Bearnais, naz de guit! (Béarnais, nez de c…nard)


Quand j’en avais marre de lécher les vitrines avec ma mère (mon père était au Vietnam) et qu’elle rentrait à la maison sans un sac siglé sous le bras, je crois qu’on s’était mis d’accord  sur un point essentiel pour l’heure du coucher : sur le Teppaz elle mettait « dirty old town » des Pogues, qu’elle accompagnait de sa voix rauque de grande fumeuse. Ses dernières cigarettes ont cessé de fumer à l’approche de son centenaire, les scientifiques étudient le problème quant à cette longévité sans tumeur apparente. Peut-être, qu’en tant que fils unique, elle vivait heureuse de m’avoir. Mon père est mort là-bas, dans une des dernières guerres coloniales, avec l’Algérie au début des années soixante.

Nous avons quitté Paris, où nous logions dans un étroit deux pièces (avec les WC au fond du couloir) pour Pontacq, où ma mère avait de la famille. Il y avait un peu de travail pour les femmes, ménages et industries de la chaussure. Ma mère a choisi ménages. Au début, me concernant (j’avais dix ans), j’eus droit de la part des petits béarnais à des « parigot tête de veau », des humiliations assez courantes dans les écoles, mais jamais comme celles dont j’ai été témoin, plus tard au collège de Pontacq (ou était-ce encore l’école primaire?), qui étaient de la barbarie pure à l’encontre de gamins défavorisés : un groupe de gosses attachaient les gamins d’une famille défavorisée dans les latrines proches de la tour médiévale, les déshabillaient et je ne sais quelles souffrances ils leur faisaient subir. J’ai sans doute fait là l’apprentissage de ma lâcheté. De ma faiblesse physique. De cette « retirada » dont je suis aujourd’hui encore porteur. C’est sans importance.

Ces gosses bannis puaient, sentaient mauvais. Leur sœur aînée était dans ma classe, mais ces trois ou quatre enfants étaient relégués au fond de la pièce. Dans mon souvenir leurs yeux étaient d’un bleu magnifique, ils portaient un nom local, très béarnais, et dans la beauté de leur misère on respirait l’arrogante splendeur des « gitans » qui attendaient les camions, les bennes, les remorques dans l’espace miraculeux (pour eux) des décharges publiques paloises. J’ai connu les deux. Celle de Total, la plus ancienne, et celle de Lescar, reconvertie depuis en espace naturel.(*)

Quand j’en avais marre de raconter ma vie j’inventais des mensonges mais ma mère ne les croyait pas, elle me certifiait que le chanteur des Pogues n’était que l’image subliminale de notre François Bayrou, et que celui-ci avait mis de fausses dents pour troubler dans ses interventions médiatiques le spectateur-auditeur : ainsi, il ne s’agissait plus d’écouter « dirty old town », mais bien « holly young town… » (ah ! Annie, so help me!). Pour avancer dans le mensonge il faut être capable de détourner la vérité. Certains s’assoient dessus, d’autres l’avalent (mais on les reconnaît plus facilement). D’autres enfin n’en ont aucun : ni mensonge, ni vérité. Et autant de vertus que de lucre, autant d’ambitions que de dettes, mais, pardon, je ne pensais pas que j’irais aussi loin : « jamais un coup de dés n’abolira le hasard » (Mallarmé)

Jamais un coup de pied au cul ne rendra transparent les comptes concernant environ 250000 habitants, avec l ‘agglo. Regarder les vitrines, les images en 3D, et ma mère, avec son porte- monnaie désuet, qui sort ses piécettes, quand Peyo risque de se faire arnaquer, que du bonheur, après tant d’années d’absence !

(*) et les zones industrielles de Lacq, pensez-vous qu’elles soient plus « saines que nos décharges paloises?)

AK Pô
20 09 2017
Ptcq

Comments

  1. SAGNIMORTE Annie says:

    Merci pour Kid Créole..Dommage mon papa me manque..
    Sympathique et authentique tranche de vie.Justement quand je suis arrivée de Clermont-Ferrand à Pau,a long time ago, on se fichait de moi quand je disais « papa »avec l accent de pays d Oil presque « popo »…

  2. Montbulaà says:

    Nas de guit et non pas Nas de gat (lo gat/lou gat est le chat). La câne : guita.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :