L’accord de Raide


imgp0951L’arbre est sec. Mais le pendu que soutient encore la branche : vivant. Une ultime goutte de sperme tombe sur le sol où, plus tard, une mandragore poussera. L’homme perché est seul, sa conscience ne l’a pas encore abandonné. L’arbre, quant à lui, est mort depuis des années et sa résistance, son orgueil, ne tient qu’au fil du pendu qu’il porte avec courage et ultime dignité. Il est de ces arbres que l’on nomme flamboyants, un peu malgache un peu antillais, tropical. Contrairement à l’homme qu’il supporte, pieds et bras ballants, le vent réchauffe son écorce même si la sève n’y circule plus. Tandis que le soleil brûle la peau du suspendu qui n’a plus le loisir de respirer mais dont le corps balance en silence et lentement s’évade dans le pays des mensonges dont il a été l’un des promoteurs.

Ainsi l’arbre peu à peu, sous l’inertie de l’homme qui n’en finit pas de mourir sent la branche se rompre et, au bout de quelques générations, celui-ci se retrouve les pieds sur terre. La mandragore fleurit sous le gibet, relayée par le lierre qui s’enroule alors autour de l’homme, l’asphyxie, le momifie. Il est debout, mais inutile, hiératique. Quelques grammes de sa cervelle fonctionnent encore, grammes de mémoire posant l’incertaine question : comment en suis-je arrivé là, moi qui guidais un peuple vers un monde parfait ? Si seulement j’avais eu le courage des oiseaux qui volent dans le vent glacé(*), au lieu de les abattre en pleins chants élégiaques, si je n’avais pas troqué mes sabots contre de belles poulaines lustrées ni n’avais confondu l’or des silences et l’argent des paroles, sans doute serais-je encore tel un baron Italo- calvinien, perché en haut de ce flamboyant, ou ce saint, Siméon dit le Stylite, sur sa colonne, contemplant l’humanité d’un regard bienveillant. Mais non. Me voici emberlificoté dans le lierre des média, dans les pelotes de haine de ce peuple qui crut en moi et qui désormais n’a de cesse que de me voir calciné comme une feuille morte à sa branche vermoulue.

A vous, frères humains, qui après moi vivrez, n’ayez les cœurs contre moi endurci, je m’appelle François, François Fillon ! Ne me confondez pas avec ces autres pendus, ces voleurs crochetés aux branches de l’infamie…

AK Pô
10 02 2017
Ptcq

(*) : Dominique A, « les oiseaux »

La ballade des pendus François Villon ( par Léo Ferré)

Comments

  1. Débat déplacé de « François Bayrou ne sera pas Président » vers un article sans débat qui doit s’ennuyer.

    Karouge :
    @ Montbulaà (car visiblement le côté « réponse » devient inaccessible après peu d’échanges) :

    « L’Homme du ressentiment, l’ouvrage hélas est épuisé depuis des lustres, est une vraie merveille. Oubliée. »

    Donc, évoquez-vous ce livre de Unamuno : https://www.amazon.fr/Miguel-de-Unamuno-sentiment-tragique-vie/s?ie=UTF8&page=1&rh=n%3A301061%2Ck%3AMiguel%20de%20Unamuno%20%20%20Du%20sentiment%20tragique%20de%20la%20vie

    Sinon, il faut s’ancrer sur Francisco de Quevedo (1580-1645) et son livre reédité en poche : « El Buscon » (https://fr.wikipedia.org/wiki/El_Busc%C3%B3n)

    D Sango
    « Pour les chroniques littéraires c’est ailleurs !
    Merci de ne pas polluer les débats. »

    K Rouge
    « Quels débats ?
    Staline est mort que je sache. Visiblement il a des enfants cachés.
    Bayrou n’est pas le centre du monde vous non plus. Merci »

    K Rouge
    « Si maître Sango ne veut pas que les lecteurs « polluent les débats », qu’il commence d’abord par changer le titre de son article qui est affirmatif (« Bayrou ne sera pas Président »), et constitue par ailleurs une vraie lapalissade sur laquelle on peut ergoter à loisir. »

    Ma réponse :

    Tout d’abord je ne vois aucun lien entre le sujet de mon article et ces échanges littéraires sur Unamuno. Si vous voulez échanger sur lui faites le directement entre vous ou écrivez un article sur ce grand écrivain.

    Je ne vois pas non plus pourquoi il faudrait que je change le titre de mon article à cause du fait qu’il est affirmatif … ??? et en quoi le titre de mon article permettrait plus « d’ergoter » que sur l’accord de Raide.

    Quant à votre insinuation insultante me comparant à un enfant caché de Staline, il ne pourra me toucher que lorsque vous interviendrez sans votre masque, c’est la moindre des choses, et méritera un peu plus de développement que cette affirmation simpliste.

    Pour terminer je ne sais pas d’où sort votre comparaison avec Bayrou ?
    Pourquoi elle arrive là ? Mais rassurez vous, j’ai un esprit rationnel et je ne me suis jamais pris pour le centre du monde.

    • Ma réponse, dite du cinquième paragraphe :

      Frère(s) Sango, qui après nous vivez,
      N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
      Car, si pitié de nous pauvres avez,
      Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
      Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
      Quant à la chair, que trop avons nourrie,
      Elle est piéça dévorée et pourrie,
      Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
      De notre mal personne ne s’en rie ;
      Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

      Se frères vous clamons, pas n’en devez
      Avoir dédain, quoique fûmes occis
      Par justice. Toutefois, vous savez
      Que tous hommes n’ont pas bon sens rassis.
      Excusez-nous, puisque sommes transis,
      Envers le fils de la Vierge Marie,
      Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
      Nous préservant de l’infernale foudre.
      Nous sommes morts, âme ne nous harie,
      Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

      La pluie nous a débués et lavés,
      Et le soleil desséchés et noircis.
      Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
      Et arraché la barbe et les sourcils.
      Jamais nul temps nous ne sommes assis
      Puis çà, puis là, comme le vent varie,
      A son plaisir sans cesser nous charrie,
      Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.
      Ne soyez donc de notre confrérie ;
      Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

      Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
      Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie :
      A lui n’ayons que faire ne que soudre.
      Hommes, ici n’a point de moquerie ;
      Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

      (« la ballade des pendus », François Villon)

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