De la fête foraine à la foire d’empoigne


La pluie a mis dans son récit le courant des pensées, et dans les caniveaux les rumeurs les plus folles écoulent mille petits poissons toxiques. Personne ne voit, dans les flaques d’eau d’après l’orage, le bleu du ciel, lavé de ces tonnerres, miroiter. Les passants referment leurs parapluies, les charlatans sans succès tentent de trafiquer les urnes. Nous sommes dans un monde de peur, où chaque individu se retourne en permanence pour vérifier non seulement que son ombre le suit, est bien la sienne, mais également qu’elle ne soit pas armée d’un fusil, d’un couteau, d’une trahison. Personne ne se connaît mais tout le monde se surveille. Et la liberté ne s’arrête plus là où commence celle des autres, puisque la liberté est morte dans l’ombre d’une existence qui n’en est plus une.

Dans certaines flaques d’eau plus vastes que ne le sont les nids de poule parfois le reflet d’une roue vient habiter le ciel bleu rincé et le transforme, involontairement, en débordements chaotiques. La boue prend alors le dessus. La roue est celle d’un géant, pèse des tonnes et, pendant trois semaines, restera en place, tout en étant mobile. Là où elle se pose, là où elle traverse la flaque immense de la magie foraine. D’autres manèges, parfois très complexes techniquement, se rassemblent autour d’elle, de cette grand roue que l’on retrouve partout dans les capitales européennes, dans les villes moyennes. Et souvent sous la pluie le gagne pain devient humide, se fond dans les caniveaux de la survie, quand elle, fête et foraine, apporte aux enfants, aux ados et aux papis mamies des loteries, des peluches, de la barbe à papi, des pêches au canard, des pommes d’api et des friandises ; le bruit d’une vie différente pour deux heures festives et le ravissement d’enfants qui papillonnent au milieu des couleurs, des images et des sons mêlant l’attraction à l’agressivité (« osez osez osez monter ! »).

Tout le monde est allé dans ces fêtes foraines et elles périclitent, la ferveur populaire a disparu, peu à peu est venu le doute et la confusion sur les forains, les circassiens, nomades assimilés à des gitans. Pourtant, la profession nécessite une connaissance technique très pointue, les contrôles sont essentiels, si ce n’est fondamentaux. Administrativement, les taxes et autres frais EDF etc sont payés aux communes qui les accueillent, et il est grotesque de les comparer à des bandits de grands chemins. Seuls ceux qui montent dans les manèges paient, le spectacle d’une fête foraine est gratuit, bruyant et facétieux, c’est une mémoire d’enfant que l’on conserve adulte, tout comme ne s’oublient pas les petits cirques qui montaient leur chapiteau un soir dans les villages, laissant brouter chameaux et lamas dans un champ offert et disparaissaient le lendemain.

La pluie a mis dans son récit le courant des pensées et le souvenir de ces gens se perd dans un brouillard où les flaques ne reflètent plus l’existence de gens qui veulent, comme tout le monde, vivre décemment.

J’apprécie le dénouement de ce qui s’est passé à Pau ces jours-ci. Chacun y a mis du sien et Bayrou, en signant le papier demandé par les forains -enfin, on verra lundi-, a gagné un point dans mon estime. Reste à voir si l’engagement sera respecté, mais un papier-accord aura été signé. De part et d’autre.

Un bon point (qui n’excuse en rien le blocus de l’autoroute A64).

AK Pô
01 04 2017
Ptcq

http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2017/04/01/direct-les-forains-sont-toujours-mobilises-a-pau,2111680.php

merci la Rép pour le suivi.

Comments

  1. Esposito says:

    Même si ma prose a souvent l’heur de vous déplaire, même si vous y trouvez toujours une coloration que je n’ai pas eu l’intention de lui donner, j’apprécie et le fond et la forme de votre propos. Je vais même le relire car il me rappelle sinon mon enfance celle de mes enfants.

  2. PierU says:

    Je ne suis pas forcément d’accord à la base avec la décision de la mairie de ne plus accueillir la fête foraine (et autres grandes manifestations) à la place de Verdun, et je pense que l’emplacement de la foire expo n’était pas du tout adapté. Mais la façon dont les forains entendent imposer leurs vues est quand même assez dérangeante.

    • depuis une ou deux décennies le rapport de « force » se passe dans la violence(*) et non plus dans le dialogue. Il semble, sur le sujet de Pau, que les forains aient demandé un accord ECRIT pour revenir sur la place de Verdun dans deux ans, si leur implantation au stade Tissié se révèle déficitaire, ce qu’aurait refusé Bayrou dans un premier temps.
      Et puis, en négociant, de part et d’autre un accord semble être mis en place (mais rien n’est avéré ce dimanche à 22h48).
      Si l’accord est signé, toutes les parties s’en réjouiront. C’est bien là que se situe le dialogue social. Et nul n’impose ses vues, mais tout le monde veut que les problèmes se résolvent en bonne équité. C’est la paix sociale, la concorde. Là, si l’aboutissement de l’accord se matérialise, j’applaudis Bayrou, et le représentant des Forains, Norman Bruch.

      « -Bon, Obélix, tu viens ?
      « -Attends, j’ai un sanglier à terminer
      « -Tu le finiras dans la Grand Roue
      « -C’est quoi, çà? encore une invention de forain!
      « -Exactement, lâche Idéfix et toute la fachosphère qui intervient sur la Rép et SO ! »

      Enfin, si les forains pouvaient chanter en choeur, cela aurait plus d’impact que des jets d’oeufs de tomates et autres cliquetis de vitres brisées. (*)

      (*) je ne veux pas allonger mon commentaire

  3. pour être ‘objectif », enfin, pour rester à l’écoute sur les réseaux sociaux. Perso, je suis mitigé, mais pas 100% dupe :

    Donc, un point de vue de l’autre côté des barrières (vidéo samedi 1er avril)

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