Pau : pour une relance du festival de Flamenco


Le flamenco est une musique universelle : il a largement débordé de son Andalousie natale pour conquérir d’abord l’Espagne et ses grandes villes comme Madrid et Barcelone et désormais le monde entier. La France bien sûr mais aussi des pays improbables comme le Japon. On trouve dans une école de Flamenco comme celle de Cadiz -une des plus prestigieuses- de nombreux élèves originaires de ce pays. Dans le sud-ouest il a de nombreux adeptes. Mont-de-Marsan a su créer son festival qui attire les plus grands artistes du genre.

Au fait qu’est-ce que le flamenco ? C’est un art global, total, qui concerne d’abord le chant, le cante et quand il est chanté a capella on parle de cante jondo. C’est ensuite une danse qui est à la fois millimétrée et qui laisse une large place à l’improvisation. Et c’est enfin un accompagnement musical qui concerne essentiellement la guitare mais aussi le cajon sorte de caisse de résonance en bois que l’on tient entre les jambes et qui est un apport péruvien arrivé dans les années soixante. Dans le flamenco contemporain de nombreux autres instruments interviennent comme le piano ou la flûte. L’accompagnement par le battement des mains fait partie intégrante du flamenco, on parle de tocar las palmas, c’est aussi un apprentissage.

Comment est né le flamenco ? Ou puise-t-il ses racines ? C’est un sujet de controverse. On évoque une influence arabe. Ce patrimoine artistique appartient aux tribus gitanes qui ont quitté l’Inde et qui se sont fixées en Andalousie, à Grenade notamment. Les premiers témoignages sur cette musique datent du XVIIIème siècle. Le flamenco est alors considéré comme un élément du folklore. Les choses changent au début du XXème siècle avec la montée des idées républicaines. Federico Garcia Lorca, Manuel de Falla, Miguel Hernandez ou Rafael Alberti et de nombreux artistes de cette génération de 1927 proche des surréalistes prendront la défense de ces arts populaires décriés par la bourgeoisie que sont la corrida et le flamencos. Deux genres étroitement liés.

Le flamenco n’est pas un, il est pluriel, il compte de nombreux genres qui sont souvent des réinterprétations de musique, qui ont été apportés par les gens du voyage, c’est le cas du fandango par exemple ou même du tango ou de la milalonga qui sont des apports venus d’Amérique Latine. On parle de chant d’ida y vuleta c’est-à-dire qui ont fait un aller-retour à travers le charco : l’Atlantique.

Le grand poète Garcia Lorca, sorte de Rimbaud espagnol, assassiné par les fascistes sera le fil directeur de cette évocation. Garcia Lorca avait un ami le matador Ignacio Sanchez Mejias, personnage singulier, auteur dramatique et intellectuel reconnu. Il fut blessé mortellement le 11 août 1934 dans les arènes de Manzanares. Désespéré Federico, Federico écrivit son œuvre majeur une élégie : le « LLanto pour Sanchez Mejias ». Il a été mis en musique par Vicente Pradal et présenté à Pau lors d’une soirée mémorable au Palais Beaumont. Il exploite les différents genres flamenco.

D’abord le martinete. Ce style doit son nom au martillo, nom de l’outil dont se servait le forgeron pour battre les métaux. Ceux-ci exprimaient leur marginalisation politique et sociale et leurs dures conditions de vie ainsi que leurs persécutions. Il se chantait sans aucun accompagnement : sans guitare, ni palmas. La copla, le couplet est composée de 4 vers octosyllabiques, les textes sont d’une grande force dramatique. Les Martinetes sont des chants directs, les plus profonds et les plus déchirants. Voici les paroles de Garcia Lorca :

« Il ne ferma pas les yeux

Quand il vit tout près les cornes,

Mais les redoutables mères,

Relevèrent alors la tête.

Et au cœur des élevages

Passa un souffle de voix secrètes

Qu’à des célestes taureaux criaient

Des gardiens de brume pâle »

Le flamenco n’est pas la musique de la joie, elle est plutôt celle de la douleur, de l’amour mais aussi de la violence et en définitive de la mort. Ici un tiento genre proche du tango mais plus ancien et plus dramatique à la fois dans son exécution comme dans ses paroles :

« Par les gradins monte Ignacio

Avec son fardeau de mort

Il cherchait le lever du jour »

Voici un autre style magnifique mais peu interprété car dit-on, il porte malheur à celui qui le chante. Il est ancien mais il aurait une origine mexicaine de la région de Veracruz. La Petenera est un palo flamenco basé sur quatre vers de huit syllabes. Ils deviennent six ou plus, en répétant un vers. C’est une chanson de paroles mélancoliques et tristes, jouée lentement et sentimentalement.

« Sur la pierre est couché Ignacio le bien né.

C’est fini. Qu’y a t-il ? Contemplez sa personne :

La mort l’a recouvert de pâles fleurs de soufre

Et lui a fait une tête de sombre Minautore »

Enfin le genre le plus connu du flamenco celui qui est le plus solaire, attirant qui exprime la joie, la fraternité mais aussi le désordre et l’excès, la Buleria. La virtuosité qu’elle demande, lui a assuré une grande popularité. Il se distingue par sa complexité rythmique. La Bulería reste l’un des moments les plus excitants de toute réunion flamenca. Lorca :

« Moi je veux voir les hommes à la voix dure

Qui domptent les chevaux et dominent les fleuves

Ces hommes aux squelettes sonores et qui chantent

d’une voix rocailleuse et pleine de soleil ».

Ces quelques lignes sont insuffisantes pour rendre compte d’une pratique musicale aussi riche, une matière culturelle aussi passionnante. C’est pourquoi, il est indispensable que Pau renoue avec sa longue tradition flamenca et qu’à nouveau la cité Pyrénéenne ait son festival de flamenco. Il lui permettrait de créer un pont avec des voisins trop ignorés car là se trouve notre futur.

Pierre Vidal

GRANADA, SPAIN – SEPTEMBER 9: A group of flamenco performers in the streets of Granada on September 9, 2015 in Granada, Spain. Flamenco is the most popular music in Spain.

Comments

  1. Merci pour cette passionnante et passionnée histoire du flamenco. Elle enrichit A@P d’une évocation culturelle enrichissante.
    Le monde de tensions et de violences, de passion et d’angoisses, n’est pas sans rapport avec le présent.
    Quant à la danse, sa gestuelle représentant, entre autres bien sûr, le mouvement artistique du « toreo de salon » je l’apprécie d’autant plus qu’il n’y a pas de toro!!

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