L’esprit de tolérance

« La discorde est le plus grand mal du genre humain, et la tolérance en est le seul remède ».

Voltaire.

Les très nombreuses réactions sur ma critique du livre de Juan Branco « Crépuscule » sont pour moi, un sujet d’étonnement. Je me réjouis d’abord qu’un livre, à l’heure du tout numérique, puisse encore déchaîner les passions. N’avait-on pas prédit la mort du papier à très court terme ? Il n’en est rien et c’est même tout le contraire quoique Juan Branco se soit fait connaître grâce à son blog et que beaucoup aient téléchargé le livre pour « l’acheter plus tard » comme le dit un de nos commentateurs. Du point de vue de la propriété intellectuelle et plus prosaïquement des droits d’auteurs, cela pose, cher ami, des interrogations morales.

Le livre papier n’est donc pas mort, comme n’est pas mort le journal papier ; les deux prennent des formes nouvelles et touchent les lecteurs d’une autre manière : voire le succès du trimestriel journalistique XXXL, du magazine sportif SO FOOT ou encore du trimestriel de variétés SCNOCK dont je fais mon délice –entre autres. Tous sont décalés dans le traitement de leurs sujets comme dans les sujets qu’ils abordent. On ajoutera qu’ils s’adressent à un public aisé, puisqu’ils sont chers et diffusés essentiellement en librairie. On observera aussi que de nombreux projets littéraires, cinématographiques voire théâtraux sont désormais financés par des systèmes coopératifs avec des résultats parfois brillants : on va directement du producteur au consommateur, si on veut. On se passe ici des prescripteurs : aides de l’Etat sous toutes ses formes – Cnc, régions, départements, commandes publiques- ou « grandes » maisons d’édition et appuis de critiques « reconnus » et incontournables.

Le succès de « Crépuscule » malgré l’absence de ces prescripteurs –et dans ce cas contre eux- est un phénomène sans précédent. Dans le même ordre d’idées, on peut aussi mobiliser une partie conséquente de la population à partir de facebook, en se passant des organisations syndicales ou autres groupes prétendument structurés mais souvent éloignés des préoccupations de la base. Ces appels et surtout leurs réponses étaient inattendus. C’est vrai aussi pour la musique : de plus en plus de groupes ou d’artistes se révèlent sur internet.

Tout cela, les hommes politiques l’avaient compris sans le dire depuis un certain temps et c’est la base du fonctionnement d’un parti comme La Rem. C’est ce mécanisme qui m’a intéressé en premier lieu : le point de vue de l’observateur, du sociologue, de l’anthropologue même. Faut-il se réjouir de ces nouveaux circuits ? De mon point de vue, oui ! Les aides de l’Etat n’ont jamais favorisé la liberté d’expression pas plus que les caciques qui font ou défont les carrières au grès de leur humeur. C’est ainsi en tous les cas et le mouvement n’ira pas en s’inversant. Il y aura d’autres « Crépuscule ». Visiblement je n’ai pas été compris dans ces observations somme toute consensuelles que j’avais voulu souligner d’emblée dans mon papier.

Ensuite j’ai été touché par le ton violent employé par certains dans leurs commentaires. Première réponse : je ne fais de « publicité » comme il a été écrit car je ne reçois pas d’argent. La publicité implique un échange de service contre de l’argent. Pour faire du journalisme honnêtement, il ne faut pas s’intéresser à l’argent ; comme le grand public l’ignore, c’est un métier mal payé et les sollicitations, même séduisantes, sont mortelles pour qui s’y risque. Ainsi, je ne connais pas Juan Branco. Je ne sais pas d’où il vient et j’ignore quelles sont ses motivations. Cela ne m’intéresse pas.

Avant tout je suis un homme libre et j’ai lu son livre dans cet état d’esprit. Quant à la remarque de M. Larrouture –un patronyme très connu dans le monde taurin- oui ! Je connais Marion Mazauric de longue date – je ne m’en suis pas caché-, oui ! Comme elle je suis aficionado –et j’en suis fier. C’est aussi le cas de Botero, Vargas LLosa, Francis Wolf et avant eux de Lorca, Hemingway, Orson Welles, Cocteau, Bataille, Manet, etc., etc. Que Branco soit aficionado je ne saurais le dire : Je l’espère…

L’agressivité de ces commentaires, souvent attaques ad hominem, donne à penser. On cherche à blesser en fait… L’incapacité d’accepter comme respectable un point de vue différent, d‘écouter l’autre, est assez effrayante. Ainsi, certains se voient comme détenteurs d’une vérité indiscutable et se croient obligés d’écraser de leur mépris tous ceux qui pensent différemment. C’est typique de la pensée stalinienne qui n’admet pas la contradiction et en définitive refuse le mouvement. C’est un facteur de sclérose sociale et économique sans parler des conséquences catastrophiques que cela peut avoir sur le « vivre ensemble ».  Est-ce l’influence des « systèmes de pensée »  populistes qui ont le vent en poupe et qui pointeraient ici le bout de leur nez ? Cela fait peur, en tous les cas.

L’esprit de tolérance doit prévaloir sur la passion, le débat ou même le pamphlet. Même si ce n’est pas dans l’air du temps et que cela peut coûter cher parfois, même si on ne peut pas se prévaloir d’un beau mot et d’une adhésion facile à des idées simplistes, même si on doit affronter la violence des vents contraires et l’humiliation des anathèmes n’ayons pas peur de brandir cette oriflamme…

Pierre Michel Vidal

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11 commentaires

  • « L’agressivité de ces commentaires, souvent attaques ad hominem, donne à penser. On cherche à blesser en fait…  »

    C’est rigolo quand on parle de commentaires sur Branco et son ouvrage, regardons avec quel mépris il parle du Président de la République :

    « Tout simplement, en montrant que cet être n’a respecté que formellement notre système démocratique, et l’a au contraire effondré. Et que l’illégitimité ressentie par une majorité de nos concitoyens correspond à une réalité.

    Avec quel mépris il considère les journalistes :

    « Nous avons raconté sur Twitter et ailleurs les mécanismes amenant à l’organisation des vingt-heures de TF1, des interviews présidentiels de France 2, la nomination et du recrutement des journalistes selon des affinités diverses, les systèmes de compromis et de redistribution qui se mettent en place à toutes les échelles pour s’assurer que mot ne sera dit des mécanismes qui président à la production de l’information. »
    Ainsi donc nos journalistes sont tous achetés, tous pourris ?
    Triste sire ce Branco.

    Seul Branco et ses copains les GJ détiennent la vérité :

    « ils (les GJ) ont compris sans avoir à l’entendre, entre autres, que la taxe carbone n’était qu’un habillage pour faire payer à tous ce que quelques-uns, par l’ISF, l’exit, la flat taxe et mille
    autres dispositifs récupéraient. »

    Sauf que ce qu’il écrit est faux puisque la taxe carbone est très antérieure à la suppression de l’ISF (F Hollande) et surtout que la suppression de l’ISF était clairement dans le programme du candidat Macron !!!

    On pourrait citer des dizaines de phrases du même style.
    J’arrête là.

  • « Première réponse : je ne fais de « publicité » comme il a été écrit car je ne reçois pas d’argent. La publicité implique un échange de service contre de l’argent. »

    Mais non, faire de la publicité n’implique pas de recevoir de l’argent ou autre échange de service, la définition sur mon vieux Larousse papier est claire :
    « Ensemble des moyens employés pour faire connaître une entreprise industrielle ou commerciale, pour vanter un produit, etc . »

  • Michel LACANETTE.

    A lire ces propos et ceux de l’ article précédent « Crépuscule » selon Juan Branco on ne peut que constater que
    l’ Esprit de Tolérance ne règne pas dans les rangs d’ Alternatives-Pyrénées. Force est de constater qu’ il y a un grand fossé entre les différents commentateurs qui dépasse le débat démocratique normal. Fossé qui n’ est peut être que la représentation de celui qui ronge notre société en cette période brumeuse et brouillonne où chacun cherche désespérément sa voie sans trouver une porte de sortie salvatrice pour donner un peu d’ air et calmer les esprits.

  • Ah pardon, Monsieur Vidal, ce n’est peut-être pas à vous que s’adressait ma remarque, mais aux administrateurs du site. Je voulais les informer.

    Nous avions l’habitude de mettre des * pour qu’apparaissent des mots en italique et des ** pour les mots en gras. Je suis allé voir ici même, en haut, rubrique « Aide, menu déroulant -> Commentaires » comment faire désormais vu que ce n’est plus ainsi. C’est là que j’ai appris le nom de cette méthode. Voyez, ma science est toute récente 😉

  • la syntaxe « markdown » que vous préconisez semble ne pas marcher du tout

    • Pierre-Michel Vidal

      « la syntaxe « markdown » » : Franchement je ne sais pas de quoi il s’agit… Je suis comme M. Jourdain je fais du « markdown » sans le savoir. Mais je vais me renseigner. Merci du conseil.

  • > »Du point de vue de la propriété intellectuelle et plus prosaïquement des droits d’auteurs, cela pose (…) des interrogations morales »
    Votre affirmation est étonnante. C’est Monsieur Branco, lui-même, qui met son pamphlet en ligne et à disposition gratuite du lecteur. C’est sa volonté. Dès lors il n’y a aucun problème de droits d’auteur, puisque c’est lui-même qui les abandonne. Encore moins de propriété intellectuelle puisque nul ne se prévaut de son ou parties de son texte. Je suis de ceux qui l’ont lu sans aucune volonté de « *l’acheter plus tard* » puisque Monsieur Branco m’y autorise.

    Quant à votre fin, PierU m’a devancé. « *souvent attaques ad hominem, donne à penser. On cherche à blesser* » : ne sont-ce pas exactement l’esprit et la lettre de ce livre ? Vos deux derniers paragraphes auraient pu conclure votre critique de Crépuscule.

    Je ne résiste pas à proposer ceci à votre relecture, qui vous *donnera à penser* :
    >On cherche à blesser en fait… L’incapacité d’accepter comme respectable un point de vue différent, d‘écouter l’autre, est assez effrayante. **Ainsi, certains se voient comme détenteurs d’une vérité indiscutable et se croient obligés d’écraser de leur mépris tous ceux qui pensent différemment**

    • Pierre-Michel Vidal

      Le choix de Branco de mettre son texte en libre accès pose question mais c’est son choix; « sa volonté » comme vous le dites à juste titre. Je ne l’approuve pas.

      Je ne trouve pas de « mépris » dans le livre de Branco et il n’y a aucun risque qu’il écrase ceux qui pensent différemment de lui. Relativisons: ce n’est qu’un succès d’édition, un point de vue à prendre comme tel. Il ne découragera pas les entreprises de ceux qui sont visés. Bien sur, il est légitime et naturel de ne pas approuver ou de contester ce texte. Il est fait pour ça. Ca n’est donc pas un problème. Le problème c’est de l’ignorer.

  • > L’esprit de tolérance doit prévaloir sur la passion, le débat ou même le pamphlet.

    Il est assez plaisant de vous voir écrire cela, alors que votre article précédent fait justement l’éloge d’un livre qui peut sans trop exagérer être qualifié de « pamphlet ».

    Mais la tolérance que vous appelez de vos voeux semble sous votre plume devoir être souvent à sens unique, tant vous pouvez l’oubliez et devenir extrêmement vindicatif envers les idées ou conceptions qui sont éloignées des vôtres. Et c’est sans parler de la pratique de la censure désormais installée sur ce site, que non seulement vous cautionnez mais que vous avez déjà réclamée.

    Enfin, néanmoins réjouissez vous : vous avez de moins de moins de commentaires intolérants à déplorer, vu qu’il y a de moins de moins de commentaires tout court sur le site. Bientôt vous allez pouvoir fermer les commentaires et vous exprimer sans risque d’être contredit !

    • Pierre-Michel Vidal

      Je n’ai jamais souhaité exercer de « censure ». N’ayant pas la main sur les commentaires je ne risque pas de les fermer. Enfin je suis solidaire à 100% de notre « modérateur » et de toute l’équipe d’AP.

  • La question qui reste à poser est de savoir jusqu’où devons-nous tolérer l’intolérance.
    Cet épisode crépusculaire me rappelle celui vécu lors d’un « grand débat » organisé à Pau, foire exposition, avec des moments de vérité.
    Une jeune femme prend le micro et explique sa souffrance : elle est aide à domicile et intervient chez une vielle dame. Celle-ci l’accueille en lui disant, d’emblée : « je ne veux pas être servie par un animal ». Si l’on sait que cette jeune femme est noire, alors on comprend ce qu’elle peut ressentir. Elle explique avoir raconté son aventure à sa hiérarchie, qui eut pour réaction : »Ne faites pas attention, c’est une vielle dame. »
    Les vielles dames peuvent, elles aussi, avoir des a priori…

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