Pau : quel avenir pour le marché bio du Foirail ?


Le marché bio du Foirail existe depuis plus de 30 ans, mais pourrait bien disparaître à très court terme. La fréquentation n’est pas en cause, l’offre des étaliers non plus, il se trouve tout simplement que rien n’a été prévu pour lui dans le projet de restructuration du quartier du Foirail.

Ce marché qui se tient deux fois par semaine les mercredi et samedi matin, est géré par une association (l’Association du Marché Bio), à laquelle la mairie concédait jusqu’à aujourd’hui l’utilisation du bâtiment du Foirail. Il accueille des producteurs (essentiellement des maraîchers), des transformateurs (boulangers, fromagers…), et des revendeurs (primeurs, …). L’association veille à maintenir un équilibre entre ces différents type d’étals afin que l’offre soit diversifiée, mais sans par exemple que les revendeurs ne concurrencent trop les producteurs locaux.

Dans le projet de restructuration du Foirail, le bâtiment occupé par le marché doit être transformé en complexe culturel accueillant le cinéma le Méliès ainsi qu’une salle de spectacles polyvalente. En 2014, François Bayrou avait dans un premier temps certifié que le marché bio resterait sur place, mais très rapidement il est apparu que rien n’était acquis et que « toutes les options étaient ouvertes » (voir les scans d’articles de l’époque dans le document joint). S’en est suivie une période de concertations, de propositions de part et d’autre, mais sans jamais déboucher sur rien de concret.

A un moment, la mairie avait proposé une installation extérieure sur le pourtour du bâtiment, de type « marché à la parisienne » avec des auvents mobiles et pliables. Loin d’être idéale par rapport à un bâtiment couvert comme actuellement, mais au moins le marché était maintenu. Puis la mairie n’en a plus du tout parlé : aujourd’hui la proposition n’en est plus une, et il n’y a en réalité plus aucune proposition pour rester sur place. L’association s’est par ailleurs rendu compte que le concours d’architectes pour le projet du Foirail ne mentionnait nulle part l’intégration d’un marché quelconque : signe que la mairie n’avait dès le départ aucune intention de le maintenir ? C’est un pas que l’on peut être tenté de franchir !

A défaut d’un maintien sur place, la seule solution concrète proposée actuellement par la mairie est que les étaliers intègrent les halles rénovées, ce qui revient en fait à faire éclater le marché bio tel qu’il existe aujourd’hui :

  • dans les halles, c’est la mairie qui gère en direct les étaliers, donc la structure associative actuelle n’aurait plus sa place
  • les étaliers seraient eux mêmes éclatés entre d’un côté le carreau des producteurs, et de l’autre les transformateurs/revendeurs invités à prendre un étal fixe. Ces derniers sont des commerçants ambulants qui vont de marché en marché dans la semaine, et ne sont pas intéressés par un étal fixe qui doit être ouvert tous les jours. Ils sont donc en réalité « invités » à aller voir ailleurs si François Bayrou y est.

Il y a bien quelques propositions alternatives, comme l’utilisation du site de la prison (toute proche) quand elle déménagera, mais le moins que l’on puisse dire c’est qu’elles sont plus que vagues, y compris au niveau des échéances.

On peut comprendre la logique de la mairie, qui est en train d’investir une grosse somme sur les halles et qui estime sans doute que c’est LE lieu naturel pour accueillir toutes les activités de marché, sans avoir à financer un autre lieu en plus. C’est néanmoins ignorer les spécificités du marché bio du Foirail, devenu au fil des années un lieu de vie, de rencontres, porté par des gens engagés depuis longtemps dans l’agriculture biologique. Beaucoup d’acteurs de ce marché ne souhaitent pas se fondre dans les halles.

Il faut aussi noter que les relations entre la mairie et l’association ne sont pas toujours simples, par exemple quand la mairie impose la présence de certains étaliers contre l’avis de l’association. C’est compliqué, car l’association défend une certaine conception de « son » marché, mais c’est la mairie qui héberge et qui estime avoir son mot à dire. Il peut donc y avoir la tentation de mettre fin à ce fonctionnement associatif en le diluant dans les halles.

Quoi qu’il en soit, le projet du Foirail a été annoncé pour 2020, ce qui veut dire que les travaux pourraient commencer en 2018, et donc que le marché bio pourrait disparaître dans quelques mois si les choses en restaient là. L’association tente de réagir dans une pétition adressée à François Bayrou pour que la mairie revoie sa copie avant qu’il soit trop tard et respecte ainsi ses promesses antérieures. Vous pouvez aller la signer sur place les jours de marché, ou bien imprimer le document joint et le faire signer autour de vous (*).

PierU

Documents joints :

Articles de presse en 2014
Réunion M Brin 2017
Lettre à François Bayrou
Pétition

(*) et ensuite l’amener sur place ou bien l’envoyer à l’association, en demandant leur adresse postale par l’intermédiaire de leur site : http://marche-bio-pau.fr/plan/ 

PS : je n’en parle pas ici, mais en plus du marché bio sont concernés les brocanteurs qui occupent le même bâtiment, ainsi que les forains qui s’installent autour du bâtiment les jours de marché. Aux dernières nouvelles, les brocanteurs avaient accepté la proposition de relocalisation sur le site de l’ancienne caserne des pompiers. Concernant les forains, il est probable qu’on leur ait juste suggéré d’aller voir ailleurs…

Comments

  1. De nombreuses associations utilisent des équipements publics (associations sportives notamment, mais pas que), et je ne pense pas que toutes aient une DSP.

    Comme dit dans l’article, seuls les producteurs trouveraient leur place aux halles, sur le carreau, pas les transformateurs/revendeurs. Et dire à ces derniers de s’intégrer à d’autres marchés du coin c’est bancal : ces marchés bio fonctionnent sur le principe d’une offre cohérente, on y va pour ça.

    • un Passant says:

      Ok pour les assos sportives sans DSP, mais pour leur propre compte, PierU, pas pour une activité professionnelle à but lucratif. Car c’est bien de cela qu’il s’agit non ?
      Et oui, on y va pour ça. Et on continuera… aux halles. Car ce n’est pas le « marché bio » qui nous intéresse, non ? c’est bien le commerce et le produit, quel que soit l’emplacement.

      • Les halles n’ont pas une offre variée en produits bios, et n’en auront pas plus demain même si certains des maraîchers du marché bio acceptaient d’y aller (car je me répète, mais seuls les producteurs pourraient aller aux halles). Si ce marché existe depuis si longtemps alors que les halles sont à côté, c’est bien qu’il a une spécificité et que les clientèles ne sont pas tout à fait les mêmes.

  2. Merci pour cet article très informatif.

    Il est difficile de démêler le vrai du faux quand on n’a pas accès à l’ensemble du dossier, mais il me semble que la pétition circulée par l’association mélange (à dessein?) deux questions à mon avis bien différentes: l’avenir du marché bio, d’une part, et l’avenir de l’association en elle-même, d’autre part.

    Ce qui doit véritablement nous importer est l’avenir du marché bio et des producteurs et revendeurs qui y prennent part. Je rejoins sur ce point « un passant ». Pourquoi ne pas accepter un rapprochement au sein des nouvelles halles, qui pourrait se révéler bénéfique pour tous les producteurs et revendeurs, bio ou non bio? L’association ne s’y oppose t-elle pas pour la raison principale qu’elle voudrait garder la mainmise sur « son » marché?

    En outre, en ce qui concerne les commerçants ambulants qui ne peuvent prendre un étal fixe, n’oublions pas qu’il y a d’autres marchés à Pau où ils peuvent trouver une place (Hameau, Saragosse, etc..).

    Soyons quelque peu rationnel: Pau se dote de nouvelles halles. Il semblerait normal que les usagers du marché du foirail, situé à quelques centaines de mètres, y déménagent, alors que, comme l’indique l’article, ce déménagement va permettre l’agrandissement bienvenu du Méliès et surtout la création d’une salle de spectacle polyvalente et moderne, dont le manque se fait cruellement sentir au centre-ville. Un projet qui marche sur ses deux jambes. Ainsi prend corps la transformation et la redynamisation de Pau

  3. Un passant says:

    Un rapprochement avec les halles et les autres commerces ne serait-il pas bénéfique pour eux ? Surtout des halles rénovées, aux normes et aux aménagements modernes ?
    Quant à la gestion de l’occupation du domaine public par une association, sauf à ce qu’elle ait une délégation de service public, ça me semble incongru.

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