Réflexions sur la «professionnalisation» de la vie politique.


L’actualité relance un problème, largement et longuement débattu, il n’y a pas très longtemps.

Parle-t-on toujours de la même chose ?

Le terme est polysémique et peut prêter à confusion dans les échanges.

Un professionnel est une personne formée, compétente, spécialisée dans un secteur d’activité, c’est de cela dont on parle maintenant ; dans les échanges de jadis, on évoquait quelqu’un qui se lance dans la politique à temps complet et progresse dans une hiérarchie de postes, par exemple depuis la mairie d’une petite ville jusqu’au gouvernement.

une qualification d’un côté, une durée d’exercice dans l’autre.

Encore les maux des mots !

Considérons la deuxième partie de la définition.

La politique serait devenue «une profession» à partir du milieu du XIXème siècle. En 1848 a été instituée, en même temps que le suffrage universel, «l’indemnité législative» ; elle ouvrait les portes de la représentation nationale aux classes populaires.

On était passé d’une activité de loisir de notables aisés à un métier possible en CDD pour un milieu modeste.

Toutefois, la professionnalisation a été poussée trop loin ; beaucoup de politiciens sont passés du CDD au CDI, contrôlant le jeu démocratique.

La politique devenant un métier est devenue insupportable et est rejetée avec virulence et permanence ; elle génère« cette classe de politiciens «professionnels» ou voulant le devenir, prêts à tout pour être (ré) élus……..», «avaler des couleuvres, lécher des bottes du puissant, magouille, compromission….»Daniel Sango.

Ce palmarès est tout aussi inquiétant car il contribue à créer une atmosphère nauséabonde du «tous pourris» qui sème la révolte, éloigne des urnes et traite ainsi avec le plus grand mépris de très nombreux élus qui se dévouent pour leurs concitoyens dans la misère ou les grandes difficultés.

Cette généralisation critique devrait être manipulée avec une bien plus grande précaution ; la professionnalisation, à condition de la définir et de la codifier, n’est pas forcément un mal, tout est dans la rigueur de la législation et le contrôle efficace et répressif possible des dérives, comme dans tous les métiers ! Instruction, formation, inspection, contrôle, évaluation. Il faut séparer le bon grain de l’ivraie pour pouvoir écarter ceux qui vivent de la politique et favoriser les passionnés, compétents, éduqués et dévoués à l’intérêt général, sans illusion cependant, car l’intelligence humaine est un outil efficace aussi bien pour le luron ou le fripon que pour le bon garçon !

Moralisons ? Non, la politique n’a pas un objectif moral !

«Il est nécessaire au Prince, s’il veut se maintenir au pouvoir, d’apprendre à pouvoir ne pas être bon, et d’en user et n’en pas user selon la nécessité.» (Le Prince, Machiavel, chapitre 15.)

Ce qui n’empêche pas les électeurs, êtres non pas de textes et de lois mais d’émotions et de sentiments, de condamner haut et fort toute atteinte aux principes éthiques de ces derniers comme des autres.

L’intitulé du texte de loi adopté est donc mauvais car ambigu et ouvre la voie à toutes les affaires, sans reproches parfois au plan législatif, mais insupportables au plan moral.

Légalisons donc les comportements et faisons respecter ces lois ? Oui ! 
Faut-il diminuer le nombre des représentants du peuple ?

D’après Jean Garrigues, historien, universitaire et professeur à Science Po Paris, dans Sud Ouest dimanche du 11 juin 2017, il n’y a pas trop de parlementaires (1 pour 71000 habitants ; en Grande-Bretagne 1 pour 44000). «L’idée est vieille comme le parlement tout comme le dénigrement des parlementaires». Allemagne, Autriche, Belgique….. sont des États fédéraux non comparables.

« Trop payés ? Le problème est davantage dans le contrôle des dépenses qui n’existe pas que la rémunération qui se situe dans la moyenne européenne. Les économies que cela entraînerait seraient marginales par rapport à d’autres dépenses. Par contre, ce qui pose un réel problème, c’est le nombre de lois votées, souvent redondantes, dont beaucoup restent sans décret d’application.»

Diminuer le nombre de parlementaires, c’est éloigner encore plus le citoyen de son représentant donc sa légitimité ; c’est diminuer la diversité nécessaire au fonctionnement normal de la démocratie…

Le tropisme positif qui conduit au métier de politicien comprend, en plus de la valorisation personnelle, de l’intérêt, de l’ego et du jeu des partis politiques, la multiplication des écoles en sciences politiques ; elles forment un terreau abondant de jeunes préformés pour cette orientation. L’ENA fait de même pour la haute fonction publique. Toutes ces préparations contribuent à favoriser, par les acquis du milieu d’origine, les spécialisations suivies, l’orientation professionnelle vers la vie politique.

Le danger est le formatage de futurs responsables ignorants de la vie d’en bas, bloquant ou ralentissant toutes les transformations. Par exemple «l’empreinte carbone» théorique de ces écoles est énorme ; les programmes, comme après les politiques qui en sont issus, considèrent que l’environnement est un épiphénomène. Les conséquences sont que depuis le début de l’élection présidentielle et maintenant les législatives, les retombées catastrophiques sur les citoyens du réchauffement et de la pollution n’ont été abordées que par une minorité de candidats non issus de cette filière et très vite écartés. Pour Macron, ce n’est pas une tasse de thé, la liberté d’entreprendre, même si maintenant il s’élève contre la décision de D.Trump, ne va absolument pas dans le sens d’une mandature humaniste et écologique !

J’ai lu, avec satisfaction qu’une association d’étudiants appelée Sciences Po Environnement s’était fixée pour mission «de réduire l’empreinte écologique de Sciences Po et de sensibiliser les étudiants à la protection de l’environnement dans une perspective de développement durable et de favoriser l’interactivité entre l’école et les différents acteurs du développement durable.» (Statuts validés le 22 avril 2013).

https://sciencespoenvironnement.fr/. Quel sera son poids ? Affaire à suivre.

Si l’on veut diminuer le nombre de ces «professionnels» de la politique, supprimons déjà ces écoles ou aménageons des formations qui y sont données !

Reste à savoir, après, si c’est pertinent, on peut aussi trouver, en considérant la première définition ci-dessus, un contenu de plaidoirie pour un avocat du diable.

Alors que pour toute activité rémunérée (et même bénévole !), il est nécessaire d’avoir une compétence et une expérience, il en serait différemment en politique. Bizarre !

Avec la mondialisation, la complexification, les progrès de la technologie, la spécialisation de plus en plus pointue, l’évolution des compétences, pour gérer un Pays, de la commune à l’État, est de plus en plus exigeante dans les domaines de la Finance, de l’économie mondiale, des affaires étrangères…, la santé, l’éducation…les contraintes administratives.

Montesquieu avait déjà approché le problème :

«Comme la plupart des citoyens, qui ont assez de suffisance pour élire, n’en ont pas assez pour être élus ; de même le peuple, qui a assez de capacité pour se faire rendre compte de la gestion des autres, n’est pas propre à gérer par lui-même».

N’importe qui, actuellement, même avec un haut niveau de culture et de spécialisation dans un domaine particulier, n’est pas capable d’apprécier, juger, décider, de la politique qu’il faut suivre, du fait des interférences possibles, quand il est confronté à un domaine qui n’est pas le sien.

Ce n’est pas parce que l’on est chef d’entreprise, avocat, comptable, ou grand spécialiste des maladies auto-immunes que l’on est apte à juger et proposer des textes pour la gestion de la France et des relations internationales !

Être formé par l’entreprise n’est pas une garantie (cf. D.Trump!!!) ; contrairement à elle, l’État doit s’occuper de tous les citoyens : du plus jeune au plus vieux, du bien portant au malade, du riche au très pauvre sans abri, du salarié et du chômeur… , les hommes ne sont pas des machines exploitables et corvéables à merci. Il ne peut pas licencier, délocaliser pour faire des bénéfices. L’entreprise ne vit pas la «vraie vie» ; elle n’en est qu’un aspect, elle n’est pas du tout ouverte à la collégialité d’un groupe.

L’introduction de la société civile, ensemble très flou qu’il faudrait définir, présente des avantages en introduisant de la diversité mais des inconvénients qui éclatent au grand jour, car même si on peut lui reconnaître : «dynamisme, capacité d’innovation, esprit d’équipe, communication, humanisme (chez certains seulement !)» D.Sango, l’aptitude à maîtriser un ensemble complexe pluridisciplinaire, après avoir pratiqué une spécialisation, semble peu fiable. Ce qui caractérise la société civile c’est l’inexpérience politique !

Si les profiteurs de l’argent du peuple sont à éliminer, l’absence d’expérience et de qualification (professionnalisme) pour diriger un État est aussi à craindre pour le porte-monnaie (et la liberté) !

D’autre part, la multiplicité des intérêts privés dans les deux chambres va rendre compliquée, voire hachée, l’application de la loi préconisée par Bayrou : «les parlementaires risquant un conflit d’intérêt devront s’exclure du vote». Il n’en est plus question actuellement !!!!

Le résultat prévisible est là, les nouveaux venus, insuffisamment formés au fonctionnement et à la gestion complexe d’un État, provoquent un certain malaise à l’Assemblée et dans l’opinion, d’où les craintes qui se manifestent car ils pourront, et c’est un moindre mal, faire un choix émotif, non raisonnable, peut-être intéressé, ou, et c’est plus grave, seront «conseillés», pour leurs votes, par l’encadrement militant du Politique dont ils dépendent, des pions au service d’une politique ; cette obéissance étroite à un «chef» qui les a adoubés est la voie ouverte à la désillusion, la fronde, et, au pire, au totalitarisme.

rien de nouveau en somme, encore pire peut-être !

Sur le long terme, une très petite partie de la solution, mais non négligeable, est dans l’élévation du niveau des connaissances politiques générales de l’ensemble de la population ; il est dans la réalisation dans tous les établissements d’enseignement de France et de Navarre (et les médias) de cours de formation politique d’un point de vue historique, conceptuel, géographique, sociologique…Préparer donc les citoyens, à acquérir une «suffisance»indispensable et une liberté intellectuelle, afin de voter pour les représentants proposant les orientations les plus conformes à leur vision de l’avenir.

On fait bien des cours sur les différentes religions, nous n’en sommes pas loin !

Sur le court terme, mettons en place les dispositions nouvelles prévues par la loi et une structure efficace de contrôle capable d’être répressive.

Ces conditions étant remplies, la spécialisation fonctionnelle, avec la complexité engendrée par le progrès, s’impose de plus en plus ; un fait semblable s’est produit au niveau de la Défense Nationale. L’armée a, pendant longtemps, été formée par des contingents issus de tous les citoyens, donc de la société civile, encadrés par des professionnels ; l’expérience a montré que cela devenait très coûteux, dangereux et inefficace.

La guerre ne peut plus être faite par des sans-culottes ; la guerre économique mondiale non plus !

La manipulation des drones, des avions, des blindés…, les cyberattaques actuelles ont nécessité le passage à une armée de métier.

Georges Vallet

crédit photos:QQcitations.com

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