les facéties du samedi : aujourd’hui MAP versus AMAP


Il faut admettre que l’enquête fut difficile à diligenter, tant les deux parties utilisaient des moyens similaires pour sévir l’une contre l’autre, dans la plus parfaite nébulosité. En effet, nous nous trouvâmes face à deux organisations dont les acronymes ne disaient, de prime abord, rien à personne. D’un côté, MAP sévissait au nord de la ville, quand AMAP, également très présent au nord, avait des ramifications dans tous les villages périphériques.

Notre but était donc de trouver qui étaient les responsables de ce conflit d’intérêt (par ailleurs totalement inintéressant) en déchiffrant le sigle informatique derrière lequel les responsables se planquaient.

Cette guerre de gangues se déroulait quotidiennement et consistait en des débats véhéments sur un site dédié, véritable champ de bataille n’ayant pour but ultime que l’abandon de l’adversaire à participer activement aux échanges, afin de l’annihiler et de conserver un entre-soi, voire un auto-soi, dans lequel aucun intrus ne viendrait s’incruster. Une façon de générer un pouvoir absolu et élitiste, mais sans élégance.

La méthode choisie pour résoudre cette affaire consista à opérer une analyse graphologique des messages échangés par les deux camps. Mais il faut reconnaître la difficulté qu’offrent les innombrables polices contenues dans les ordinateurs dont, d’autre part, les claviers ne possèdent pas de touches spéciales spécifiques (sauf peut-être dans les pays orientaux) permettant, a priori, de détecter l’identification des lettres, leur provenance, en fonction du numéro de série gravé à l’arrière du computer. Il faut admettre que la manœuvre était aussi compliquée que d’identifier l’auteur d’une lettre anonyme composée de coupures de journaux photoshopés. Cependant, il se révéla très vite que les messages des MAP étaient rédigés avec la police « TREBUCHET », et ceux des AMAP avec la police « TAHOMA», ce qui constituait une maigre piste, toutefois intéressante. En effet, dans notre secteur géographique, la police « ASVP » est d’un usage quasi généralisé.

Deux agents assermentés furent désignés pour mener les investigations sur deux points précis : localiser avec exactitude les bureaux des deux ennemis et recueillir des empreintes digitales sur les claviers afin de confondre les auteurs des messages cybernautiques incriminés. Le premier, Deux-Points-Zéro (2.0) fut lâché à proximité d’une zone industrielle en chantier, dite ZAC du Groscul, le second, Point-Virgule (.,) aux environs d’une ferme dite la Couillette du Pagrognon. Il va sans dire que nos deux agents étaient de jeunes chats, ce qui facilitait leur mission d’entrer dans les locaux sans se faire repérer, pourvu qu’ils fussent aimablement récupérés par les employés ou que les fenêtres soient ouvertes.

Une semaine fut nécessaire pour que leur mission soit remplie. A vrai dire, une semaine alt-pyrénéenne. Nos agents lancés sur l’affaire ne trouvèrent aucune trace de doigts, de ketchup ou de fonds de gamelles sur les écrans et les claviers, mais des empreintes très suspectes liées aux lieux supposés des délits leur fit rapporter des éléments que les adversaires ignoraient et qui les confondaient malgré eux. Il s’agissait des souris sans fil, usées et fatiguées, les unes par des grossesses inutiles les autres par des excès de virilité aussi cruels que condamnables. Il ne fallait pas chercher très loin ce qui se présentait : d’un côté une souris grise, de l’autre une souris blanche. Les petits mammifères furent mis en cellule et des analyses génétiques menées dans un laboratoire de la place Royale, haut lieu de la Science locale.

Nos deux souris, confinées dans cet espace clos, apprirent à faire connaissance et s’interrogèrent sur la marche du monde et le prix exponentiel du fromage de brebis. Elles supputèrent même d’avoir été plongées dans un trou à rats pour les empêcher de s’exprimer, l’une en volapük, l’autre en verlan. De fait, elles s’accordèrent à un nouveau jeu mêlant abréviations, sigles et acronymes. Elles y passèrent tout leur savoir et en inventèrent de nouveaux, tout en conservant, tel l’Oulipo, seules une voyelle et deux consonnes. Mais ces trois lettres, simples, offraient des myriades d’espaces et de dérivations (MAP, AMAP, PAM, MAMA, PAPA, puis MAPPY, PAPY,  IMAM, etc ) qu’elles finirent par ne plus rien se dire.

Le temps passa et finalement le procès libéra les belligérants. Sur le parvis du tribunal, cependant, attendant le verdict, Deux Points Zéro et Point Virgule prenaient le soleil.

Je vous laisse deviner comment se termina cette affaire.

AK Pô
24 11 2017
Ptcq

Toute l’équipe les remercie :

Comments

  1. Annie sagnimorte says:

    les » facéties du samedi »: c’est joliment tourné en historiette/enquête ! et il y a de l’humour (certains en manquent gravement ,ça compense ..).

    • un Passant says:

      toujours beaucoup d’humour, Karouge. J’ai connu ailleurs un dénommé AK Pô, qui n’écrivait pas mal non plus et nous régalait souvent.
      Mais c’était un autre temps.
      (je suis ravi que cet « auto-soi » ait ainsi fait florès)

      • un Passant says:

        ah ben non, zut, suij k… C’est signé AK Pô, justement… Je le vois après 😀
        Que de sottises dij ce we

        • Je ne vous le fais pas dire, mais le fait est qu’AK Pô sous Alternatives Paloises est devenu Karouge sous l’éclairage d’Alternatives Pyrénées (ce que je n’ai en rien décidé, mais c’est un détail). Je retiens de Karouge un côté plus crispant et agressif qu’AK Pô, exotique à souhait. Pour l’humour et la convivialité, je crains fort leur disparition. Je suis journellement harcelé par des organismes de Pompes Funèbres, qui ne me proposent même pas de mourir à crédit. Céline, mon épouse, me réconforte chaque soir : « Chou, attends le bout de la nuit, pour voyager. Les cimetières sont pleins de morts ; seuls les chrysanthèmes ont la vie dure, ici »
          Me dire ça, Céline,(ma Louise Fernandelle) moi qui suis plein de vie, tu veux donc ma mort ?
          (près du grand lit où j’étais allongé la rumeur augmenta. C’était l’heure de l’Angélus, -19h, les cloches de l’église-, quatre bougies d’honneur aux quatre coins du lit ) et les voix firent en choeur : « OUI ! »

          Un jour ici, l’autre là, l’humour et la poésie vont deçi-delà sur les chemins des ultimes libertés! Merci Henri…Sauguet :

          • un Passant says:

            Ah bien, les Forains. Quelle musique, quelle belle et intelligente écriture musicale ! Vous avez de belles et bonnes références. D’aucuns diraient « le génie français ». Je l’ose malgré l’interprétation biaisée du temps.

        • Annie Sagnimorte says:

          je ne suis pas très futée mais j’avais fait le rapprochement entre Karouge et AK Po .
          Il me semble que l’ambiance se détend ,c’est mieux !
          Personnellement je préfère qu’on m’explique qu’une personne a subi des attaques au niveau professionnel plutôt que de me mettre en boite avec des » Félicie »,des » Ploum Ploum »+,trucs en anglais déconnectées de la conversation et autres facéties destinées à me rouler dans le smog ;je comprenais pas pourquoi j’étais bizutée mais bon c’est fini ,on passe l’éponge .merci ,Un Passant !je vais aller visionner Les Forains

  2. HenriIV W4 says:

    Je croyais STOP de votre part?
    Vous êtes trop nombreux à vouloir (ou VOULU) m ‘aider.
    Mais je ne désespère pas d’ en rencontrer 1 seul à ma hauteur.
    STOP!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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