De la chenille au papillon, une politique qui s'adapte.

«En pratiquant cette dictature (de la nature) depuis quelques siècles, nous l’avons en quelque sorte réduite en esclavage de sorte qu’aujourd’hui sa révolte risque de nous éliminer de son règne. Nous devons donc obéir à la nature pour connaître mieux notre nouvelle partenaire» Michel Serres.
«L’actualité immédiate conduit à s’interroger sur l’évolution de notre société parce qu’il s’agit bien de cela. Alors les réflexions et interrogations sont ouvertes.» J.Braud

J’en profite puisque l’animateur de ce Petit Débat ne me coupera pas la parole !!

L’évolution de la société, d’un point de vue général, est compréhensible à la lumière de l’histoire ; quant à son avenir, personne n’est capable de le prévoir, son histoire n’est pas écrite et l’homme ne peut pas le construire, trop de facteurs entrent en jeu !
L’évolution biologique a évolué en étroite relation avec celle de l’environnement ; toutes les structures récentes ou anciennes, non adaptées aux nouvelles conditions environnementales, disparaissaient ; on parle de sélection naturelle.
Pour l’évolution culturelle, tant que l’homme (chasseurs, cueilleurs) est resté partie intégrante de l’écosystème, il a suivi la loi de la sélection naturelle.
+Au néolithique, une première prise de distance avec la nature se produit ; l’agriculture, l’élevage, le feu.. permettent une nouvelle façon de vivre.
Un nouveau monde est né, celui de la paysannerie, il a commencé à mettre la nature en esclavage et, par ses inventions, à lui «désobéir», avec des avantages mais de nouveaux risques dramatiques (famines….).
+Le mouvement s’est amplifié durant la période industrielle : un nouvel âge des métaux dont l’apogée se situe au 18ème, 19ème et 20ème siècle. L’homme exploite de plus en plus la nature qui est devenue sa chose, un don gratuit, un eldorado.
+Nous vivons depuis la deuxième moitié du 20ème siècle, non pas un passage, non pas une transition, mais la première phase d’une métamorphose, c’est-à-dire la décomposition, la liquéfaction de toute une structure antérieure non adaptée au nouveau monde qui est en formation :
Le monde du numérique, la mondialisation, la rapidité, la fréquence, des échanges physiques, chimiques, sociologiques, psychologiques.. génèrent un monde de plus en plus complexe, imprévisible, ingouvernable.

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

Paul Verlaine, Poèmes saturniens

L’accouchement se fait dans la douleur car la nymphose engendre un monde inconnu, un imago imprévisible et surtout inadapté à l’ancienne gestion temporelle politico-économico-sociologique.
Le monde politique n’a pas suivi, il veut continuer à gérer le nouveau monde comme l’ancien, c’est l’échec total car la chenille ne vit pas comme le papillon !
«Il y a un dérèglement entre une politique désuète et une société extrêmement nouvelle. Aujourd’hui, nous n’avons plus de grille de lecture du rapport qui peut exister entre la politique qui a fait naufrage et la réalité sociale complètement nouvelle. Sur fond d’inégalité sociale et de la détresse paysanne qu’on peut tout à fait comprendre, des mouvements comme celui des Gilets jaunes sont apparus, dont on voit très bien d’où ils viennent, mais dont on ignore en revanche où ils vont.» M.Serres.
Cette crise politique est mondiale. Trump aux Etats-Unis, l’extrême-droite en Europe centrale, le Brexit en Angleterre, une sorte de chaos en Italie, puis des régimes autoritaires comme ceux de Poutine et d’Erdogan, les Gilets jaunes en France en sont les résultats.

La crise n’est pas conjoncturelle mais structurelle.

Les racines sont profondes ; depuis le néolithique la gestion de la société est marquée par des causes connues mais non synthétisées, volontairement, pour ne rien changer :
+ Une accélération qui devient exponentielle, de tous les domaines de la culture, de l’économie, de la finance, des échanges, des transactions, du fait de l’évolution rapide des connaissances, de la technologie ; les échanges dans les réseaux sociaux, les transactions se font à la fraction de seconde dans le monde entier du fait de la généralisation des nouvelles technologies !
+La démographie, l’espérance de vie, la lutte contre la maladie a explosé et continue encore son ascension. Le vieillissement devient de plus en plus lourd à porter.
+La disparition progressive de l’agro-culture – nous étions 50 % de paysans et nous ne sommes plus que 2 % (M.Serres). C’est la concentration urbaine.

l’urbanisation et la prison forment une troublante cohabitation.

+La mondialisation de l’économie et de la finance est génératrice de violences sociales souvent mortelles, bien plus redoutables donc que celles qui en résultent et qui se produisent dans la rue, au moins dans notre pays.
+«Surtout 70 ans de paix, ce qui n’est jamais arrivé dans notre histoire. Nous sommes entrés dans une période en rupture totale avec ce que l’on a connu. Ce n’est plus le même homme, ce n’est plus la même vie, ce n’est plus la même mort, ce n’est plus le même espace, ce ne sont plus les mêmes relations.» Michel Serres.
Pour ceux qui ont connu la guerre, il y a non assistance à humanité en danger que de vouloir refuser l’Europe ou  maintenir l’actuelle, celle de l’argent, de la concurrence, de la spéculation, de la pollution, de la malbouffe, de la dégradation climatique. Par contre, il est fondamental de construire une Europe des citoyens reconnaissant les différences de culture, de passé mais unissant, pour plus de force et d’efficacité,  les points communs : sécurité, santé, puissance économique, niveau social, égalité…
+Les conséquences environnementales de l’exploitation inconsidérée de la nature sont tragiques pour l’ensemble de la société.
Alors, on peut augmenter la CSG, réformer la SNCF, privatiser les aéroports, créer de plus en plus de véhicules polluants, fabriquer de plus en plus d’armes, d’avions, prendre sa retraite plus tard et favoriser le chômage, licencier sans prévenir ni prévoir un recyclage, ruiner le pays avec les centrales nucléaires et leurs déchets, vouloir moins de sénateurs et députés, faire des Grands Débats,…, on continuera à augmenter les inégalités, les salariés sans toit, les resto du cœur, les SDF, les vieux en souffrance, les écarts de rémunération insolents…., cela ne changera rien et on ouvrira la voie au totalitarisme.
Que faire ?
Devant la multiplication infinie des intervenants, la voie n’est plus au raisonnement linéaire, aux petits pas dans tous les sens, au tâtonnement, mais à la gestion d’une complexité dont aucun algorithme ne peut venir à bout.
Connaître les dossiers ne suffit pas, les paroles, c’est du vent ; il est grand temps de promouvoir des actes significatifs ; dans l’immédiat ; les premiers d’entre eux, dont dépend tout le reste, est la lutte contre les bouleversements climatiques ; une taxe sur les carburants, payée seulement par les moins responsables est franchement de la provocation !
En conclusion, je me référerai aux réponses de l’infatigable voyageur de la pensée, auteur prolixe dont une vingtaine d’ouvrages interroge la société sur ses évolutions : Michel Serres
Quelle sortie de crise voyez-vous ?
«Les événements ont toujours été imprévus. Pensez-vous que celui qui a pris la Bastille prévoyait la Révolution française ? La sortie de crise aura lieu dans des circonstances que je ne vois pas et que d’ailleurs, tout le monde ignore.»
Diriez-vous que notre société, en tout cas sous le modèle que nous lui connaissons, est en danger ?
«Je ne dis pas qu’elle est en danger, je dis qu’elle est si nouvelle que nous peinons à la voir telle qu’elle est. Ce que je repère, c’est son extraordinaire nouveauté, et des institutions et de partis qui n’ont pas su évoluer avec elle. Nous n’avons pas inventé un nouveau système, on est en manque de ça.»
À propos de la sortie de crise, les politologues croient distinguer deux voies possibles : un retour à «l’ancien monde», avec la reconstitution du modèle gauche/droite qui serait plus à l’écoute de la société, ou la tentation d’un État totalitaire en France. Partagez-vous cette analyse ?
«La première solution est impossible, et la deuxième n’est pas souhaitable. La première est impossible, parce que si elle était possible, ce serait déjà fait, les partis politiques auraient déjà repris la main. Et la seconde est évidemment la pire. Macron est extrêmement fragile, parce qu’il est cerné par l’extrême gauche et l’extrême droite. Et l’histoire du XXe siècle a montré que les pires régimes se sont toujours construits sur une sorte de liaison secrète et explosive entre les deux extrêmes : le national-socialisme d’Hitler fut l’alliance de la dictature et du prolétariat.»

Alors, méfiance !

signé Georges Vallet

crédits photos:http://citation-celebre.leparisien.fr/citations/64660
Michel Serres : «Une réalité sociale complètement nouvelle» Michel …
https://www.petitbleu.fr › Actu › Société

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6 commentaires

  • Pierre-Michel Vidal

    “Tu ne dois pas t’étonner si sur cet océan qu’est la vie, les ouragans nous assaillent et nous malmènent, à partir du moment où nous nous proposons principalement de déplaire aux scélérats”
    Boèce “Consolation de la Philosophie”

  • « l’armée est appelée à assurer l’ordre, »
    Ce n’est pas exact l’armée est appelée à surveiller et protéger des bâtiments et je ne vois vraiment pas où est le problème
    « le sénat est contesté »
    Rien de neuf, le sénat était déjà contesté par de Gaulle et il l’est fort justement par la majorité des français, depuis belle lurette
    « une démocratie qui s’appuie nécessairement (par essence) sur le consensus le plus large »
    Où est le problème ? Les français viennent de voter, ils ont installé une large majorité à l’Assemblée Nationale pour enfin faire évoluer la France suivant un programme qui a été présenté avant le vote.
    Ce n’est quand même pas une minorité de hors la loi qui va décider non ?

    • Pierre-Michel Vidal

      Un pouvoir autoritaire qui ne prend pas le temps d’écouter, incapable de résoudre les émeutes qu’il suscite, qui prétend supprimer le sénat quand il lui fait des remarques justifiées, qui s’appuie sur les militaires et des ex-joueurs de poker recyclés, qui fait la leçon à des intellectuels endormis. Vous ne « voyez pas le problème » cela ne m’étonne pas… Il s’agit d’une longue dérive, un tropisme auquel beaucoup de grands pays s’abandonnent: l’Italie, la Hongrie par exemple car ça convient à beaucoup de leurs citoyens. Ça devient le cas aussi dans notre pays.
      Pour beaucoup en effet la vie est belle… La question sociale ne les concerne pas directement. Donc ils ne se la posent pas et s’en remettent à « l’homme providentiel » (entre nous, celui-là n’est pas brillant). Est-ce là le chemin de la démocratie ? De la responsabilité individuelle et collective? Permettez-moi de me poser honnêtement la question. On peut trouver que la question de la démocratie, je veux dire de la liberté, est superflue à côté de celle de l’accumulation de richesses; préférer le quantitatif au qualitatif; le matériel au spirituel c’est un choix éthique que vous assumez sans complexe. Je ne pense pas que cela soit la promesse d’un monde meilleur.

      • « Un pouvoir autoritaire qui ne prend pas le temps d’écouter,…, qui prétend supprimer le sénat quand il lui fait des remarques justifiées, »
        On devrait effectivement, mais le gouvernement n’a jamais dit une seule fois qu’il voulait supprimer le sénat. Un peu d’exactitude.
        Ceci dit on devrait, ne serait ce que pour respecter la démocratie, les élections législatives.
        Il est seulement de diminuer de 30% le nombre de ces professionnels rentiers de la politique.
        « On peut trouver que la question de la démocratie, je veux dire de la liberté, est superflue .. »
        Qui dit cela ?
        La France ne serait pas un pays où règne la liberté et la démocratie ?

        • Pierre-Michel Vidal

          Qui a dit que la France n’était pas une démocratie et qu’on n’y était pas libre? Pas moi. Certes non. Nous sommes un grand pays libre et démocratique et les valeurs de la République y prévalent quoi qu’il faille les défendre. Néanmoins, la démocratie c’est la liberté de poser des questions. Allons nous vers plus de démocratie ou souhaitons-nous un régime plus autoritaire qui règle les questions sans notre participation ? Voulons-nous exercer notre libre-arbitre ou laisser prendre en main notre destin par une technocratie (« L’ énarchie ») omnisciente ? C’est une question qui se pose et je le vois vous avez du mal à comprendre son énoncé. C’est pourtant simple…

  • Pierre-Michel Vidal

    La difficulté c’est la méthode (on le voit dans ce site): l’invective remplace le débat; l’anathème couvre les objections; l’armée est appelée à assurer l’ordre, alors que nous avons un des meilleurs service d’ordre du monde; l’intolérance règne; les journalistes sont voués aux gémonies; le sénat est contesté; la violence verbale ou physique réduit la controverse. C’est la négation de la pensée dialectique, du dépassement des contraires sur lesquels repose la démocratie républicaine. Que voulons-nous ? Un état autoritaire (à la Poutine ou à la Orban) ou une démocratie qui s’appuie nécessairement (par essence) sur le consensus le plus large et qui prend le temps d’un débat horizontal non vertical (comme le fameux Grand Débat) ?
    C’est la question de la tolérance, de l’acceptation de l’autre qui est posée. Nous sommes de ce point de vue dans un moment de régression. Durera-t-il ? Les gènes de la démocratie qui sont en nous accepteront-elles ce retour en arrière de la Liberté ? L’avenir nous le dira.

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