Le désespoir des flics

Ce vendredi 19 avril 2019, les policiers de France sont descendus dans la rue. Ils se sont rassemblés pour dire leur souffrance face aux trop nombreux suicides des leur. En effet, ces gestes de désespoir ne cessent d’augmenter. La police, une administration bien particulière, qui connaît actuellement des difficultés. Mais est-ce que le problème est aussi simple qu’il y paraît ?

Commençons par dire que ce nombre de suicides traduit à l’évidence un malaise qui devient maintenant chronique. Cependant peut-on affirmer sans risque de se tromper que les motivations de ceux qui ont décidé de mettre fin à leur vie sont directement liées à leur condition de travail ou plus généralement à l’exercice de leur profession ? C’est en tout cas ce que semblent dire les syndicats. Mais même si ces suicides résultent de problèmes personnels, ils auraient peut-être pu être évités. Une hiérarchie plus attentive aurait été en capacité de détecter certaines souffrances. Les syndicats qui se targuent d’être à l’écoute de leurs collègues, n’ont pas été plus performants.

C’est une vérité qui relève du truisme que d’affirmer que les conditions de travail des policiers sont à la fois difficiles sur la plan humain et contraignantes du point de vue de la disponibilité. L’actualité en donne la mesure. Ces confrontations violentes et hebdomadaires dans un climat insurrectionnel finissent par peser lourdement sur le moral. La vie familiale en fait les frais. Les émeutiers s’en prennent aux policiers qui évidemment se sentent injustement exposés. Dans le même temps, le climat de suspicion qui pèse sur les forces de l’ordre, devient de plus en plus difficile à accepter. Ces considérations valables en regard de l’actualité et qui concernent le maintien de l’ordre pourraient également être étendues aux actes des procédures judiciaires. Ces dernières années, les contraintes dans ce domaine au prétexte du respect des libertés individuelles, se sont accrues de façon exponentielle. Toutes ces obligations procédurales étant particulièrement chronophages, finissent par atteindre le but inverse à celui recherché. En effet le temps passé à rédiger des actes compliqués de procédure pénale est autant de temps en moins consacré à la présence sur la voie publique pour la protection de personnes et des biens. Il faudra peut-être qu’un jour le législateur ou plus généralement le politique en prenne conscience.

La hiérarchie a du mal à se situer, elle se trouve coincée dans un étau à trois mâchoires. D’un côté les syndicats qui sont dans la contestation quasi permanente de l’autorité et qui se situent la plupart du temps dans une logique de cogestion, conduisent les chefs dans une position de repli. D’un autre côté le comportement des magistrats qu’ils soient du parquet ou de l’instruction, prive les chefs d’une responsabilité qui normalement leur revient. Est-il acceptable en effet qu’un parquetier ou un juge d’instruction, adresse ses instructions directement à un policier sans passer par la voie hiérarchique et sans informer cette dernière ? Cette situation ubuesque est pourtant très courante. La troisième mâchoire de l’étau se trouve dans l’exigence des politiques qui ont fixé des objectifs de lutte contre la délinquance, c’est la culture du résultat. Cette exigence, ce règne des statistiques, est à l’origine d’effets pervers qu’il serait ici trop long à énumérer. Marginalisée, la hiérarchie policière se trouve donc plus encline à gérer sa carrière qu’à s’investir dans la gestion qui lui incombe.

Revenons sur le rôle des syndicats de police. En premier lieu il faut observer qu’ils sont nombreux et divers. Il se disent tous apolitiques, autonomes, mais cachent difficilement leur véritable engagement. Ils sont sur toutes les lignes et le téléspectateur ou observateur attentif est étonné de voir qu’à la moindre occasion, faits divers, services d’ordre ou émission de télé, ce sont des syndicalistes qui viennent témoigner (ce qu’ils disent est d’une banalité confondante), exprimer leur opinion. Comme si la hiérarchie policière était absente ou du moins privée d’un service de communication dûment reconnu. Il en va tout autrement chez les gendarmes.

Et puis ce sentiment de plus en plus prégnant que ressentent les policiers de ne plus pouvoir remplir leur mission. Dans un livre intitulé « La peur a changé de camp »*, Frédéric Ploquin analyse en profondeur ce phénomène. Il écrit : « La situation a changé en moins de quatre ans. Chaque jour, chaque nuit, des policiers entament leur travail la peur au ventre. Face aux caïds de tous gabarits, les forces de l’ordre ne font plus le poids. Du moins sur ces territoires que des années d’émeutes urbaines, de minutieux guets-apens ont soustraits aux lois de la République. Aujourd’hui ces territoires isolés se sont étendus à la France entière. ».[…] « La formule : « ils ont tué la police » résonne partout au cœur de la police nationale ».

Enfin un élément qui à première vue pourrait paraître anodin, mais qui, à mon sens, ne l’est pas : la création dans presque toutes les villes de France de polices municipales. Celles-ci, c’est une évidence, ont été créées pour des raisons électoralistes plus que dans le souci d’améliorer les conditions de sécurité des citoyens. Et ça marche même si la délinquance ne régresse pas ! Face à ces polices municipales, les policiers de la police nationale se sont dans un premier temps, réjouis d’être débarrassés de certaines de tâches qu’ils jugeaient peu gratifiantes. Mais très vite l’illusion s’est avérée. Les nationaux constatent que les municipaux sont beaucoup mieux équipés qu’eux en matériels de tous genres : locaux, véhicules et armement. Leur traitement s’est calqué sur ceux des nationaux. Alors ils les regardent d’un œil envieux et se sentent par comparaison, déconsidérés.

Le problème du malaise de la police nationale est sans aucun doute réel et chronique, mais il ne trouvera pas sa solution dans la seule amélioration des conditions matérielles de travail quoi qu’en disent les syndicats. La solution est bien plus compliquée.

Pau, le 22 avril 2019

par Joël Braud

*Edition Albin Michel

Crédit photo : profession gendarme

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7 commentaires

  • J’ai décidé de boyccoter JM Apathie suite à sa chronique sur ce « journaliste » qui n’avait pas d’ailleurs de carte de presse au moment des faits. comme vous le dîtes c’est du corporatisme. Il y a certains journalistes qui ne controlent pas assez leurs infos avant de les diffuser. J’ai entendu sur la même radio Axel de Tarlay en parlant de la francophonie dire qu’au Vietnam on parlait encore le français. Quelle blague! les vietnamiens apprennent l’anglais comme premièe langue étrangère. N’oublions pas que nous avons quitté le Vietnam en 1954.

  • Pierre-Michel Vidal

    La France condamnée par l’ONU pour la violence de la répression des « manifestations » des Gilets jaunes cela ne s’est jamais vu sous la Vème république. La réponse méprisante d’un pouvoir qui donne sans cesse des leçons de démocratie est éloquente. De même l’interdiction d’assister aux manifestations pour un journaliste, Gaspar Glanz comme vient de le décider le parquet. Le succès du livre de Juan Branco (100 000 exemplaires vendus en quelques jours) « Crépuscule » à charge contre Macron et boycotté par l’ensemble des médias montre qu’il y a une réelle inquiétude face à ce mode de gestion de la crise. La police, légitimement aux ordres d’un pouvoir démocratiquement élu, est la victime de ces directives répressives inédites. C’est elle qui paye cette politique du maintien de l’ordre brutale. C’est une situation potentiellement dangereuse qui interpelle tous les citoyens, quelques soient leurs sensibilités.

    • Le 22 avril 2019 sur la radio Europe 1, j’ai entendu un éditorial de Jean-Michel Apathie à propos de ce journaliste Gaspar Glanz. Il faut en le circonstance se méfier du corporatisme. J.M. Apathie s’est complètement fourvoyé dans son analyse juridique considérant que la garde à vue est une sanction. La garde à vue n’est pas une sanction. Les policier ont retenu deux qualifications pénales qui, l’une autant que l’autre, est un délit et l’une autant que l’autre étant un délit, peut justifier une mesure de garde à vue. Maintenant les qualifications pénales retenues par les services enquêteurs n’ont que valeur indicative et n’obligent pas les magistrats du parquet ou de l’instruction. Il est donc inexact de dire, comme le fait J.M. Apathie, que les policiers n’étaient pas autorisés à décider d’une mesure de garde à vue au prétexte que le juge d’instruction n’a retenu qu’une qualification pénale sur les deux énumérées par les policiers. En la circonstance, M. Apathie s’est trompé et a abusé tous ceux qui l’ont écouté… et cru.

      • Michel LACANETTE.

        Il serait intéressant de lui faire part de vos arguments et point de vue. Peut être que cela l’ amènera à corriger publiquement ses propos.

  • Le livre « Guerilla » de Laurent Obertone est certes une fiction, mais il y a des fictions qui sont prémonitoires. Pour 10€ découvrez un scénario possible de ce qui nous attend.

    • Vous faites une publicité. Cela vous rapporte combien par vente. Il eut été plus instructif de votre part de nous dire ce qui permet d’affirmer que cette fiction est prémonitoire. D’autre part l’usage que vous semblez ignorer veut que lorsqu’on cite un ouvrage on précise le nom de l’éditeur. Voilà les raisons qui ont fait que votre commentaire a tardé à paraître.

  • « La formule : « ils ont tué la police » résonne partout au cœur de la police nationale ».
    Cela résonne en écho à :  » Suicidez vous ». La situation de la police n’ est que le recto verso d’ un même problème qui n’ est que l’ abandon par l’ Etat des banlieues, mais également des petits pays de fonds de campagne où y règne aussi autant le mal vivre et le vandalisme que dans les banlieues .
    Cela n’ est que l’ aboutissement de la pensée Enarchique de nos responsables qui ne voient que l’ avenir du pays dans le coeur des grandes villes à  » bobos » à fort pouvoir d’ achat. Tout le reste n’ est que menu fretin qui compte pour du beurre. Il serait peut être temps que nos responsables se rendent à l’ évidence qu’ ils sont en train de bafouer le mot Egalité de la devise républicaine en voulant créer une France à deux vitesses.
    Cela est d’ autant plus pénible à supporter par les policiers que beaucoup sont d’ origine de petits pays de fonds de campagne et du jour au lendemain se retrouvent à se battre pour l’ autre France des  » bobos » de salons feutrés. A vouloir se comporter ainsi, nos responsables ont ouvert la boîte de pandore qu’ il sera très difficile de refermer. Peut être même que la prochaine réponse aux GJ sera l’ amorce du problème des forces de police.

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