La grande boucle en vélo la petite boucle en auto


imgp0637Mon copain Léon est très joueur. Il aime les paris stupides et hier il m’en a proposé un. Nous avons joué ça à pile ou face : c’était qui conduit contre qui s’éconduit. Pendant que l’un ferait le tour de la ville par la boucle l’autre filait voir Gina pour quelques rapides allers-retours, le tout devant s’opérer dans un délai de quinze minutes, chrono en main. Celui qui arriverait en dernier au point de départ devrait payer un bon resto au « Délices de Capoue » à l’autre.

Le départ a été fixé rue Castetnau, à l’angle des rues Lespy et Jean Réveil. Nous avons déclenché nos chronomètres dès que le feu est passé au vert. J’ai sauté du cross over alors que Léon mettait les gaz en direction de la rue Nogué. En deux pas j’étais au pied de l’immeuble où vit Gina, la fille d’une copine de ma mère qui connaît Mélenchon (*). Elle était surprise de me voir mais pas mécontente (je suis assez beau garçon). En deux mots je lui ai expliqué le challenge ; elle a compris de suite le profit qu’elle pourrait en tirer (se faire inviter au resto).

Léon devait certainement déjà être au bout de la rue d’Orléans, mais le feu est long et cela jouait en ma faveur. Il faut dire aussi que Léon est un tricheur et je sais pertinemment qu’il avait planqué sous le siège (je l’ai vu) un gyrophare bleu de médecin urgentiste qui lui permettrait, en cas de retard, de se frayer un passage dans la circulation ambiante. De mon côté, j’avais mis une ceinture équipée d’une bande Velcro et j’avais graissé la fermeture éclair de mon Jean 501.

Léon maintenant avait pris le Maquis de Béarn et dégringolait la rue Marca en godillant, pendant que je prenais du retard à dégrafer la robe et le soutien-gorge de Gina, dont la parfaite impartialité (elle était immobile comme un voilier dans le Pot au Noir d’un Vendée Globe) me faisait stresser à l’image d’un navigateur solitaire. L’avenue Jean Biray était percluse d’automobiles tels que le sont les Palois de dettes, et le passage devant la gare manqua de froisser quelques pare-chocs, mais le cross over passa miraculeusement indemne dans ce troupeau de cross overdosés, pendant que je commençais mon petit cross dans les collines et vallons au vert galant et au poil broussailleux.

Il restait huit minutes au compteur lorsque Léon enfuma l’avenue Gastounet Lacoste, franchit au vert le carrefour du bas du parc Beaumont, puis chicana en rétro-accélérant l’avenue du général Poeymirau, se coltinant un feu tout rouge en haut de la cote qui lui sembla durer des plombes. Moi, je négociais déjà avec les palombes rôties du resto, mes allers-retours cascadants de Mannekin Piss ayant atteint la précocité de l’art jaculatoire en moins de temps que prévu (ce qui était un atout, dans ce cas précis, et uniquement dans ce cas). Je demandais à Gina qu’elle me signe un papier homologuant la relation, pendant que je me lavais succintement avant de me rhabiller. Léon enfonçait certainement le champignon et, après avoir fendu l’avenue Edouard VII et freiné des quatre fers rue de Batsalle (un cycliste, brusqué par le souffle voiturier, s’était déporté de sa voie réservée), il sentit que le challenge allait lui échapper, d’autant que le feu tricolore d’avec l’avenue Alsace Lorraine est long et qu’ensuite il lui faudrait encore bifurquer à droite à la Dame Blanche et affronter les nids de poule de la rue Castetnau.

Je dévalais les escaliers de l’immeuble, papier en poche, faisant un signe de victoire à Gina, penchée à la fenêtre. J’allais atteindre le point de départ lorsque je vis Léon arriver à son tour. En deux mots, nous arrivâmes pile poil ensemble au carrefour Lespy Jean Réveil : pas de gagnant, pas de perdant. La boucle était bouclée, mais comme personne ne paierait le resto, on ferait ceinture. Pourtant, nous avions une faim de loose. Léon me proposa de faire la revanche : il filerait chez Gina pendant que je ferai le tour du ring en sens inverse. Mais un problème survînt pour ce faire  : il n’y avait plus de jus dans le cross over. Alors nous sommes allés au centre ville à pied. Les commerçants en bijoux fantaisie soldaient les boucles créoles : on en prendrait une paire pour Gina, et une autre pour ma mère, qui a de chouettes copines.

AK Pô
22 01 2016

Ptcq

(*) « Enfin pour ce qui est de la prostitution, M. Mélenchon affiche « un parti pris abolitionniste ferme. A tous ceux qui disent que la prostitution est un métier comme un autre je demande pourquoi ils ne le proposent pas à leur mère, à leur femme ou à leur fille ». J. L.Mélenchon, 01 2017

Excellent !

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