A Garlin dimanche avec Dorian


Les plus grands noms de la tauromachie mondiale sont passés par Garlin : la star française Sébastien Castella, El Fandi le meilleur banderillero du monde, le roi des cavaliers Pablo Hermoso de Mendoza, l’actuel numéro un mexicain Joselito Adame ou le phénomène péruvien Roca Rey ; pour n’en citer que quelques-uns. Ils remplissent désormais les arènes de l’ensemble de la planète taurine après avoir fait un passage dans les arènes de la cité des « Portes du Béarn ». Il y a là une logique, somme toute, puisque c’est à quelques kilomètres de Garlin, à Aydie, qu’est né le grand écrivain Joseph Peyré et c’est là qu’il repose. Cette grande plume béarnaise –trop oubliée, hélas !- a beaucoup écrit sur la tauromachie et obtint même le prix Goncourt pour son roman « Sang et lumière » en 1935 – premier volet d’une trilogie consacrée à la corrida dans les années trente. Garlin maintient la tradition grâce à une équipe de bénévoles passionnés qui, dimanche, proposera sa dix-septième journée taurine de printemps.

C’est toujours un événement que cette journée consacrée à la novillada – il y en aura une autre, cet été, pour les fêtes de la commune – car les organisateurs ont depuis longtemps fait le choix du haut de gamme aussi bien pour le bétail retenu que pour leurs combattants. Ainsi le nom de cette petite commune est-il devenu célèbre dans tous l’univers taurin…

Cette fois on célébrera le premier Béarnais qui n’ait jamais atteint ce niveau : Dorian Canton. Originaire d’Asson, le jeune homme a une tête bien faite, et, nous l’avons dit ici, une vocation inattendue, née loin des bases taurines dans un univers étranger à ces réalités si particulières. La passion, le rêve l’ont emporté : Dorian a su convaincre ses proches et d’abord sa famille d’adhérer à ses projets qui ont du paraître, dans un premier temps, exotique et risqués. Il n’est pas né dans le sérail et il ne l’a jamais eu facile ce qui augmente ses mérites.

Mais Dorian s’est accroché et sous la houlette de Richard Milian, cet élève précoce s’est forgé une technique solide et le respect du public dans ses premières apparitions. Comme il a le cœur bien accroché, il a été jugé apte à évoluer avec les picadors c’est-à-dire à mettre un pas dans la cour des grands. Dimanche ce sera en quelque sorte un jour historique puisque, pour la première fois à ce niveau, un torero béarnais se produira devant un public béarnais, dans une arène béarnaise.

Dorian a fait des débuts réussis dans la catégorie lundi dernier à Mugron en coupant deux oreilles. Mais à Garlin ce sera une autre chanson car il sera opposé à un des élevages les plus redoutés de la planète taurine : les Pedraza de Yeltes. La venue de cette devise est en soi un événement, elle a triomphé plusieurs fois dans le sud-ouest notamment mais aussi à Garlin l’an dernier ; elle est présente à Madrid au mois de mai pour une soirée phare du long cycle de la San Isidro. C’est un redoutable honneur pour notre jeune Béarnais d’être confronté à une si forte opposition. C’est beaucoup de responsabilité aussi. Dans une saison très ouverte, il a une carte à jouer et Garlin peut le propulser aux avant-postes de la catégorie : lui ouvrir la porte de l’Espagne et retenir l’attention des nombreux organisateurs qui ne manqueront pas ce rendez-vous.

Il défilera en compagnie d’Antonio Grande qui nous vient de Salamanque où il a coupé trois oreilles pour ses débuts en septembre dernier. Les Pedreza sont élevés dans ce pays salmantino un des plus taurins du monde et pour asseoir sa réputation sur ses terres il ne peut pas se permettre d’échouer. Le troisième homme sera désigné lors de la fiesta campera du matin (gratuite). La place se jouera entre Angel Jimenez originaire d’Ecija en Adalousie et le madrilène Rafaël Gonzalez. Le vote du public les départagera ; la formule déjà rodée permet ainsi aux aficionados d’avoir leur mot à dire dans la composition finale de l’affiche.

On l’a vu lundi à Mugron, Dorian suscite un engouement de la part de ses amis, camarades de classe ou voisins du village, élus aussi qui sont venus le soutenir dans sa première sortie. Beaucoup n’étaient que des néophytes et sans doute se sont-ils réjouis de voir leur ami ou protégé sortir en triomphe de ces arènes landaises. Peut-être aussi ont-ils vu la corrida sous un regard plus favorable. Ce n’est pas le moindre des mérites de l’arrivée de Dorian dans ce « circuit » : il apporte un sang neuf, un souffle d’air nouveau.

Dimanche, il sera sur ses terres et il doit confirmer les premières impressions positives qu’il a laissées. L’élan affectueux qui se manifeste autour de lui se confirmera-t-il ? Les Béarnais sauront ils par une présence nombreuse, soutenir l’enfant du pays ? Il le mérite pour ses qualités techniques mais surtout – c’est l’essentiel – pour la persévérance, le courage et la profonde modestie qu’il manifeste. Ainsi, incarnant ces qualités si spécifiques à notre région, il est déjà ce « torero de la tierra » que nous attendions.

Pierre Vidal

Photo : Paseo aux arènes de Garlin

Comments

  1. Hotoctone says:

    Et avec l’ours, on peut aussi essayer la corrida. une variante qui devrait faire plaisir aux locaux traditionalistes modernes.

  2. PierU says:

    Ah, vous remettez le couvert avec la danseuse béarnaise qui nous fait passer pour des arriérés ?

    Allez vas-y le taureau, vend chèrement ta peau, de toutes façons que tu gagnes ou perdes ton sort est réglé d’avance.

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