Quatre mouches idéales pour piquer du nez.


Quatre mouches noires tournoyaient du côté de la pâtée des chats. C’étaient quatre mouches épaisses, idolâtres et bruyantes dont la seule problématique était de pomper la substance nutritive du repas des minous. Comme nous étions en période électorale, je me suis amusé à les capturer une à une et à peindre leurs ailes (avec une peinture spéciale électorat volatile). Le marchand de couleurs qui m’avait vendu les pots n’en avait que quatre de teintes différentes en réserve, ce qui tombait pile poil dans le budget que je m’étais fixé, nonobstant plusieurs dettes phénoménales que je ne parviendrais pas à rembourser, mais c’est un autre sujet.

Si quatre mouches de tailles semblables ne sont pas identifiables de visu tant elles volent en tous sens, se fracassent sur les vitres et les plafonds de verre, le fait de les avoir colorées me permit de mieux en distinguer les différences, ce qui équivaudrait, pour un citoyen moyen, à lire le programme de nombre candidats, vibrants zélateurs, discoureurs vrombissant au-dessus des hures pour en faire leur fromage de têtes. Mais dans ce petit pays où je vis et dans lequel seuls des hommes et des femmes libres vivent à petits feux -leurs yeux pétillent-, quel sens donner aux virevoltes des mouches, aussi noires soient-elles, déguisées de peintures neuves sondagières ?

Des millions d’autres mouches, plus petites, plus grosses, colorées d’argent, d’émeuraude sur le cadavre d’un frêle veau (endormi sous la mère ou d’or, ou d’ores et de déjà?) à peine né de la pluralité des urnes, danseraient. Danseront. Contrairement à la belle Europe, qu’un taureau blanc (Zeus) mena à l’extase sous son vrai profil, Zeus qui la livra ensuite à Astérion, roi de Crète, comme les dictateurs le font avec les pays qu’ils se lassent de gouverner ou fuient avant leur déchéance brexitaine. Comme les quatre mouches qui renonceront aux promesses des truites vagabondes, des valses musette et des auberges au bord d’une rivière qui charrie ses poissons vingt trois jours en un seul mois (avril 2017), ce qui est, chez les poissons, un record historique digne du Guinness Book, mais dont tous les poissons ont refusé l’homologation, sauf un certain Poutou, qui est tombé amoureux du bocal qui l’empêche de faire l’amour avec Miss Arthaud, qui est quand même tentante, entre sa faucille à elle et son marteau à lui. Bon, je blague et les quatre mouches jurent qu’elles nous pomperont jusqu’à la moëlle la pâtée des chats.

Là, Papi, tu retombes sur tes pattes, Gros Chat. Les mouches sont moches. Pendant ta sieste, elles sont parties . Comme ta vie. Volages et mortifères. On raconte, dans mon petit pays, que les fantômes commencent par les portes qui claquent pour se présenter, ne pouvant user de leurs membres ectoplasmiques, et qu’ils ne parviennent à entrer que par les courants d’air pour chatouiller les pieds des jolies femmes, et rendre au sexe viril ce que les mouches vendent : le parfum des illusions.

Il ne faut pas négliger la guerre que les chats et les mouches se livrent dans les gamelles offertes aux vents électoraux. Contrairement aux croyances populaires, les chats ne gobent pas les mouches. Mais les mouches se nourrissent de leur mort, ainsi qu’aux appétits des pies, des vers et des poètes. Mais, me direz-vous si vous en avez envie, où sont les hommes dans ce texte (si j’exclue le narrateur qui est peut-être une tique pompant le sang des pinces à épiler).

L’homme est à l’urne. Il espère ce qu’on lui promet. L’homme est con comme la lune. Mais jamais il ne comprend l’expression. Car ce qu’il exprime c’est toujours le silence des urnes. Et le bruit des canons.

AK Pô
21 04 2017
Ptcq

Comments

  1. Michel LACANETTE. says:

     » C’étaient quatre mouches épaisses, idolâtres et bruyantes dont la seule problématique était de pomper la substance nutritive du repas des minous. »

    Ces mouches ne sont que des mouches  » cagasères » en voies de disparition , mais très connues et nombreuses en Béarn du temps des  » cagadets » de bois qui trônaient aux fonds des jardins. Généralement le matin elles étaient toutes à la cuisine et l’ après-midi, au soleil, elles rodaient au tour des  » cagadets ». Elles ont été la hantise de bien des Béarnais qui aspiraient à un peu de tranquillité en ces moments d’ intimité. Mais rien n’ y faisait .Il fallait se résoudre à vivre avec, jusque’ à l’ arrivée des Waters Closeds, comme
    l’ on disait à l’ époque des années 50, et de l’ eau courante dans les maisons, qui ont mis leur avenir en péril.
    Elles mériteraient d’ être classées en espèce en voie de disparition et leur travail classé en utilité publique.Peut être qu’ avec le changement climatique et les périodes de sécheresse qui s’ annoncent, nous seront bien contents de faire appel de nouveau à leurs services …..

    • il faut aussi lire ce texte entre les lignes…Mais votre commentaire me rappelle un grand oncle qui avait planté de la vigne à Aste et faisait son petit vin blanc qu’il allait picoler en douce dans la « cagadère » au fond du jardin. Un coeur découpé dans la porte en bois lui permettait de voir si un intrus (ou, surtout, sa femme) ne venait l’interrompre dans ses libations…

      • Michel LACANETTE. says:

         » Mais votre commentaire me rappelle un grand oncle qui avait planté de la vigne à Aste et faisait son petit vin blanc ….. »

        La cuvée d’ Aste, devait être du même acabit que  » lou bi d’ Asasp » célèbre vignoble local, maintenant disparu, qui inquiétait les vignerons, dès que la température approchait du zéro degré, car il fallait déplacer vite les barriques et  » barricots » sous la cheminée, pour ne pas qu’ il gèle.
        Le village d’ Asasp était le seul village du Béarn où les chaises étaient équipées de ceintures, car pour boire  » lou bi d’ Asasp  » il fallait s’ attacher à la chaise, afin de ne pas en tomber, du fait de son apprêtée.
        Son seul avantage, était qu il était un excellent laxatif, sans effet secondaire, à condition
        d’ arriver à temps au  » cagadet » au fond du jardin, surtout s’ il fallait monter pour y accéder.

        • très rigolo ! merci. (on pourrait rajouter que le vin d’Aste était Bé(t)on et celui d’Asasp A(t)rros…Allez, à la vôtre, et santé !

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