Grand Débat pour intellectuels de cour

« Car c’est double plaisir de tromper le trompeur ».
Jean de La Fontaine
Ce matin, dans l’édition numérique de « Libération », la tribune de Dominique Méda, professeure d’université Paris-Dauphine : « Invitée à débattre lundi soir avec Emmanuel Macron, la sociologue Dominique Méda estime que la rencontre s’est transformée en faire valoir présidentiel ». On a envie de lui dire : « il ne fallait pas y aller ! ». Le piège était un peu gros. Vous, les intellectuels, présentés comme l’élite de la Nation, comment avez-vous pu tomber dedans ? Vous aviez vu ce qu’il en était des maires et des élus de tous poils auparavant. Il est vrai qu’il est bien difficile de résister aux ors de l’Elysée, aux micros de France Culture, aux caméras de télé et aux photographes sur le perron, se bousculant au bord du tapis rouge déroulés sous vos pieds … Vanitas, vanitatis. Les intellectuels ont toujours eu besoin de reconnaissance –d’être consacrés- et ceux qui y ont résisté, Albert Camus par exemple, ont dû affronter l’opprobre. Ça les a grandis…
Louable est la sincérité de Dominique Méda : « J’avais accepté l’invitation à participer pensant – bien naïvement je l’avoue – que nous pourrions au moins de temps en temps rebondir pour, à notre tour, répondre au président de la République. Mais il n’en a rien été. Comme avec les maires, le non-débat avec les intellectuels, a consisté en une litanie inexorable de «réponses» d’Emmanuel Macron aux questions posées par les intellectuels ». Et elle ajoute, lucide : « j’ai compris à quoi nous servions. Comme les maires, nous constituions le mur sur lequel le Président faisait ses balles, jouissant de la puissance de ses muscles et de la précision de ses gestes et donc de la propre expression, cent fois ressentie, de son moi. Nous étions son faire-valoir ».
Du Grand Débat serait donc sortie, comme un lapin du chapeau, la demande unanime d’augmenter la durée du travail, de reculer l’âge de la retraite ou encore de travailler un jour gratuitement par solidarité. Tout ça pour ça… avec la caution finale des intellos… Des idées « nouvelles » qui auraient ouvert les yeux d’un président distrait par ses lourdes taches à qui elles auraient échappé. Pourtant syndicats et patronat, économistes de tous bords s’étripent sur ces problèmes depuis des années. Il en est de même des discussions de comptoirs au bistrot du coin. Il n’y a donc ni recette miracle, ni vérité vraie que le Grand Débat aurait prétendument mises sur la table.
Mais revenons  à nos intellectuels reçus huit heures de rang par le président nous y avons entendu Pascal Bruckner se poser en pourfendeur de l’anarchie et des Gilets jaunes lors d’une question (?) quelque peu téléphonée -et violemment formulée pour faire le buzz. On sait ce qu’il en est des passes téléphonées en rugby : elles se terminent par une interception et un essai en contre. Intellectuel à la pensée originale et non pas unique, absent de l’Elysée, André Bercoff, sur son compte twitter, a qualifié ainsi cette sortie : « Je viens, dans l’exhibition Macron face aux zintellectuels, d’entendre Pascal Bruckner qui connut, jadis, talent et lucidité. Impossible de faire plus con, plus haineux, plus méprisant envers les gilets jaunes, en demandant l’interdiction absolue de toute manifestation. Naufrage ».
Mais continuons avec Dominique Méda qui ajoute avec sa lucidité retrouvée sur les conditions de ce débat : « Comme les maires, nous constituions le mur sur lequel le Président faisait ses balles, jouissant de la puissance de ses muscles et de la précision de ses gestes et donc de la propre expression, cent fois ressentie, de son moi. Nous étions son faire-valoir (…) le Président a eu tout loisir d’asséner ses convictions devant des intellectuels pris en otage (au moins pour ceux qui étaient en désaccord profond avec sa politique, peu nombreux) ».
Tous ne sont pas allés à l’Elysée. Il faut le souligner. Alain Finkielkraut qui, pour le coup, aurait eu des griefs graves à faire valoir, s’est poliment excusé avant de se défiler : «  Je crois qu’une discussion entre un grand responsable politique et des intellectuels n’a de sens que si ces derniers sont peu nombreux et que l’échange peut durer. »
L’économiste et philosophe Frédéric Lordon dûment invité par M. Macron, a préféré décliner. Il s’en est expliqué publiquement : « Vous comprendrez que si c’est pour venir faire tapisserie le petit doigt en l’air au milieu des pitres façon BHL, Enthoven, ou des intellectuels de cour comme Patrick Boucheron, je préférerais avoir piscine ou même dîner avec François Hollande. Au moins votre invitation ajoute-t-elle un élément supplémentaire pour documenter votre conception du débat. Savez-vous qu’à part les éditorialistes qui vous servent de laquais et répètent en boucle que la-démocratie-c’est-le-débat, votre grand débat à vous, personne n’y croit ? Vous-même n’y croyez pas davantage ». 
L’historien spécialiste de l’histoire populaire Gérard Noiriel a lui écrit sur Twitter : « Bien que je n’en fasse pas un titre de gloire, j’ai refusé moi aussi l’invitation d’E. Macron au « grand Débat » des « intellectuels » prévu lundi soir. Mais je suis prêt à lui apporter les cahiers de doléances de ce secteur sinistré qu’est aujourd’hui l’éducation populaire. »
Ceux-là se sont abstenus de participer à ce grand raoût, les autres, « intellectuels de cour » appartiennent à une espèce qui n’est pas nouvelle. Mais qui s’en souvient?

Pierre Michel Vidal

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9 commentaires

  • M. VIDAL votre lecture de référence si j’ai bien, compris c’est « Libération » C’est un journal qui pratique l’objectivité mais à sens unique.

  • « On ne réforme pas un pays sans son consentement et sans le consensus de ses pouvoirs et contre-pouvoirs intermédiaires. »
    Cela s’appelle de la démagogie. Bien sûr qu’il faut réformer contre les oppositions car en France il n’y a pas de consensus objectif. Tout n’est que politique politicienne.
    Prenons un exemple : On a voté à l’unanimité du parlement l’installation de portiques pour péage des poids lourds, (visant principalement les poids lourds étranger traversant la France) ces bénéfices étant fléchés et utilisés pour développer les transports en communs (dont celui de Pau d’ailleurs)
    Quel ramdam ! Une bande de voyou à bérêt rouge ont violé les lois en toute impunité.
    As t on vu les écolos de gauche se mobiliser pour défendre ce projet ? ou les champions de la France insoumise les nouveaux écolos ? Non, personne n’a bougé laissant le gouvernement Hollande baisser pavillon pitoyablement.
    Et ce sont ces mêmes personnes qui manifestent parce que l’Etat ne ferait rien !
    Quant Macron a voulu toucher à la taxe carbone, (absolument indispensable) pourtant défendue par tous les écologistes silence chez eux c’est tout juste s’ils n’ont pas enfilé un GJ ! A commencer par des lamentables comme Cécile Duflot !
    Non, Macron, mais surtout la majorité LREM a été élue sur un programme il faut l’appliquer.
    D’ailleurs regardez autour de nous ce qui se passe Allemagne Hollande Suisse, Norvège, Finlande Danemark …etc
    Pas de chômage, pas d’ISF, pas de débiles comme la CGT, beaucoup moins d’assistanat et de dépense publique, des budgets en équilibre un commerce extérieur équilibré …etc
    Cherchez l’erreur…

    • Vous avez immédiatement le mot aimable ! Je ne faisais pourtant que donner un sentiment raisonné.
      Vous ne savez pas lire ou ne connaissez pas le sens des mots : ce que je disais, gouverner avec les corps intermédiaires, n’est justement pas de la démagogie. Cela s’appelle gouverner avec méthode pour pouvoir, précisément appliquer le programme pour lequel il a été élu. C’est de la méthode. Il a la légitimité pour le faire, son élection, à lui de s’en donner les moyens. C’est Monsieur Macron le Chef de l’État !
      Car, aujourd’hui, où sont l’État et son chef ? C’est bien joli de vouloir regarder ailleurs où c’est mieux. Mais où est-il ce programme ? Le gouvernement a commencé, sous la pression, à le détricoter.
      Eh bien, qu’il fasse comme il veut, mais qu’il l’applique ce programme ! Et vous aurez beau dire que les GJ sont illégitimes et moi un démagogue, ils sont là, et le programme est jeté aux orties !
      En dehors d’incantations, avez-vous une méthode à lui proposer ?

      • « Vous ne savez pas lire ou ne connaissez pas le sens des mots »
        Heureusement que vous êtes là pour m’éclairer.
        Mais vous ne semblez pas voir la réalité seriez vous donc aveugle ?.
        Les « corps intermédiaires » syndicats comme CGT, FO, FSU, partis politiques comme FI RN, ne veulent pas dialoguer ! Ils veulent une autre société et veulent tous les jours rejouer les élections.
        Pire des partis comme LR ou le PS qui comprennent l’indispensable évolution font aussi de l’opposition systématique par pure politique politicienne.
        La France n’est ni l’Allemagne, Danemark Finlande ou autre Hollande et Suisse car nos « corps intermédiaires » sont politisés et extrémistes.
        Il ne reste donc au gouvernement qu’à réformer pour essayer de rejoindre ces pays qui ont réformé il y a belle lurette et qui nous montrent tous les jours que là est la seule voie de la réussite.

  • Michel LACANETTE.

    Sans prendre parti pour ou contre ce principe de  » grand déballage » genre bobo  » on est tous copains » on ne peut que constater au travers des propos transcrits par les médias qu’ une fois de plus notre Président pratique non pas  » la langue de bois » des anciens partis politiques, mais le monologue, avec des sujets qu’ il maîtrise. Il ne cherche ainsi qu’ à emmener ses interlocuteurs sur son propre terrain, sans lâcher quoique se soit de sa posture Jupiterienne. Cette posture l’ enferme irrémédiablement dans une nasse. Au final il aura convaincu tout le monde de la juste raison de ses idées, mais avec une bonne partie du peuple contre lui et de plus en plus de casseurs dans la rue.
    Cette persévérance du déni de la réalité est peut être due au fait qu’ il est actuellement le seul à pouvoir incarner une réponse viable aux problèmes qu’ aujourd’hui’ hui la société rencontre.
    N’ est’ on pas là en train de voir les prémisses du même phénomène que sur la rive sud de la Méditérranée.
    Mais n’ est’ il pas en train de se tirer une balle dans le pied ou de scier la branche sur laquelle il se trouve. N’ est’ il pas ainsi en train de détourner du vote les derniers citoyens qui
    s’ intéressent à la politique et d’ ouvrir un peu plus la voie royale aux démagogues, qu’ il dit vouloir combattre comme Poutine les terroristes Tsétchènes .
    Tout cela ne prépare pas à un avenir serein.

  • Pierre-Michel Vidal

    « La connaissance absolument incroyable de tous les dossiers » ce n’est plus de l’amour c’est de l’idolâtrie…

    • Non, la réalité, pas du blabla de sociologue de gauche :
      « Après les sept heures de discours d’Emmanuel Macron face aux maires, l’Élysée considère mercredi 16 janvier ce premier débat comme un exercice réussi. Le président de la République a montré sa connaissance des dossiers, donnant son avis, défendant longuement ses réformes, mais faisant aussi preuve d’ouverture sur certains sujets comme sur les 80 km/h, analyse la journaliste de France 3 Anne Bourse. »
      « le Président a fait l’unanimité sur sa connaissance des dossiers. » (La dépêche)
      « il faut reconnaître qu’il a été très brillant hier, prouvant sa connaissance sans faille des dossiers. » (Le Dauphiné)
      etc…

  • Ah Dominique Méda, Conseillère de Benoit Hamon que voilà une vision objective face à Macron ! Il vaut mieux en rire
    Je n’ai pas suivi cette réunion, mais ayant suivi certaines rencontres avec les Maires on ne peut absolument pas dire :
    « Comme les maires, nous constituions le mur sur lequel le Président faisait ses balles, jouissant de la puissance de ses muscles et de la précision de ses gestes et donc de la propre expression, cent fois ressentie, de son moi. Nous étions son faire-valoir (…) »
    Cette dame ferait mieux de parler de la connaissance absolument incroyable de tous les dossiers qui a été saluée par l’immense majorité des Maires et de la cohérence et du réalisme du programme présidentiel.
    Evidemment rien à voir avec le non programme fumeux et irréaliste de son mentor, refusé d’ailleurs par l’immense majorité des français.

    • Monsieur Sango,
      A l’évidence, le problème n’est pas tant dans la politique menée que dans la manière de la mener. La verticalité ne peut impunément durer, et c’est ce que l’on constate. Avec les GJ, c’est une chose (je parle des revendication originelles, pas de cette fin dramatique… si fin il y a) mais avec les organisations syndicales, se plaignant au président du Sénat (c’est un comble, un LR !) de n’être reçus par personne au niveau de l’État, avec les maires il se rattrape, mais il se les est mis tous à dos, comme les élus locaux en général, avec les associations avec… tant de monde, tant de parties de la population qui ne demandaient qu’à être convaincues. On ne réforme pas un pays sans son consentement et sans le consensus de ses pouvoirs et contre-pouvoirs intermédiaires. Se contenter de l’onction de l’élection présidentielle n’est plus suffisant au fur et à mesure qu’on s’en éloigne.
      Monsieur Macron l’apprend à ses dépens.

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