour les oiseaux atteints.

La période d’apparition, à l’automne, cible, dans de nombreux communiqués, les palmipèdes migrateurs qui parcourent la région, surtout dans le zones humides ou les risques de rencontres peuvent se faire avec les canards domestiques.

Quelques recherches permettent de déduire que « la responsabilité » des migrateurs est sans doute engagée mais qu’elle doit être partagée par bien d’autres facteurs ; le problème est bien plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord.

Une fois encore, la vision globale est hors de portée du raisonnement ambiant, il faut trouver un seul coupable rapidement et définitivement.

>La France agricole, le 28/11/2016 publiait :

«Le ministère de l’Agriculture a annoncé la découverte d’un premier cas d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) causé par le sérotype H5N8 dans le Pas-de-Calais, sur la commune de Marck. Il s’agissait de 20 canards sauvages utilisés comme appelants pour la chasse au gibier d’eau.»

>Faune sauvage N° 298 1er trimestre 2013.

«Le lâcher de canards colverts est une pratique visant à renforcer les populations sauvages et à augmenter localement les tableaux de chasse. Les canards lâchés appartiennent à la même espèce que les individus sauvages : des renforcements de populations à partir d’oiseaux élevés en captivité ont été pratiqués dès les années 1950 en Amérique du Nord, et de manière plus soutenue en Europe à partir du milieu des années 1970. Les canards lâchés sont potentiellement moins résistants aux agents pathogènes pour des raisons génétiques… Le nombre d’oiseaux lâchés en France est tel que, malgré un très faible taux de survie, vraisemblablement cent mille d’entre eux sont encore présents chaque année après la fermeture de la chasse. Ils sont donc susceptibles de se reproduire dans le milieu naturel et pourraient dès lors modifier la structure génétique de la population sauvage.»

Ces deux informations montrent que les comportements de chasse facilitent grandement les rapprochements entre espèces domestiques et sauvages et qu’elles sont autant de risques de contamination réciproque.

Un petit pas pour le virus peut être un grand pas pour l’épidémie ! 

Le site du Cirad est particulièrement instructif à cet égard :

«De nombreux oiseaux sauvages, en particulier aquatiques (canards, oies, cygnes, limicoles), sont porteurs du virus de la grippe aviaire dans leurs voies respiratoires ou leur tube digestif, toutefois, la plupart du temps, ils ne sont pas malades eux-mêmes. Ils jouent un rôle dans la propagation virale lors de leurs migrations, mais le risque de contamination des élevages est difficile à évaluer, l’existence d’espèces « relais »(exemples cités ci-dessus et d’autres espèces sauvages à l’étude, comme les hirondelles ou les moineaux qui nichent dans les bâtiments d’élevage), peuvent assurer le lien épidémiologique entre les canards sauvages et les volailles) complique encore la compréhension du processus. Les épizooties (épidémies) qui frappent depuis plusieurs années des élevages à travers le monde semblent essentiellement dues à certaines pratiques (manque d’hygiène, trop forte concentration d’animaux, mondialisation des échanges commerciaux, y compris illégaux.»

Il est important de rappeler que les souches hautement pathogènes du virus de la grippe aviaire circulent principalement au sein des élevages domestiques ; il est extrêmement rare de détecter un virus hautement pathogène chez un oiseau sauvage car la mort l’aurait atteint rapidement.

D’une manière générale, il existe deux grandes causes d’introduction de la grippe aviaire dans un élevage : via le commerce par l’importation d’animaux ou de produits infectés et via des oiseaux sauvages en contact direct ou indirect avec des oiseaux domestiques.

Certains oiseaux sauvages sont porteurs de souches non pathogènes de la grippe aviaire ; une fois introduites dans les élevages domestiques, elles se transforment par mutation en souches hautement pathogènes. Les élevages intensifs, plusieurs milliers de canards, concentrent, dans des espaces réduits, de nombreux oiseaux, génétiquement proches, à la durée de vie courte ne permettant pas le développement d’une immunité aux infections virales ; ils favorisent la sélection et l’émergence de souches plus pathogènes parmi les virus présents chez les oiseaux sauvages.

Pour le Cirad encore : «L’apparition et la coexistence des trois souches hautement pathogènes H5N1, H5N2 et H5N9(maintenant H5N8) dans des élevages de canards, d’oies et de poulets de plusieurs départements français depuis novembre 2015 sont surprenantes. Cette relation suggère une origine sauvage, mais cela reste une hypothèse. La présence des autres souches au même moment dans des élevages voisins suppose plusieurs recombinaisons.»

Si on tente de résumer, on peut émettre l’hypothèse que les canards du genre Anas, comme le Canard colvert ou les sarcelles, ont coévolué, depuis la nuit des temps des dinosaures, avec des virus HxNy ; ils seraient à l’origine de la majorité des virus de la grippe aviaire qui, une fois introduits au sein des élevages de volailles, auraient évoluer en souches pathogènes dès le début de l’élevage ; ils se seraient disséminées au fur et à mesure du développement des élevages puis du commerce continental et intercontinental entre des pays où la précaution et la surveillance est très différente, des transports… légaux ou illégaux.

Le sous-type A(H5N1) a été identifié pour la première fois en 1997, lors d’une épizootie touchant la volaille à Hong Kong, en Chine, où la promiscuité entre forme sauvage et domestique est régulière dans les campagnes. Depuis, sa ré-émergence, à une vaste échelle, en 2003 et 2004, il s’est propagé de l’Asie à l’Europe et à l’Afrique, provoquant des millions d’infections chez ces oiseaux, des centaines de cas humains, de nombreux décès chez l’homme. Aucun oiseau ne migre directement de la Chine vers l’Europe ! Par contre, le tracé de la progression du virus correspond à la principale route commerciale humaine entre l’Extrême Orient et l’Europe .

On peut donc émettre l’hypothèse que la migration industrielle serait plus importante que la migration aviaire dans la propagation de l’infection.

On ne peut pas exclure non plus, qu’en retour, lors des contacts entre les élevages contaminés et les individus sauvages dans les zones humides, les virus soient repassés dans le patrimoine sauvage en en modifiant le génome.(wikipedia signale que «L’ONU pour l’alimentation et l’agriculture a publié en août 2006 une étude présentant les modalités supposées de contamination de la faune sauvage par la grippe aviaire avant la migration des oiseaux»)

Le patrimoine génétique de l’espèce a subi et subit donc toujours un brassage modifiant en permanence la stabilité génétique et la sélection adaptative.

Voilà encore une source de réflexion pour la résolution de la plupart des problèmes, humains entre autres : recherche scientifique, vision globale, précaution, prévention, danger des élevages et circuits hypertrophiés, production et consommation locale, circuits courts…

Georges Vallet

crédit photos:aviculture.reussir.fr

Comments

  1. Si vous n’avez pas tout compris, comme moi, Sud Ouest précise certaines choses dans son article :
    http://www.sudouest.fr/2016/12/06/video-grippe-aviaire-h5n1-h5n8-quelle-difference-3003633-7496.php

    Georges pourra nous dire si cela est exact

    • Georges Vallet says:

      Je viens de lire rapidement cet article, le contenu, somme toute superficiel, me semble correct ; il n’y a pas lieu de lui appliquer le principe de précaution! D’une part il permet à ceux qui le souhaitent d’aller un peu plus loin dans l’explication de la terminologie, d’autre part il montre l’énorme complexité de la virologie et la nécessité d’être vigilant (prévention, précaution!) car la transmission à l’homme peut se faire à tout moment si les conditions sont propices.
      Toutes ces relations et interactions, internes et externes, entre le sauvage, le domestique et l’homme montrent que le ciblage de la responsabilité des seuls oiseaux migrateurs est vraiment dépassé. C’était l’objet de mon texte.
      Tous les êtres vivants, y compris l’homme bien sûr, hébergent des virus en grand nombre, certains, très anciens, sont inclus et inhibés dans l’ADN, d’autres sont dormants, d’autres sont neutralisés par notre système immunitaire au cours de la vie, soit naturellement soit à l’occasion des vaccinations. Si un virus nouveau apparaît, il n’est pas identifié et peut faire ce qu’il «veut»surtout si l’organisme est fragile ou affaibli, d’où le danger des mutations qui surviennent fréquemment chez ces structures moléculaires peu stables et encore mal identifiées dans le vivant.
      Les oiseaux migrateurs sont des transporteurs, depuis des millions d’années sans doute, de virus non virulents pour eux; ils peuvent le devenir quand l’hôte change, à la suite de « repiquages » nombreux lors des passages successifs dans les différents élevages par exemple. Le danger est d’autant plus grand que les contaminations affectent de milliers de bêtes affaiblies génétiquement par la sélection.
      Non, en ce moment, la propagation et la multiplication des infections, l’amplification des dégâts, les dangers pour l’homme, ne proviennent pratiquement pas d’un contact, rare, avec des migrateurs mais du manque de résistance d’individus pléthoriques sélectionnés, fragiles, non immunisés, non vaccinables car à vie trop brève, d’un manque de précaution dans les traitements des locaux, des fientes, la manipulation des bêtes et de la nourriture, du matériel, la fréquence des transports…La contamination peut se faire aussi lors du commerce des poussins, des œufs, la circulation d’engins ou matériels contaminés par les excréments; le virus résisterait 105 jours dans le fumier, voire plusieurs mois si la température est inférieure à 0°C.
      La croissance quantitative à tout prix n’est pas forcément tout bénéfice!

      D’où une de mes conclusions:
      « On peut donc émettre l’hypothèse que la migration industrielle serait plus importante que la migration aviaire dans la propagation de l’infection. »

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