Grève des bénévoles


La rumeur se confirme, elle se vérifie même, les associations paloises voient toutes… enfin la plupart, des réductions drastiques de leurs subventions. Le « ministère » local de la culture serait particulièrement en pointe dans les annonces faites pour la plupart sans y mettre de pincettes qu’il juge inutiles. Il faut bien financer la politique de prestige tous azimuts engagée directement par le « boss » : bus-tram, musée, halles, venant après les travaux du Hameau, l’aménagement de l’accès au stade d’Eaux Vives, du Hédas. Bien sûr on en oublie… et pourquoi pas, demain, la reconstruction du Château puisque les travaux de Viollet-le-Duc ont été contestés… On pensait avoir élu Henri IV, le roi tolérant et sensible aux souhaits des modestes, c’est en fait Louis XIV qui nous dirige, le « Roi Soleil »… on sait comment cela s’est terminé…

C’est bien joli de se poser en bâtisseur mais il faut bien que quelqu’un paye et il faut aussi trouver des économies par ailleurs… Donc les associations trinquent. Les plus fragiles auront du mal à se maintenir –déjà des « historiques » ont fermé boutique. Même celles qui ont des budgets dérisoires mais nécessaires à leur survie ne sont pas épargnées. Parfois même elles vont perdre jusqu’à 50% de l’aide municipale.

Les premières visées sont celles qui s’affichent comme laïque car il ne vaut mieux pas se réclamer de la laïcité dans une ville où le maire a soutenu de manière vigoureuse la sortie du Président à la conférence épiscopale. Pour Emmanuel il s’agit au mieux d’une interrogation personnelle et profonde qui, cependant, met en jeu la fonction présidentielle –ça c’est un problème-, pour François ça n’est pas une surprise : cela correspond à un engagement invariable et vérifié lors de son passage au ministère de l’Education Nationale. Ses déclarations postérieures sur la laïcité ne seraient que propos de circonstances ?

Donc, les associations réputées, à tort ou à raison, peu favorables à celui qui, en Béarn, cumule de très nombreuses responsabilités et qui pratique une sorte de démocratie directe en tentant de tisser un lien personnel avec les habitants –il les reçoit individuellement et anime des réunions de quartier-sont mises à la diète. Le tissu associatif souffre. Les associations qui viennent en aide aux plus démunis, aide matérielle ou soutien moral, sont en pleine crise ; celles qui s’adressent aux retraités désargentés en organisant leurs loisirs, ou plus simplement qui portent des projets culturels sont touchées sévèrement. Priorité aux « Idées mènent le monde », à l’orchestre, à la saison théâtrale, au Grand Prix (scandale environnemental !) toutes ces manifestations qui s’adressent prioritairement à ceux qui en ont le moins besoin. Pour faire place et survivre malgré tout, les associations doivent donc réduire la voilure : baisser les objectifs, réduire les propositions, licencier les permanents et faire faire le boulot par des bénévoles.

Ainsi envisageons une grève des bénévoles : de ceux (ou celles) qui collectent les produits de premières nécessités à la sortie des supers-marchés et qui les redistribuent aux plus démunis, de ces accompagnants des retraités lors de promenades en montagne, qui apprennent les premiers gestes du rugby les mercredis sur les stades avant de laver les maillots, qui initient les rudiments de peinture ou de dessin aux plus pauvres, ceux qui prennent de leur temps pour faire tourner un garage coopératif où de jeunes gens s’éclatent, ceux qui font marcher les Maisons Pour Tous et qui parfois mettent de leur poche pour combler les trous, ces organisateurs de course à pied ou de randonnées en vélo (mais le vélo a mauvaise presse auprès de nos édiles), etc, etc… Souvent, pour ceux-là, l’association c’est un second foyer où l’on retrouve les copains et où on dépense son énergie pour les autres, avec passion.

Si les bénévoles faisaient grève devant cette attitude méprisante ? Que deviendrait Pau, cette ville en chantier permanent ? Au centre-ville déserté ? Nous aurions une multiplication des comportements erratiques dans les rues, une jeunesse délaissée et peu attirée par notre cité et un troisième âge vécu dans l’isolement et l’ennui. Avec la fragilisation du tissu associatif, le lien social se déliterait lentement dans une sorte de silence passif et c’est toute une cité qui serait touchée.

Un peu de sensibilité tout de même. Merci d’avance…

Pierre Vidal

Crédit photo : Philippe Abril

Comments

  1. yannick-et-oui says:

    Les subventions sont très loin d’être le principal problème.
    La populas n’a plus d’argent, et la première dépense qui est mis de coté, ce sont les loisirs, la culture, le bénévolat… Si l’on y rajoute un sorte de mépris de la part de la municipalité Bayrou envers les associations non copines, et les bâtons mis dans les roues, le compte est bon.
    Faisant partie d’une association de danse, je l’ai clairement vu ça de l’interrieur.

  2. Certaines associations sont exemplaires et d’autres peuvent s’améliorer…
    Une association loi 1901, c’est des adhérents unis sur un projet pour lequel chacun apporte ses compétences et son implication. Ça n’est pas prioritairement une machine pour ratisser des subventions (et encore moins quand ce sont des collectivités qui y sont appelées).
    Les adhérents ont librement choisis d’adhérer pour participer au projet commun et qu’ils soient effectivement bénévoles (comme l’impose la loi) n’apporte rien à la qualification des résultats obtenus. Où sont objectivement les résultats ?

    En lisant entre vos lignes on retrouve peu ou prou des arguments rapportés récemment par la presse locale sur des associations qui se plaignent d’être étranglées. J’ai cherché ce qu’expliquent elles-mêmes deux de ces associations sur leur site web. L’une annonce dans son objet de soutenir et subventionner d’autres associations. Bon coeur indubitablement mais c’est INTERDIT: une association ne peut utiliser tout ou partie d’une subvention pour en redistribuer un morceau. L’autre association s’est structurée en plusieurs sections, ce qui est raisonnable pour une bonne gestion de projets différents. Mais ayant un support de tête commun « le bureau » ces sections présentent individuellement leur demandes de subventions et gèrent chacune isolément leur budget. La loi sur le subventionnement des associations par des collectivités exclue pourtant ce genre d’éclatement nuisible à une gestion responsable (et à la clarté des comptes): une association=un seul budget sous la responsabilité de l’instance dirigeante et un seul compte pour compiler .
    Un exemple de facilité que j’ai relevé chez une troisième association (non paloise): demande d’un projet d’investissement pour un nouvel ordinateur. Motif invoqué: remplacer l’ordinateur pour tenir à jour le fichier Excel des adhérents. Heureusement ça a été refusé, le Bureau jugeant à juste titre qu’une feuille Excel tourne aussi bien sur une vieille machine, tant que le driver de l’imprimante l’accepte.
    On se souvient aussi que certaines associations refusaient de partager des locaux mis à disposition par la mairie, sans apporter d’argument très convaincant. Là encore tout n’est pas dû , même si ce sont des « bénévoles » qui font la demande.

    Alors gestion stricte des subventionnements? pourquoi pas si, au lieu d’une reconduction, c’est jugé sur les résultats.

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