Il ne suffit pas de traverser la rue

La conférence de presse de M. Macron a été riche d’enseignements. Par son ton détendu, son sourire, son aisance, il pouvait emporter l’adhésion. On était loin de prestations guindées ou grandiloquentes comme il y en a eu sous la cinquième république. Ce résultat était probablement le fruit de l’entraînement intensif qu’il s’est imposé tout au long du Grand Débat (et au préalable, au sein de l’ENA, qu’il veut supprimer…). C’est une grande leçon qu’il a offerte aux demandeurs d’emploi et plus largement à toutes celles et tous ceux qui ont quelque chose à demander ou qui veulent convaincre. La confiance en soi, la force de conviction, la pédagogie, cela se cultive. On aura pu remarquer cependant le choix d’expressions qui ne sont pas familières aux publics populaires et qui marquent volontairement ou non une distance. Mais passons. Cela est préférable à des trivialités ou à des contorsions.
Pour ce qui est du fond, c’est autre chose.  On pourrait le résumer en : une série de demi-mesures. Ou plutôt des quarts de mesures ou des huitièmes de mesures. L’exemple le plus frappant est celui de la lutte contre le dérèglement climatique qui se limite à la création d’un comité et d’une assemblée nouveau genre. On aurait pu attendre plus de mesures énergiques contre le gâchis énergétique et la protection de l’environnement et des générations à venir !
Un autre exemple réside dans la question des retraites. S’il faut saluer le choix de la durée de cotisation plutôt que la hausse de l’âge légal de  départ en retraite, parce que c’est un choix juste, il convient d’être critique sur le retour partiel à une indexation des retraites. Car c’est une véritable spoliation qu’ont connu bien des retraités au cours des années passées. Il aurait fallu dédommager cette baisse du pouvoir d’achat. Au contraire, il va falloir attendre encore pour un début de rectification. Et un effet de seuil va être à l’œuvre : à 2000 euros on attendra l’an prochain, à 2001 euros il faudra attendre une année de plus.
On peut aussi observer des effets de trompe-l’œil : j’ai cru comprendre que seules les nouvelles retraites ne seront pas en dessous de 1000 euros. Quelle frustration pour ceux et celles qui ont aujourd’hui une petite retraite !
Le nombre de parlementaires va certes baisser, mais la réserve parlementaire sera-t-elle supprimée, abaissée ou maintenue ? Quant au coût et à l’efficacité des maisons de service public dans les cantons, on peut s’inquiéter. Même si cette mesure n’engendre pas de frais immobilier nouveaux, par exemple grâce à l’utilisation de locaux existants, Il est douteux que les fonctionnaires placés là aient une compétence universelle, des droits des chômeurs au régime fiscal de chacun. Un système de rotation au cours de la semaine pourrait pallier cette difficulté, ainsi qu’un recours aux moyens numériques.
Reste que la somme de ces mesures, qui sont parfois justifiées, comme la baisse des effectifs dans les classes pour les jeunes élèves ou le ménage dans les niches fiscales pour les entreprises, ne peut  donner l’impression d’un vrai changement de cap. Le conseiller économique de M. Macron pour sa campagne, M. Pisani-Ferry le reconnaît. La chasse au gaspillage n’est pas lancée, la lutte contre l’évasion fiscale et les paradis fiscaux (y compris européens) n’est pas relancée. De plus, la pression fiscale sur les entreprises n’est pas répartie de façon différentiée entre celles qui investissent, qui traitent bien leurs employés et celles qui licencient ou donnent la priorité à la rémunération des actionnaires et des dirigeants. Enfin, la distinction entre activités productrices ou innovantes et activités d’intermédiaire (grossistes, publicité, jeux récréatifs…) n’est pas faite. A voir l’importance donnée à des matchs aussi bien dans les médias que dans la poche des spectateurs, on peut faire la comparaison avec la Rome du déclin.
La conclusion de bien des citoyens pourrait être : des miettes pour celles et ceux qui ont du mal à boucler les fins de mois et impunité pour les profiteurs du CICE qui n’ont pas créé les emplois promis.



Paul Itaulog

Crédit photo : Libération

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