Pombie 1967-2017 – La saga des Gardiens (acte 4, 1979-2006) : Guy SERANDOUR, le capitaine au long-cours


Vu depuis le « passe-plat » : Guy SERANDOUR

Quand, en juin 1979, Guy SERANDOUR pousse la lourde porte en fer du refuge de Pombie, il n’imagine pas  un instant qu’il va y passer 28 saisons ! Suffisamment de temps pour pouvoir y constater les effets du changement climatique ou l’évolution profonde des pratiques montagnardes, avec l’aide du Parc National des Pyrénées et sous l’impulsion de DECATHLON !

Breton de Bordeaux, membre du CAF depuis 1962, Guy n’avait qu’une hâte : quitter son travail fastidieux pour grimper dans les Pyrénées. Annie, sa femme enseignante, est mutée à Oloron en 1973. S’en suit une installation face aux Pyrénées, à la Croix de Buzy, sur la moraine frontale de l’ancien glacier de l’Ossau. Démarre alors une longue histoire d’amour avec la vallée d’Ossau. Premiers boulots montagnards : Guy « bosse » deux saisons d’hiver à Artouste, et trois saisons d’été comme gardien au refuge d’Arrémoulit. Il s’ancre plus profondément encore dans la vallée d’Ossau.

En arrivant à Pombie, le jeune gardien de 43 ans, ne trouve pas d’eau sur place. Pour éviter une possible inondation du refuge pendant l’hiver, son prédécesseur a débranché, fin septembre, le tuyau quelque part sur les pentes sous le Peyreget. En ce mois de juin, Guy creuse des trous dans la neige, parfois jusqu’à plus de 3 mètres, pour ne jamais trouver le tuyau dévié. Il faudra un mois pour reconnecter l’eau !

Comparé à Arrémoulit, Pombie est un 4 étoiles, même si très vite, il doit changer le frigidaire à pétrole et le chauffe-eau. Il installe une première douche privée à l’extérieur. Les publiques suivront à l’intérieur. Le début d’une longue litanie de travaux, grands ou petits, lien commun à tous les gardiens de refuges, démarre. Pêle-mêle : crépine de pompe à eau bouchée, déchets à évacuer, fosse septique débordante etc.
Pour la fosse justement, il lui faudra un certain temps pour comprendre que, sans un minimum de chaleur, elle ne fonctionne pas et conduit aux débordements. Reste alors à la vider. Un pensum dont Guy se passerait bien ! La solution finit par arriver : il suffisait de surcharger la fosse d’EPARCYL qui, par un apport de minéraux et d’oligo-éléments, stimule l’activité des bactéries.

Héliportage par une « alouette »

Les approvisionnements se font souvent par hélicoptère. Les alouettes d’Héli-Union sont mises à contribution. Il s’agit de faire monter les provisions. Pas toutes. Seules les denrées non périssables arrivent par les airs : conserves, lait, pâtes, riz, boissons, produits d’entretien. Au retour de la « rotation », les déchets sont descendus. Guy se souvient, avec émotion, des pilotes morts dans des accidents. Si la montagne tue régulièrement grimpeurs et alpinistes, en 28 ans, elle aura aussi emporté son lot de pilotes. Cinq en tout. Tous des amis.

Le portage complète les approvisionnements. Il s’agit de monter les produits frais : pain, viande, œufs, légumes essentiellement. Portage à dos d’homme : 25 à 35 kilos, depuis Anéou, une à deux fois par jour, 4 ou 5 fois par semaine en juillet et août. Une tâche, pénible et répétitive, que Guy partage avec son équipe. Mais, il n’y a pas que le portage lui-même. Ces produits frais, encore faut-il les chercher dans la vallée à Laruns, Rébénacq ou même Pau. A Anéou, il n’y a pas de boutique !

Pendant 3 ans, une ânesse, Marguerite, l’épaule. Elle peut porter de 70 à 80 kilos mais voilà, l’animal n’aime pas vivre seul et peut s’échapper pour rejoindre d’autres congénères ! Et comme Guy ne veut pas l’attacher, la solution n’est pas simple.
Une année, à la mi-septembre, il neige fortement sur Pombie. Où mettre Marguerite ? Ce sera finalement sous le porche d’entrée du refuge. Il neige toujours. Décision est prise de la redescendre sur Soques. Guy ne retrouve pas le chemin recouvert d’une épaisse couche de neige. Marguerite passe devant et guide Guy sur le tracé enfoui du sentier. Quel instinct !

1975 : sommet de la Grande Aiguille d’Ansabère. Crédit JM OLLIVIER

Guy est grimpeur avant d’être gardien de refuge. Nostalgique, il aime à se souvenir de ses premières années à Pombie où il échangeait avec les grimpeurs sur les courses. Régulièrement, il jetait des coups d’œil vers les voies où ils évoluaient. Les jumelles n’étaient pas loin, non plus. Il ressentait leur progression et devinait ceux qui seraient contraints de bivouaquer sur les parois de l’Ossau ! De temps à autre, au début du moins, avec des amis, il s’échappe pour réaliser quelques voies. Pas des premières, elles ont déjà toutes été faites.

A cette époque, pour le gardien de refuge, la sécurité est un souci permanent dans cette « montagne dangereuse » : à partir de quel moment faut-il déclencher les secours ? Les grimpeurs et randonneurs n’ont ni téléphone portable, ni de balise de détresse. Seul le téléphone du refuge permet de contacter les gendarmes pour évaluer la situation et voir s’il faut déclencher une opération de secours.

Chaque année apporte son lot de blessés et de morts qu’il a pu découvrir lui-même. Un jour, 30 à 40 membres de la célèbre ENSA (Ecole Nationale de Ski et d’Alpinisme)  de Chamonix débarquent à Pombie pour 5 jours de formation. Le refuge leur est entièrement réservé. Dès le lendemain, première sortie et un guide se tue. Le jour suivant, toute l’équipe plie bagage et rentre à la maison. Depuis, on n’a plus jamais revu l’ENSA à Pombie !

Sécurité des hommes mais aussi sécurité du refuge. Au début, Guy laisse à disposition, dans la salle commune, un réchaud. Il y a aussi des extincteurs. Ceux-ci sont volés. Les fenêtres du refuge sont clouées l’hiver pour éviter les infractions. Et, quand ce ne sont pas les hommes qui violent l’intégrité du refuge, les animaux, en hiver, trouvent des solutions à leur tour. Plusieurs fois, à la reprise de juin, Guy trouve des loirs installés à la cuisine. Ils entrent par la cheminée ou en mangeant les plastiques des aérations des fenêtres.

Pombie est un refuge « facile ». On ne s’y lève pas de bonne heure : 5h30 au plus tôt ! Il faut pourtant être 4 sur place en juillet et août pour le faire « tourner ». Cinq est même plus confortable : « C’est qu’il y a de quoi faire entre les repas, l’entretien, la réservation et la gestion des arrivées. » Au début, la réservation par téléphone n’est pas entrée dans les mœurs, cela provoque des situations désagréables à gérer : installer le soir plus de dormeurs qu’il n’y a de matelas ! Diplomatie et autorité.

Macédoines en entrée

Aimant bien faire son travail, Guy s’entoure, année après année, de fidèles. Famille et employés avec qui il sait créer un bon esprit d’équipe. Pour preuve, certains salariés resteront sur place plus de 10 ans !

1986 :  L’Espagne rejoint la Communauté Européenne. Les Espagnols arrivent de plus en plus nombreux dans les Pyrénées françaises. Bien logiquement, il est décidé, à partir de cette année-là, d’ouvrir l’hiver la route du col du Pourtalet. Dès 1988 démarre la construction des paravalanches.

En mai 1999, le refuge connaît le seul agrandissement significatif de la période 1967-2017. Un bloc sanitaire, de 3 WC et deux douches, est construit sur son côté sud. Cela a l’avantage de permettre d’agrandir la cuisine en supprimant un WC situé dans le refuge lui-même.

Les années passent, le rythme devient immuable : 4 mois de saison à Pombie, 4 mois comme pisteur à Gourette. Le reste du temps en vacances. Aux Antilles souvent, sur l’eau : « Les montagnards s’adaptent très bien à la vie sur les bateaux ». Gérer les équipages, les approvisionnements, le temps. Capitaine de navire et gardien de refuge, mêmes sujets de préoccupation !

Le Parc National des Pyrénées attire de plus en plus de visiteurs, motivés par la beauté du site et la perspective de voir des animaux. Il trace de nouveaux sentiers en dégageant l’herbe sur les pentes. Dix ans plus tard, ils sont transformés en « oueds ». Il faut alors les empierrer. Mais, rien n’arrêtera la vague montante d’une clientèle nouvelle, toujours plus nombreuse, de randonneurs d’abord et ensuite de simples touristes.
De leurs côtés, les Offices du Tourisme distribuent des plaquettes démocratisant la montée au refuge. DECATHLON propose des produits, rendant accessible la pratique de la montagne. Autant d’éléments qui favorisent l’accès à Pombie et ailleurs. Devant la « foule », Guy, le gardien de refuge, se voit contraint de se transformer en hôtelier et restaurateur. Et, dire qu’il n’aime pas cuisiner !

Ethique, il continue à préférer son refuge comme lieu où les grimpeurs se retrouvent et préparent leur course. Ils sont, malheureusement, toujours moins nombreux. Au fur et à mesure du renouvellement de la « clientèle », l’amicale complicité des grimpeurs est souvent remplacée par « la tête des gens et le ni-bonjour, ni-sourire de ceux-ci ». Beaucoup d’exigences aussi.

Décidant de ne pas faire la saison de trop, Guy décide de passer la main, à fin de la saison été 2006, après 28 saisons passées au pied du pic du Midi d’Ossau. Il y a bien droit, il vient d’avoir 70 ans ! Le capitaine au long court descend alors à terre. Il ne va pas loin et s’installe dans sa belle ferme béarnaise, proche des « Bains de Secours ». Depuis ce nouveau port d’attache, il peut continuer à jeter machinalement, de temps à autre, un coup d’oeil vers l’Ossau.

Bernard Boutin

Pombie, la saga des gardiens, l’intégrale : Acte 1, Acte 2, Acte 3, Acte 4, Acte 5

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