Catalogne – Une histoire de prénoms : Les indépendantistes ne seraient-ils finalement qu’un clan raciste ?


Dans notre région, les espagnols, on les connait bien. Le 20è siècle les a vu arriver, chez nous, en grand nombre à deux occasions : une première fois, quand il a fallu remplacer, par des ouvriers agricoles aragonais, navarrais, basques etc., les centaines de milliers d’agriculteurs et de bergers enrôlés, bon-gré mal-gré, pour aller mourir sur les fronts de la première guerre mondiale. La deuxième fois, ce fut lors de la « retirada » de 1939 (la retraite marquant la fin de la guerre civile).

Deux arrivées massives d’immigrés qui font que certaines communes de notre région disent avoir une population d’origine espagnole majoritaire – cas d’Oloron par exemple – .
Ces espagnols, ils avaient et ont pour prénoms* : Mariá, Dolores, Soraya, Luis, Fatima, Íñigo, Cristóbal, Isabel, Rafael, Alfonso, Juan, Ignacio, Álvaro ou exceptionnellement Dolors (prénom catalan) mais aussi Pedro, José etc.

La Catalogne, elle aussi a vu des immigrés arriver en très grand nombre du sud de l’Espagne et particulièrement de l’Andalousie. La guerre civile terminée, beaucoup de catalans de souche ont fui vers la France et l’Amérique du sud. Naturellement les espagnols du sud sont venus les remplacer. Au sud, ils « crevaient » de faim. Franco ne les a pas freiné. Au contraire, c’était pour le Généralissime une façon de régler ses comptes avec les anarchistes et républicains catalans qui s’étaient opposés fermement à sa « croisade libératrice ».

Par dizaine de milliers, ces espagnols du sud se sont implantés autour des villes industrieuses, et notamment sur les collines surmontant Barcelone. Ils y vivaient très pauvrement dans des taudis mais, petit à petit, ont fait souche au point de représenter une partie non négligeable de la population de la Catalogne espagnole. Sans eux, le développement industriel de la Catalogne n’aurait pas été ce qu’il a été. Tous ont pour prénoms : Mariá, Dolores, Soraya, Luis, Fatima, Íñigo, Cristóbal, Isabel, Rafael, Alfonso, Juan, Ignacio, Álvaro.

Là où le bât blesse dans cette histoire de prénoms, c’est quand on se penche sur ceux des membres du Govern (Gouvernement) de Carlos Puigdemont : Carles, Jordi, Oriol, Raül, Josep, Clara, Meritxell, Antoni, Dolors, Joaquim, Lluís, Santi. Pas un prénom « espagnol » ! Les immigrés de l’intérieur, pour Carlos Puigdemont, ne font pas partie de son projet. Son slogan pourrait être tout simplement : La Catalogne aux Catalans (de souche, bien entendu). Replis sur soi et recul en arrière gigantesque à l’heure de l’Europe.

On comprend aussi pourquoi la dite « majorité » silencieuse ne s’est pas exprimée pendant de longs mois. Pour beaucoup, deuxième ou troisième génération d’immigrés de l’intérieur, il était tout simplement impossible de s’exprimer face aux catalans de souche, arrogants, fiers et sûrs de leur fait. Depuis peu, c’est par centaines de milliers qu’ils descendent dans les rues de Barcelone. Les « silencieux » osent et montent en puissance. Jusqu’où cela ira t’il ?

En attendant, les élections du 21 décembre, prévue par le gouvernement central, sont assurément une bonne façon de laisser la démocratie s’exprimer et… possiblement renvoyer les indépendantistes à leur projet trop « nombriliste ».

Bernard BOUTIN

PS : * Incidemment les prénoms espagnols repris sont ceux du gouvernement Rajoy

Comments

  1. Michel LACANETTE. says:

    Avec cette affaire l’ Europe qui a voulu rester en dehors s’ est tirée une balle dans le pied.
    En n’ intervenant pas elle a ouvert grand la porte aux extrémismes et aux nationalismes de tous poils.Pour preuve, voir ceci se passe actuellement avec la revendication de
    l’ Autriche sur le Tyrol, puis suivront la Corse et tant d’ autres.
    L’ erreur est d’ avoir laisser faire des élections, camp contre camp, sans chercher à solutionner le problème en amont. Il y aurait dû y avoir des négociations et seulement après un référendum et non pas des élections.
    Dans ce cas l’ Europe aurait dû passer au-dessus de sa mission normale et jouer le rôle de personne morale responsable du bon fonctionnement de la démocratie.
    Si elle ne voulait pas jouer ce rôle directement, elle aurait dû créer des conditions favorables pour que d’ autres puissent le jouer, mais surtout pas ce détourner piteusement de cette affaire, qui va polluer la vie européenne pendant des années avec toutes les conséquences que cela comporte.

    • un Passant says:

      certainement pas l’Europe qui n’en a ni la légitimité ni les compétences juridiques. Qui, d’ailleurs, en Europe. Car « l’Europe », l’UE je suppose ? ça ne veut pas dire grand chose. La commission ? le Parlement ? Le Conseil ? Le Conseil de l’Europe ?

      Peu importe : le résultat des élections d’aujourd’hui, quel qu’il soit, ne laisse rien présager de bon, le papier de Joffrin avec lequel je n’ai aucune affinité, cité hier brosse un tableau, hélas, réaliste.

      • Je n’ai pas vérifié mais il semble qu’il s’agisse (Autriche, Allemagne, Irlande, UK, etc) d’élections à un tour (Catalogne itou ce jeudi). Je peux volontiers me tromper. En gros, si les populistes obtiennent 30% ils ont droit, comme les autres, à la proportion de leur résultat. Il existe quelques variantes, trop complexes pour moi, de double bulletin (à vrai dire, ça ne m’intéresse pas plus que ça),Chaque pays a son mode de scrutin, au sein de l’Europe. Comment obtenir une unité dans ce contexte?
        L’Extrême Droite y touche l’excellence, d’autant que les partis traditionnels explosent par incapacité à unir les forces vives de la Nation.
        C’est mon point de vue. (mais ma lorgnette est peut-être piratée)

  2. Edito de Laurent Joffrin du jour :

    *La lettre politique
    de Laurent Joffrin
    La bataille d’Espagne
    L’obsession de l’identité qui mine l’Europe a trouvé une nouvelle illustration en Catalogne. Le mur du son de l’intolérance et du sectarisme a été largement franchi pendant la campagne qui s’achève. L’argumentation rationnelle a pratiquement disparu du discours public, désormais tissé principalement d’insultes sonores. Les «espagnolistes» tiennent les indépendantistes pour de dangereux hors-la-loi qui ne méritent que la prison; lesquels voient dans leurs adversaires des fascistes purs et simples.

    Tel le soleil sur le crâne de Don Quichotte, le nationalisme rend fou: ainsi ces habitants de Catalogne qui vivaient pacifiquement ensemble depuis des décennies tiennent désormais un langage de guerre civile. La violence n’est pas loin et on redoute les conséquences du scrutin, quel qu’en soit le résultat. Les uns se sont assis sur la loi pour développer leur projet séparatiste; les autres l’ont utilisée avec une rigueur brutale pour réprimer les indépendantistes. En les transformant en martyrs, ils leur ont donné leur meilleur argument électoral. Double irresponsabilité…

    D’incertains sondages placent légèrement en tête la candidate de Ciudadanos, anti-indépendantiste énergique et féministe. Mais en tout état de cause, le ou la gagnante devra encore trouver des alliés pour gouverner, tâche si malaisée qu’un socialiste placé en quatrième position dans les enquêtes d’opinion se prête à rêver d’une opération Borgen, du nom de cette série danoise qui met en scène la cheffe de file d’un petit parti qui arrive au pouvoir en profitant de la désunion des grands.

    La défaite des indépendantistes mettrait sans doute un coup d’arrêt à la crise mais ne désarmera en rien leur virulence; leur victoire ouvrirait une nouvelle période d’affrontement avec Madrid. L’Union européenne regarde avec anxiété cette élection de la haine; pour l’instant, elle soutient le gouvernement central au nom de la légalité. Mais si rien ne s’apaise, elle aura le devoir de s’interposer, sauf à courir le risque de voir l’un de ses membres s’enfoncer dans une bataille folle où tous perdront, à commencer par elle-même.*

    • Michel LACANETTE. says:

      Malheureusement, la situation que j’ ai décrite précédemment le 30 Octobre, se confirme à grands pas.
      La solution à la Pyrus sera peut être (?) la bonne, à moins qu’ on efface tout et que chacun reparte chez lui sur la pointe des pieds pour pas casser les oeufs devant
      l’ ampleur du désastre qui se prépare ….

       » Comme déjà écrit, cela ne sera qu’ une tartufferie théâtrale d’ un coté comme de l’ autre.
      Avec pour résultat une Espagne parterre, qui mettra sûrement des années pour s’ en remettre, avec le risque d’ entraîner d’ autres pays dans sa chute. La fuite de Puigdemont justifiée ou pas, ne résoudra rien, pas plus que des élections, car d’ un coté comme de
      l’ autre les rancoeurs sont maintenant trop fortes. Seule la négociation entre Espagnols et Catalans aurait pu être une solution, car n’ oublions pas que le problème reste entier, avec maintenant des extrémistes face à face. Au mieux, on s’ en tirera avec une victoire à la Pyrus, au pire avec une révolution larvée, bien plus désastreuse qu’ une vraie. »

  3. Lecteur catalan says:

    Ce n’est pas le cas. Je suis catalan avec famille d’origine andalouse et castillan, et mon nom est catalan. Pourquoi les Catalans ne peuvent pas revendiquer leur identité nationale? Pourquoi les Béarnais ne peuvent-ils pas revendiquer leur gasconnité ou occitanité? Les états sont-ils intouchables?

    • Il me semble que personne n’empêche les catalans espagnols de revendiquer leur identité, même si quelques indépendantistes essayent de faire croire le contraire.

      • un Passant says:

        ils ne s’en privent d’ailleurs pas. J’aimerais être une petite souris pour voir le contenu de certains cours à l’école…

  4. Emmanuel Pène says:

    Donner des prénoms de sa région n’a rien à voir avec le racisme il me semble… Ces personnes au gouvernement ont été élues; elles ont donc une légitimité. Bernard, souhaites-tu mettre en place des quotas pour que toutes les minorités soient représentées ?

  5. Le 8 octobre, dans un commentaire sur le précédent article de M. Boutin sur la Catalogne, j’avais fait le rapprochement entre les mouvements indépendantistes flamands et catalans.

    La récente fuite de M. Puigdemont et de sa garde rapprochée vers la Belgique et la proposition d’asile faite par Theo Francken, membre du gouvernement belge, donne corps à cette proximité politique et idéologique.

    Quiconque s’intéresse à la question belge sait à quel point les partis nationalistes flamands, dont le N-VA, parti de M. Francken, se nourrissent de populisme, de racisme et de xénophobie pour faire avancer leur cause et chercher à obtenir l’indépendance.

    • un passant says:

      J’étais précisément en train de chercher dans la presse, sur internet, où était passé le Puigdement. A 10h30 personne n’est encore capable de le dire. Il serait à Bruxelles, mais toujours au conditionnel et avec un point d’interrogation. A l’heure de l’info immédiate, c’est fou !
      La vacuité idéologique de ce médiocre l’a fait se tromper de siècle dirait-on.

    • Son amitié avec le N-VA flamand, ses surprenants propos anti-européens d’hier, ses outrances de plus nombreuses (accuser Rajoy d’avoir planifié une vague de violences (où ça ??), ou d’avoir mené un coup d’état alors qu’il n’a fait que faire respecter la loi espagnole), montre de plus en plus clairement que Puigdemont n’est rien d’autre qu’un populiste qui joue avec le feu.

  6. Michel LACANETTE. says:

    Comme déjà écrit, cela ne sera qu’ une tartufferie théâtrale d’ un coté comme de l’ autre.
    Avec pour résultat une Espagne parterre, qui mettra sûrement des années pour s’ en remettre, avec le risque d’ entraîner d’ autres pays dans sa chute. La fuite de Puigdemont justifiée ou pas, ne résoudra rien, pas plus que des élections, car d’ un coté comme de
    l’ autre les rancoeurs sont maintenant trop fortes. Seule la négociation entre Espagnols et Catalans aurait pu être une solution, car n’ oublions pas que le problème reste entier, avec maintenant des extrémistes face à face. Au mieux, on s’ en tirera avec une victoire à la Pyrus, au pire avec une révolution larvée, bien plus désastreuse qu’ une vraie.

  7. Il est en effet temps que les non-indépendantistes se fassent entendre, alors que les indépendantistes n’étaient pas majoritaires aux élections (ils ont obtenu la majorité des sièges mais pas la majorité des voix), face un pouvoir local qui a pratiqué un véritable coup de force pour imposer l’indépendance. Et de leur mobilisation va dépendre la capacité de Madrid à reprendre le contrôle de la situation.

  8. Personnellement je ne comprends pas où veut aller cet article. Les Erwan, Nolwenn sont très présents en Bretagne et les Xabi les Beñat les Imanol au pays Basque, Où est le problème ? De là à en déduire que cela relève d’un « clan raciste catalan », vraiment ! 70 ans ont passé depuis la guerre civile, soit plusieurs générations qui ont prénommé leurs enfants comme ils l’entendaient, et l’entendent aujourd’hui encore. Regardez le nombre de Kevin, Steve, Elvis, Cassidy…On attend les Cheese, les Burger, pour les Donald et les Mickey on est déjà servis
    http://www.aufeminin.com/world/maternite/prenoms/prenomresult__origine=4.html

    Je vous invite à re-écouter cet entretien, dont j’avais mis le lien sur votre précédent article :
    un entretien très intéressant (qui date du 5/10/2013) diffusé ce matin sur France Culture, émission « concordance des temps » :
    https://www.franceculture.fr/emissions/concordance-des-temps/la-catalogne-toujours-dissidente-jusquou-0

    • Ce qui est relevé c’est l’homogénéité catalane des prénoms dans le gouvernement indépendantiste, dans une région où il y a pourtant une population d’origine non-catalane significative. Je viens de regarder la composition du gouvernement basque, et on ne retrouve pas ce phénomène, les prénoms d’origine castillane y côtoyant les prénoms basques. Je n’irais pas jusqu’à en tirer des conclusions aussi radicales que BB, mais c’est à relever.

      • Un passant says:

        1
        Attention dans ce genre de propos de ne pas commettre d’erreurs qui viendraient corrompre la pertinence de votre propos : « ce fut lors de la « retirada » de 1937 (la retraite marquant la fin de la guerre civile) ». La fin de la guerre civile, c’est le printemps 39, pas 37. Et le gros de la Retirada, c’est la dernière année. même si l’on trouve évidemment une forte émigration dès 36

        • Erreur de ma part. Je corrige. Merci pour l’observation.

          • et pour faire « amende honorable », une plaque que j’ai photographié au col de Lli, situé sur la frontière franco-espagnole dans les Pyrénées Orientales, au dessus de Las Illas. C’est le 5 février 1939 qu’ensemble, à pied, les autorités suivantes, fuyant les troupes franquistes, ont franchis la frontière :
            – Antonio de Aguirre y Lecube, président du Gouvernement basque
            – Manuel Azana Diaz, président de la République espagnole
            – Lluis Companys i Jover, président du Gouvernement catalan
            – Juan Negrin Lopez, premier ministre du Gouvernement espagnol
            Pour plus de détails : voir mon CR ICI

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