384 400 km entre…




chat blanc d’Emir

la lune et la terre…

Je ne sais pas comment les choses arrivent, ni pourquoi le reflet de la lune dans l’assiette de soupe qu’ensemble nous mangions à la nuit tombée a engendré mes doutes et, un peu plus tard, mon crime. Les temps étaient incertains, et Pâques allait faire sonner ses cloches, la semaine qui suivrait en retentirait de constats silencieux et pourtant si parlants. Certains d’entre nous avalaient le consommé aux asperges avec des cuillères en argent, d’autres, à cette même table, avaient choisi la soupe aux vermicelles et les cuillers en bois, et pour les enfants, une soupe à la baleine à manger avec les oreilles.

La lune, et chacun des convives en était conscient, serait blafarde dans l’assiette vide où de maigres reflets de graisse la refléteraient encore, bien que vidée de toute substance nutritive. Tous ceux et celles qui attendaient un prince charmant ou la plus belle des princesses furent contrariés de soit se sentir perdus, soit de se sentir seuls. Le bal prévu à l’issue du repas tourna court ; on renvoya les musiciens, sous prétexte qu’il serait impossible de mettre sur la piste des couples capables ou désireux de danser ensemble. Cela ne prévalait que dans l’intimité des manoirs et des palais, et non dans la concorde d’une soupe où chacun, admirablement converti à l’égalité du prix du repas, renoncerait à exposer ses vertus citoyennes : tous égaux devant la soupe, et, a priori, devant le même prix à payer.

Les choses, et nul ne croit savoir pourquoi (mais tout le monde les sent venir et au final le sentiment l’emporte, avec violence, amertume et crédulité), les choses donc qui reflètent dans une assiette de soupe la lune, c’est le visage des gens qui la mangent. Etrange relation des langues prometteuses et des goûteux baisers, éloge des discours adressés aux baisables, ritournelles et vermicelles, bouillons sempiternels des bien pensants et des mal baisés, mais éternel reflet de gens qui ne veulent pas s’unir à d’autres pour que les cloches, les muezzins et les murs de béton cessent de devenir des états d’armes, face aux autres qui n’ont que des états d’âme pour combattre la seule vérité non chiffrée qui soit : le bonheur universel. Bien sûr, c’est idiot. Je sais que les poètes sont des cons, mais heureusement les cons ne le sont pas, poètes, contrairement à quelques uns – c’est relatif-  (le beau Bernard Manciet, les juponnés du coin de Béarn Francis Jammes etc). Les poètes sont cons par ce qu’ils n’impliquent pas leur vie dans leurs écrits. Sans doute est-ce par là qu’ils placent la lune dans une allégorie, dans un chapeau de clown, voire une colombe blanche ou une rose. Mais c’est fini. La poésie est un combat. Permanent.

Je ne sais pas comment les choses arrivent, j’ai dû prendre un coup de lune, mais pourtant j’ai l’impression que tout fout le camp, qu’un vent mauvais commence à froisser mes draps de lit et je suis encore heureux, comme homme vieillissant, de pouvoir retenir une femme dans mes bras, avant la funeste aurore boréale, ses soleils verts magiques et intrigants, qui, mélangés sur la palette de la vie, avec la couleur lune, manqueraient assurément de ce sang criminel qu’est la vie au soleil : se tuer au travail sans profiter de la vie, comme un décor vert où, en arrière plan, le bonheur se déshabille sur un plateau de cinéma. Soleils illusoires de paroles sans histoire que nos oreilles confites mangent, écoutent, et confinent dans une urne muette comme un verdict tombe et renaît, cinq ans plus tard…

Tout cela aurait peu d’importance, le monde avance et l’humanité recule. Je ne sais pas comment les choses arrivent, mais j’aurais vu la lune se refléter dans une assiette de soupe, qu’ensemble j’aurais mangée à la nuit tombée, partagée par tous ceux et celles dont je n’ai pas parlé ici.

AK Pô
07 04 2017
Ptcq

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