Adiu plane de Bedous

Revenons sur Jean Lassalle qui vient de faire l’objet d’un film, « Un berger et deux perchés à l’Élysée ? », signé Karl Zéro et Philippe Lespinasse, très original dit-on, présenté à Bordeaux puis à Bayonne jeudi dernier et qui, espérons-le, le sera rapidement à Pau et à Oloron. Même si le « héros » ne plaît pas à tout le monde, on se demande pourquoi cette projection n’est pas d’ors et déjà programmée, dans la ville d’Henri IV, le roi tolérant.
Lassalle c’est Lassalle : une figure nationale désormais, voire internationale, controversée mais entendue par un public très large et populaire. Même si on ne partage pas les points de vue du député Béarnais, on devrait tirer une fierté de posséder un personnage original, courageux, un orateur remarquable plein d’humour qui n’hésite pas à faire « turbuler » un système qui, tout le monde en convient, en a bien besoin.
Jean Lassalle a pris fait et cause pour les « gilets jaunes ». On se souvient de son gilet jaune à l’Assemblée durement sanctionné par le président Ferrand –car, après-tout, ça n’était pas bien méchant. Il défend ainsi sur sa page facebook  Eric Drouet, personnage controversé, avec ces mots : « Lors d’une impérieuse phase de réconciliation des Français, on n’arrête pas d’un côté les leaders d’un mouvement tout en sanctuarisant de l’autre, ceux qui les ont diabolisés dès la première heure. Le président appelle à un grand débat dans les trois mois qui viennent. Comment peut-il espérer le conduire en clivant d’entrée les Français, qu’il se dit si heureux de représenter ? »
Mais le député des Pyrénées Atlantiques n’oublie pas nos vallées qui ont bien du mal à survivre. Là, si on veut que nos territoires survivent à un exode mortel, tous les emplois comptent et c’est vrai aussi pour les services. C’est du moins ce que pense Lassalle et sans doute c’est aussi le bon sens.
Jeudi, Jean Lassalle s’est opposé avec le maire de Bedous, Henri Bellegarde, au départ du percepteur de la commune qui doit désormais rejoindre Oloron. Selon « La République des Pyrénées », il a expliqué son geste de cette manière : « Comme d’habitude, j’avais un peu de retard pour ce rendez-vous (…) lorsque je suis arrivé, j’ai vu le percepteur qui devait partir pour déménager du matériel de la perception vers Oloron. Nous avons gentiment discuté, avant de décider qu’il n’y avait pas d’autres moyens, pour lui comme pour nous, que de le bloquer pour lui éviter de casser son outil de travail qui pourrait d’ailleurs ouvrir bientôt, en fonction de ce que décidera le ministre Darmanin. En empêchant le percepteur de déménager la trésorerie de Bedous, nous l’empêchons de se saboter lui-même ».
Lassalle espère que Darmanin, le ministre du budget, reviendra à de meilleurs sentiments et qu’il annulera cette décision qui lèse les habitants de Bedous. C’est à voir… car le pouvoir est plus enclin à aligner les chiffres, à faire des soustractions et des économies de bout de chandelles que de prendre en compte l’aspect humain des situations. Il est vrai que pour un habitant de Bedous, il est plus facile de rencontrer directement son percepteur que d’avoir un contact téléphonique hypothétique avec une voix anonyme… si on obtient la communication… ce qui par ces temps de réformes tous azimuts est un exploit.
Voilà une illustration (très partielle) mais concrète de ce qui motive l’occupation des ronds-points, de cette révolte des gueux rejetée par des élites choyées qui ont failli, soutenue par le concert des médias. Une révolte n’est qu’une révolte, ça n’est pas une révolution et c’est heureux. Inorganisée elle est forcément désordonnée et par de nombreux aspects elle est condamnable. Mais reste le mouvement qu’elle déclenche et ses conséquences sur le moyen ou long terme… On sait que le battement d’une aile de papillon peut provoquer une tempête de l’autre côté de l’océan. Les conséquences du mouvement des Gilets Jaunes nous les verrons plus tard et peut-être même nous les subirons. C’est ce que pointe avec son bon sens de montagnard dans ses gestes provocateurs mais plein de sens Jean Lassalle et c’est pour cela qu’il est suivi par un large public.
Un peu de poésie pour conclure –on en a tant besoin !- celle du grand poète Béarnais, Xavier Navarrot :
Adiu, plane de Bedous
Cami nau d’Espanhe
D’Aydius soun mas amous
Pujem la mountanhe.
Adieu, plaine de Bedous
Grande route d’Espagne
D’Aydius sont mes amours
Montons la montagne.

 

Pierre Vidal

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11 commentaires

  • Adiu, Plana de Bedós
    Caminau d’Espanha
    d’Aidius son mas amors
    Pugem la montanha
    Dans une autre graphie, celle enseignée dans l’Éducation Nationale. Elle n’exclut pas l’autre, dite fébusienne, bien sûr.

  • Lassalle c’est un Don Quichotte qui joue les moulins à vent. Ça peut plaire à certains, de le voir transformé en héros de type Guignol. Mais il ne fait plus rire ceux qui savent que l’important pour LUI est de faire parle de LUI, quelle que soit la cause pourvu qu’on cause de LUI.

  • Pierre Vidal aime bien Jean Lassalle pourtant depuis des décennies de vie politique on ne retient que ses tocades : grève de la faim, chansonnette, tour de France et d’Europe; …etc
    Il traîne aussi quelques casseroles qui font de lui un personnage bien loin d’être ni clair ni sympathique :
    «  J’avais 25 ans et j’étais attachée parlementaire. En allant vers l’hémicycle, @jeanlassalle m’a mis une main aux fesses. #balancetonporc  ». Le 15 octobre dernier, Julia Castanier, 33 ans, directrice de la communication du PCF,accusait sur Twitter le candidat à la présidentielle d’agression sexuelle. Vendredi, Mediapart affirmait pour sa part avoir recueilli plusieurs témoignages similaires qui pointaient du doigt à la fois le comportement sexiste de l’élu des Pyrénées-Atlantiques, mais aussi des violences sexuelles. Karine Berger, ex-députée socialiste, affirmait ainsi que Jean Lassalle était un «  député gluant  », connu pour ses remarques déplacées et la «  drague lourde  ». D’autres témoignages similaires ont également été publiés, notamment celui d’une journaliste qui affirme qu’il a un jour essayé de l’embrasser dans un ascenseur. Plusieurs vidéos le montrant en train d’avoir un comportement très insistant envers des femmes avaient par ailleurs fait le tour du Web pendant la campagne présidentielle. À l’époque, personne ne s’en était particulièrement ému. (Le Point 24/10/2017)
    Le député fait partie des hommes politiques visés par des témoignages publiés sur les réseaux sociaux. Mediapart a recueilli plusieurs récits attestant de violences sexuelles et d’un sexisme pesant, de la part d’un ancien candidat à la présidentielle qui continue de bénéficier d’une image positive.(Mediapart 20/10/2010)
    « Selon l’association « Pour une démocratie directe », ils sont 24 députés à avoir acheté un local de permanence avec leur indemnité pour frais de mandat. Parmi les députés épingles, Jean Lassalle. Pour l’achat d’un bâtiment en 2003, rue Saint-Grat à Oloron. « A l’époque c’était totalement légal et cela l’est encore aujourd’hui, réagit le député aspois. Je suis toujours prudent sur ces aspects là et on m’avait assuré qu’il n’y avait aucun problème. Et je n’ai pas pensé un seul instant qu’il pouvait y en avoir un. » (La République du 28/1/2015)
    Oh, Jean Lassalle qui fait les lois pense qu’il n’y a aucun problème à se constituer un patrimoine avec une indemnité, qui évidemment comme toute indemnité en plus n’est pas imposable ! C’est quoi l’enrichissement personnel ? Il est clair que ce bien devrait revenir en fait à l’Etat…
    Jean Lassalle est aussi attaqué sur ses assistants parlementaires par Médiapart selon Mediabask :
    « Selon une enquête de Mediapart, le député de la 4e circonscription des Pyrénées-Atlantiques utiliserait ses crédits parlementaires pour rémunérer des personnes, bien connues dans le département, ne travaillant pas pour lui à l’Assemblée. Une affaire qui tombe mal pour celui qui se présente à la présidentielle comme le chantre de la « politique autrement ». »
    « Mais pour Antton Rouget qui signe une enquête au vitriol dans Mediapart, « derrière le visage sympathique du centriste montagnard, se cache un piètre élu local ».
    En cause, l’utilisation des 9.561 euros mensuels alloués à chaque élu pour payer ses assistants parlementaires. De l’argent public censé répondre à des missions extrêmement variables en rapport avec le mandat de député. Or, en se basant sur la déclaration d’intérêt et d’activités réalisée par le député en 2014, document obligatoire depuis l’affaire Cahuzac, le journaliste dénonce « un système clientéliste servant à rétribuer les soutiens politiques ». Des soutiens qui seraient très éloignés des activités relatives au Palais Bourbon tandis que nombre de stagiaires assureraient les missions d’assistant.
    Les personnes mises en cause sont toutes issues du « petit monde qu’est celui du centrisme » dans le département. Angèle Caset, d’abord, femme de l’ancien conseiller général du canton d’Iholdy Jean-Louis Caset et mère de Christelle Caset-Urruty, suppléante du sénateur Jean-Jacques Lasserre. Cités également Monica Agest, son ancienne suppléante au Conseil général, le conseiller départemental Jean-Pierre Mirande ou encore l’inénarrable Barthélémy Aguerre, son suppléant aux dernières législatives, par ailleurs maire de Luxe et conseiller régional ainsi que son épouse. » (Mediabask.eus Bénédicte Saint André 10/10/2016)
    Jean Lassalle ne donne vraiment pas une bonne image du Béarn !
    En attendant le film, une vidéo de sa campagne présidentielle…en chanson :
    http://video.larepubliquedespyrenees.fr/jean-lassalle-galvanise-ses-troupes-a-lyon_x4wttkl.php

  • En 25 ans je n’ai jamais eu besoin de voir de visu « mon » percepteur. A deux occasions un échange de courriers a fait l’affaire. Je veux bien que cela puisse arriver de devoir le voir, mais c’est tellement exceptionnel pour la plupart des gens qu’un déplacement de Bedous à Oloron une fois touts les 20 ans ce n’est pas la mort. Surtout que maintenant il y a le train, Bedous-Oloron en 30mn ! Quand dans une grande ville quelqu’un en banlieue doit « voir son percepteur », il doit prendre le bus, le métro, et personne n’en fait un fromage.
    Vouloir tout avoir sur place quand on habite à la campagne finit par ressembler à des caprices d’enfants gâtés. Au final qui paye ? Je l’ai déjà écrit ici, mais tout montre que le mouvement des GJ n’est pas une révolte de gueux mais plutôt de petites classes moyennes : vous n’en tenez aucun compte et continuez à propager ce qui commence à ressembler à de la fake news sous votre plume (certes alerte).

  • Merci Pierre-Michel Vidal pour votre article que je partage en tout point, même si parfois je partage pas son fonctionnement ou ses idées. Et pauvre Daniel Sango qui, décidément, est vraiment trop partial et immodéré. Quant à ceux qui considèrent Jean Lassalle comme un guignol, je leur dis que si nous avions un peu plus de guignols de cette trempe, nous n’en serions peut-être pas là !

  • Pas vu encore le film mais juste un mot sur la chanson : adiu plane de Bedous, gabe qui l’enclabe,… J’adore ! Quand est-ce qu’on la chante ?

  • Je pense que J.Lassalle a changé sa trajectoire lors des dernières élections régionales. Dans un premier temps, il avait été pressenti pour conduire la liste PR-Modem. Mais quand Bayrou et Juppé se sont entendus pour que cela soit Virginie Calmets qui soit tête de liste, J.Lassalle a craqué devant tant de déconsidération et d’atteinte à son égo. Se séparant de F. Bayrou, il s’est mis à se la jouer en solo, avec ses marches pour se forger un destin national. Depuis cette coupure avec F. Bayrou, il est devenu un grognard. Ce qui lui a réussi pour se faire réélire.

  • Une fois de plus ils se trouve encore des personnes pour faire l’ apologie d’ un personnage qui a réussi à vivre depuis 30 ans aux crochets de la République,sans fournir le moindre travail. Tout cela est fort regrettable. Il ne réussit que dans la démagogie permanente. Sa seule réussite est d’ avoir vendu sa vallée d’ Aspe pour faire parler de LUI.

  • Karl zéro trouble personnage par ailleurs n’a rien à voir avec ce film .Il s’agit de Pierre Carles ..inconnu apparemment de Alternatives Pyrénées

  • « Revenons sur Jean Lassalle ».
    Oui, je me souviens de M. Lassalle faisant une grève de la faim depuis la salle des quatre-colonnes à l’assemblée nationale. D’abord le prétexte (maintenir un site Seveso en pleine vallée d’Aspe !), ensuite voir un élu de la République utiliser l’arme des plus pauvres, des plus désespérés, des plus emprisonnés (avoir eu 15 ans en 1981, c’est pour moi associer pour toujours aux mots « grève de la faim » le nom et la mort de Bobby Sands). Comment un élu peut-il être autant à côté de la plaque ?
    À l’autre bout de la carrière de M. Lassalle : son gilet jaune à l’assemblée. Idem… Un mouvement qui commence le 17 novembre avec un mort et 400 blessés, un bilan de 10 morts actuellement et dit être le peuple, bloque, détruit jusqu’aux symboles de la République. Que veut donc nous dire Jean Lassalle ???
    On a les élus que l’on mérite, paraît-il… Merde alors !

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