Centres commerciaux à Pau et banlieue : les moutons paissent loin du centre ville.


J’ai fait la nuit dernière un drôle de rêve : je marchais dans une galerie marchande déserte, en pleine après-midi d’un samedi de soldes, de promos diverses et variées. Je devais ressembler à Anna Blume, héroïne d’un roman de Paul Auster, tirant son Caddie® dans les rues vidées de toute âme humaine de New York. Sauf que dans mon rêve, s’il n’y avait personne, toutes les marchandises, les rayons de produits alimentaires, cosmétiques, vestimentaires, les buffets de restauration rapide, tout était en place…vision post apocalyptique ?

J’ai ainsi déambulé dans les 50 boutiques du Leclerc Tempo avenue Sallenave, les 35 d’Auchan, les 43 de Carrefour, les 60 de Quartier Libre, les 22 de Géant Casino avenue Daurat, négligeant les plus petites mais non moindres structures du Leclerc Mazères, de l’Intermarché de Serres-Castet, évitant les magasins satellites qui environnent ces cubes concentrationnaires (les Leroy Merlin, Bâti man, Décathlon, Boulanger, Castorama, etc).

A un moment, durant ma morne errance, une petite faim m’a noué l’estomac. Je devais m’alimenter de toute urgence. Mais où ? Je n’avais que l’embarras du choix : 3 Intermarché (Billère, Jurançon, bd Paix), 6 Lidl (Mermoz, av Loup, Jurançon, Lescar, Lons, Idron), 3 Casino (De Gaulle, Mermoz, Bosquet), 4 Leader Price (Daurat, av Buros, Alsace L., République), 1 Aldi (Lescar), mais tel un loup affamé croquant mille brebis, je courus fouiner dans les petites gondoles des épiceries formatées, des 5 Carrefour Market (Kennedy, Alsace L., République, Mermoz, Vallées Jurançon), des 4 Petits Casino (Résistance, Joffre, Carnot, Paix -Thiers a fermé depuis quelques années mais figure sur la carte-). J’avais faim de ces vraies petits épiciers tels que chez Magdeleine, rue de Livron, un des rares lieux conviviaux où l’on trouve de tout ou presque dans une ambiance et un esprit communicatifs, un dynamisme très féminin. En ce lieu se tranchait le lard, se liaient les gens et se déliaient les langues sur la vie du quartier. (existe-t’il encore ?)

Là, nous étions au centre de la ville : pas de Caddies® à outrance, de parkings immenses, de Drive, de rangées de caisses enregistreuses automatiques, de bousculades, d’incivilités, de surveillance au faciès, de grappes humaines venues reluquer toutes ces marchandises qu’elles ne peuvent se payer sans se priver de l’essentiel, familles fantômes aux univers d’écrans plats, d’Iphone à 800 euros, de vêtements standardisés qui fondent au bout de trois lavages, de maquillages et autres vernis à ongles toxiques, bref, de quoi réveiller un mort : moi.

Le chant des sirènes fit son effet : les camelots déclamaient dans les micros « deux cercueils achetés, le troisième offert ! », « deux barquettes de trois kilos de côtes d’agneau de Nouvelle Zélande achetées et un berger pyrénéen exsangue offert pour allumer le barbecue », « lot de dix melons d’Andalousie à prix (ne) coûtant pas même celui de la balle avec laquelle le paysan du coin va se suicider ». Et je regardais les gens se précipiter sur ces « affaires », ces « promos », ces attrape-nigauds. Ils se précipitaient, plus le magasin était vaste, plus ils galopaient, la concurrence semblait plus guerrière entre les clients qu’elle ne l’était entre les exploitants, qui ramassaient les loyers de ces boutiques annexes, dans lesquelles parfois il n’y avait personne. La franchise n’est pas toujours rentable.

J’étais sans doute mal réveillé. Je me suis posé la question : pourquoi offre-t-on presque systématiquement, sous couvert de promotion, trois produits pour le prix de deux (c’est un exemple), quand il suffit de vendre chaque produit un tiers moins cher à la base ? Deux bouteilles d’huile à quatre euros les deux, une offerte. Soit 1,33 euro pièce. Bon bon d’accord, je n’y connais rien.

Par ailleurs, je n’ai aucune prétention à mettre mon grain de sel (Guérande, Noirmoutiers, Salies de B., etc) dans ce monde de la consommation consumation de masse qui nourrit les Palois et les habitants des communes environnantes. Je ne voulais que jouer un peu sur l’impact des centres commerciaux en proche périphérie sur le fait que le centre ville, commercialement, périclite. En cumulant (toutes catégories confondues, alimentaire, vestimentaire, banques, téléphonie etc) les sites commerciaux des grandes surfaces paloises, on dépasse les 210 « boutiques ». Si l’on considère que certaines font partie des labels eux-mêmes (agences de voyage, librairies, crédits à la consommation etc), on doit tourner autour de 180 enseignes « autres », englobées dans ces centres commerciaux. La plupart occupent de petits espaces inférieurs à 200 m²(?), qui pourraient trouver place dans le cœur de la ville. A condition aussi d’accepter de créer un système de livraison à domicile, ou simplement d’accompagnement vers un parking comme Verdun, la gare etc, un système de coursiers livreurs mutualisé entre commerçants. Je dis ça je dis rien. D’ailleurs je crois que j’en ai trop fait en écrivant cet article débile qui ne rappellera rien à certains lecteurs, qui allaient acheter il y a vingt ans des légumes dans une épicerie du Buisson, dans une épicerie-bistrot de Soumoulou, dans une épicerie de Pontacq (où il faut passer désormais par l’Intermarché pour acheter un kilo de sucre pour les confitures, ou une tablette de chocolat).

Avec des amandes de Provence, le chocolat noir !

AK Pô
21 07 2017
Ptcq

Nota ; ne sont pas ici pris en compte l’émergence des supermarchés bio (route de Tarbes) et bien d’autres petites épiceries plus ou moins indépendantes (Bernadotte, Carnot, etc)

http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2015/06/20/serres-castet-intermarche-va-s-agrandir-de-1-600-m2,1258451.php

de 2014 😦 aller voir si elles existent encore !

http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2014/05/27/le-retour-des-epiceries-de-proximite,1195648.php

http://www.sudouest.fr/2013/03/23/l-extension-de-la-galerie-du-leclerc-fait-debat-1003048-710.php

Comments

  1. Si vous avez le temps :

  2. BELLO Christian says:

    Consommateur réveillé ou con sommateur éveillé, nos sens sont dirigés vers des articles de pressés qui ne demandaient rien, d’où le consumérisme qui se consume dans un retour de bâton pour des achats qui ont du sens…

  3. cet article est très intéressant mais que faut-il faire? Revenir aux années 1950/1960 : mission impossible. Moi aussi je profite de ces parkings gratuits pour mes achats, je suis dans le système que vous dénoncez.J’essaye d’effectuer quelques emplettes auprès de petits commerçants de Bizanos, je culpabilise un peu moins.

    • Bien sûr que revenir en arrière est impossible et non nécessaire en soi, mais peut-être pouvons-nous avancer autrement que dans cet hyper-consumérisme. Il n’est question, dans mon article, que de dénombrer (liste non exhaustive) les main-mises des grands distributeurs sur ce qui va jusqu’aux succursales de moindre importance, les « market » et autres, et de comparer la mort des centre-villes quant à ces pieuvres qui avalent les fameux commerces indépendants. Les vieilles boutiques paloises ferment les unes après les autres (Larraillet, celles de la rue des Cordeliers, etc). On attendra Lavie, jadis la plus belle des quincailleries paloises…et toutes ces femmes maintenant âgées dont les maris, mutés à Pau avec la SN(E)AP , offraient une boutique à leurs épouses pour qu’elles ne s’ennuient pas dans la profonde province. La grande époque du gaz de Lacq. La bourgeoisie maintenant va faire ses courses à Paris, à Biarritz ou Bilbao.

      Plus le commerce « est de proximité », plus les gens s’en éloignent. Pourquoi ? parce que la fréquentation dévoile l’intimité de l’individu qui s’y rend., et dans les villages, les rumeurs vont plus vite que la réalité des choses. C’est le charme de la campagne, mais c’est aussi son pire ennemi. Dans les épiceries standard avec tapis roulant et caissières amovibles, le turn over est pratique, l’anonymat respecté..
      Faudrait-il, faudra-t’il rendre payants les parkings des hypermarchés ? Ce sont des espaces privés vendus à vils prix par les communes pour tout un tas de raisons (cf vidéos ci-dessus).
      A Pau, il y a les Halles, pour les citadins (comme pour tous, on n’y trouve pas tout -aliments animaux, cosmétiques, lessives, produits vaisselle etc), dans tous les patelins de la région (du moins à l’Est), il y a un renouveau de marchés sur les places publiques où les produits frais et les viandes certifiées (je recommande le pâté de chatons que je mijote dans une grande casserole, avec de l’aïl et du piment perroquet, celui qui fait hurler les muets, (25% de réduction aux lecteurs d’A@P). Côté Est, des marchés : Idron, Nousty, Soumoulou, Pontacq….
      Cependant, et pour finir, il faut reconnaître que désormais, dans mon patelin de 3000 habitants, pour un kilo de sucre ou de farine il faut aller au supermarché. Si seulement un réfugié avec l’aide de la mairie et de ses habitants pouvait reprendre l’épicerie du centre ville, fermée depuis six mois. Avec une enseigne qui n’appartienne pas aux monstres: celle qui dit « nécessité fait loi, et nous sommes tous à la même enseigne »
      Allez, on t’attend, arabe du coin; on parlera ensemble de Couleur d’origine (message perso à mon grand frère du Congo Brazzaville)

      • Larouture says:

        Prendre par la dérision ou l’absurde, le problème de la distribution qui chamboule tout et qui est lié à la voiture est certainement une approche efficace pour amorcer une réflexion et une discussion plus sereines.
        Une remarque :
        « Plus le commerce « est de proximité », plus les gens s’en éloignent. … la fréquentation dévoile l’intimité de l’individu qui s’y rend… . Dans les épiceries standard avec tapis roulant et caissières amovibles … anonymat respecté. »
        Paradoxalement, la grande distribution connait tout de nos habitudes.
        Un complément :
        En lisant votre article, je me demande si l’économie domestique ne va pas au-delà de la distribution. Ne sommes-nous pas pris en « sandwich » entre la distribution et l’évacuation des déchets. Je pense, par exemple, à la gestion des déchets où opèrent également de grands groupes (Véolia, Suez par exemple).
        Pour que ce système continue de se développer, il faut recycler et croire à la faisabilité de l’économie circulaire. Si ce système ne marche pas, c’est que le tri n’est pas abouti (terme emprunté à un reportage sur un foyer d’incendie dans le Var qui a démarré dans une poubelle). Nous sommes priés de « bien jeter » car nous serions le maillon faible d’une chaine où tous les autres maillons seraient parfaits ou presque, ce qui n’est pas certain. Le système de l’hyperconsommation organisée n’est pas mis en cause. Notre société nierait le déchet (Je viens de terminer la lecture de « l’homo détritus… » déjà cité par M. Vallet…).
        J’ajouterais enfin que les processus soutiens (utilités comme l’eau, le gaz ou l’électricité)) de ces processus domestiques sont régis de la même manière : On retrouve des grands groupes (Engie, EDF, Suez, Saur/Sateg, etc…).
        Les collectivités locales sont associées à l’ensemble de ces processus amont (construction de ZAC, rocades, etc..) comme aval (collecte, Centre de tri, etc..) ainsi que les processus de soutien (syndicats d’électrification départementaux par exemple).
        Mais qui pilote vraiment ces processus ? Autrement dit, les collectivités locales ne subissent-elles pas un système qui les dépasse ?

  4. Excellent billet !

  5. Lou Tillous says:

    Dans le temps, il y avait les porteuses de pain. Aujourd’hui on a bien les livreurs de Pizza, pourquoi n’y aurait-il pas des livreurs à domicile de produits d’épicerie, cela intressant les personnes âgées ou à mobilité difficile. Un livreur , comme vous dites, pouvant faire plusieurs commerçants.
    Mais on a l’impression que nous sommes broyés dans un système qui s’est aligné sur le modèle américain. La disparition du commerce de proximité n’est pas propre à Pau, on le rencontre dans toute l’Europe.

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