Anesthésie générale


L’absence d’opposition est, en démocratie, un inconvénient majeur. Inconvénient pour les citoyens dont beaucoup ne sentent pas représentés. Inconvénient aussi pour les dirigeants qui n’ont plus les garde-fous indispensables à une saine gestion des affaires communes. Nous sommes dans cette situation au plan national où l’élection d’Emmanuel Macron a agi comme une sorte de souffle terrible causant la désintégration des partis classiques à droite comme à gauche ; les extrêmes n’ayant pas su capitaliser le vote protestataire. D’une certaine manière la stratégie du Président a tellement bien réussie qu’elle pourrait se retourner contre lui, car il faut bien que le mécontentement, naturel, toujours fatal, se manifeste et soit canalisé.

Il en est de même à Pau où l’équipe municipale déroule sous la houlette du maire son projet sans qu’aucune protestations ne se manifestent fortement. Elles sont ponctuelles comme celles des commerçants des Halles ou du marché biologique, mais mineures. On se la joue facile au sein du team Bayrou : jamais on n’entend de grogne sérieuse émise au sein du conseil municipal qui ait une répercussion forte dans la presse. Les choses étaient bien différentes du temps d’André Labarrère qui avait l’habitude de dire « qu’il avait la meilleure opposition possible ». Elle était en effet remuante, tout en restant courtoise.

Il y aurait de nombreux sujets pourtant à exploiter pour cette opposition qui en réalité ne fait pas son travail. La circulation par exemple : « c’est Verdun, la guerre de tranchées que traverser Pau du sud au nord » nous disent de nombreux palois. Des travaux colossaux sont engagés sans qu’on en sache véritablement les objectifs et provoquent des embouteillages disproportionnés, inadmissibles pour une cité d’une taille somme toute modeste.

On me dira : « Bordeaux a subi les mêmes désordres avant l’arrivée du tram ». C’est flatteur pour le maire de Pau comparé ainsi à l’ex-premier ministre mais en réalité les bordelais ont beaucoup souffert et il l’avait fait savoir en son temps. Pau n’est pas Bordeaux, ses objectifs et ses moyens ne sont pas les mêmes. « N’ayons pas la folie des grandeurs » diront les plus sages. Il y a d’autres sujets d’interrogations, des doutes sur des éléments du patrimoine palois, notamment. On pense, par exemple, aux haras de Gelos, écrin de verdure, qui devraient consacrer la vocation équestre de notre cité. Que deviendra le bâtiment ? Quel sera l’avenir du parc et celui des écuries ?

La politique culturelle d’une manière globale suscite des inquiétudes. Les associations qui ont pour objectif d’animer la ville de soutenir, d’aider les plus défavorisés mais aussi de créer ce fameux lien social ont vu pour beaucoup diminuer leurs subventions. Parfois dans des proportions très importantes. Elles ont dû réduire leurs moyens, baisser leurs objectifs. Il est bien compréhensible d’être comptable des deniers publics mais fait-on toujours les bons choix ?

Peut-être. Sans doute même… et l’objet de cette petite réflexion n’est pas de contester la politique menée. Il est plutôt de regretter le vide qui se manifeste dans la vie politique locale où aucune décision n’est réellement passée au tamis de la critique. Où est l’opposition ? Que fait-elle ? Elle semble anesthésiée. Pourtant elle serait nécessaire et ne personne ne s’offusquerait qu’elle se manifeste. Après tout c’est son rôle…

PV

À propos AltPy Rédacteurs

Le profil rédacteur commun, pour les rédacteurs n'ayant pas un profil wordpress enregistré.

Comments

  1. Le cornu says:

    le titre de cet article est-il aussi valable pour les taureaux que l’on mène aux arènes , PV ?

    • Super Noël says:

      La grande aiguille que le vétérinaire en paillettes lui plante dans le cou, c’est pas une anesthésie, justement ?

  2. Goldorak says:

    Le titre de l’article est fort bien trouvé !

  3. Michel LACANETTE. says:

    Il est plutôt de regretter le vide qui se manifeste dans la vie politique locale où aucune décision n’est réellement passée au tamis de la critique. Où est l’opposition ? Que fait-elle ? Elle semble anesthésiée. Pourtant elle serait nécessaire et ne personne ne s’offusquerait qu’elle se manifeste.

    A Pau comme ailleurs, les oppositions considèrent qu’ une fois le résultat des élections connu, leur travail est terminé, jusqu’ à la prochaine campagne électorale.
    Ils s’ empressent de laisser les électeurs désemparés face à une majorité souvent de type  » rouleau compresseur », mais élue par un faible taux de votants. Cela afin de protéger leurs derniers acquis, pour s’ assurer de pouvoir  » repartir » aux prochaines élections.
    Parler de l’ opposition politique est une chose, mais il faudrait également aborder le sujet de l’ opposition administrative, qui elle n’ existe même pas et n’ est pas prête d’ exister. Que font les citoyens quand une décision couperet est prise et que plus rien ne peut
    l’ arrêter, ne leur reste plus que la violence, comme malheureusement bien des cas nous l’ ont démontré dernièrement dans bien des domaines.
    Les pays du nord pratiquant le dialogue et le consensus, ont de bien meilleurs résultats de qualité de vie sociale. Il y a peut être là matière à réflexion.

Trackbacks

  1. […] L’article « Anesthésie Générale » pose un problème récurrent à Pau et au Béarn en général : l’absence de débat […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s