Siete de julio, San Firmin !

Uno de enero, dos de febrero, tres de marzo, quatro de abril, cinco de mayo, seis de junio, siete de julio San Firmin !

Chanson populaire.

Il est un peu « convenu » d’évoquer Hemingway à chaque fois que l’on nous sert le « marronnier » annuel sur la San Firmin dans la presse. Il s’agit le plus souvent pour le préposé d’évoquer quelques souvenirs personnels de bringues de jeunesse et de citer le « grand écrivain américain », au sujet duquel le philosophe et aficionado Francis Wolf me disait : « je n’ai pas eu le choc Hemingway ! ». Pampelune existait avant « Uncle Ernest » et existe après lui, même si, un buste le rappelle devant les arènes, l’Américain a beaucoup fait pour la célébrité de ces fêtes extraordinaires non seulement par leur massification mais surtout par leur capacité à évoluer sans perdre leur caractère spécifique.

Il faut le rappeler avant tout, sans le taureau de combat, le toro de lidia, sans les encierros et les corridas, Pampelune ne serait rien d’autre qu’une beuverie massive, une fête de la bière qui ne durerait pas. Malgré les flots de richesse qu’elles amènent, les fêtes ne font pas l’unanimité dans la ville surtout dans les milieux indépendantistes ou autonomistes –la situation navarraise étant difficile à démêler de ce point de vue. Plusieurs formations venues de ce courant de pensée, essentielles pour constituer des majorités municipales, demandent leur disparition pure et simple. Comme Bildu, parti indépendantiste basque, un temps aux commandes de la mairie de Saint-Sébastien, avait mis son veto aux corridas lors de la Semana Grande. Depuis les choses sont rentrés dans l’ordre.

Tout tourne autour du toro à Pampelune : le matin c’est l’encierro, puis la visite des corrals du Gaz, le sorteo rendez-vous chic pour le tirage au sort des toros, l’après-midi l’encierro Txiki pour les enfants, la corrida, l’encierillo la nuit tombée. Cette dernière tradition, réservée aux chanceux qui ont obtenu l’autorisation municipale d’y assister, consiste à amener les toros du bas de la ville aux corrals de Mercaderes où ils seront libérés le lendemain matin pour leur course folle. C’est un instant poétique : la montée est annoncée par le son d’une corne et s’effectue dans la pénombre, les toros conduits par leur congénères dressés, les cabestros. Et bien, cette tradition est en passe d’être supprimée : les anti-taurins ayant obtenu que les toros soient désormais amenés en camion. On n’arrête pas le progrès…

C’est grâce au toro que Pampelune reste Pampelune. Le toro qui a permis de conserver toutes ces belles traditions : comme les gigantes y los cabezudos, les Jotas navaresas, le défilé du Saint, les fandangos sur la Plaza Mayor, l’Antigua Chucherria ou le défilé de la Pamplonesa, l’harmonie municipale. Tout cela survit grâce à la présence de l’animal sauvage dont la course, l’encierro, est suivie dans le monde entier par des centaines de millions de téléspectateurs.

Le reste, Hemingway ne l’aurait pas supporté : les marchands du temple ont envahi la rue et le chaland est agressé en permanence par des vendeurs de pacotilles, interrompant sans vergogne les repas ou les conversations. Ce sont des gangs organisés en réalité, que l’on laisse opérer en toute impunité. Les bagarres sont devenues monnaie courante et l’an dernier un viol en réunion a défrayé la chronique espagnole. C’est aussi le rendez-vous de bandes de sans-abris, venus de toute l’Europe avec leurs chiens maigres et imposants. Et surtout pour beaucoup c’est le prétexte à une beuverie « tout au long de la nuit » qui est en fait le but unique du déplacement. Leur mot d’ordre est simple : « je fais à Pampelune ce que je ne ferai pas chez moi » à Hambourg, New-York ou… Pau, pour ceux-là faire la fête : « c’est se mettre minable ».

Les vrais festayres gardent au contraire leur dignité. Ils vont vêtus de leur tenue blanche impeccable et même s’ils boivent le rouge de Navarre à la bota, la gourde de peau, ils ne se tâchent jamais. Leur foulard rouge autour du cou est impeccablement repassé. Ils sortent en famille, les grands-parents sont là avec leurs chandails bleu marine posés sur les épaules et les enfants turbulents sont habillés comme des gravures de mode. Durant la corrida, au quatrième toro, la famille, qui a son abonnement d’ombre depuis des générations, sort un casse-croûte substantiel et le partage avec ses voisins. Ceux-là, des Pamplonnais pour la plupart, savent faire la fête.

La fête ce n’est pas de la littérature (même décrite par un prix Nobel) c’est une culture vivante.

Pierre Michel Vidal

(Photo DR)

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11 commentaires

  • Au sujet de la sélection : Mes parents qui élevaient du bétail savaient très bien reconnaître, avant le sevrage par simple observation, la qualité future d’un veau et décider de son orientation (renouvellement du cheptel, engraissement ou veau de boucherie). Je doute fortement qu’un professionnel de l’élevage de taureaux de combat ne sache pas en faire autant ; c’est-à-dire déceler avant le sevrage les aptitudes d’un veau pour la corrida.

    Au sujet de votre compte des ha. : Je pense que vous ne tenez pas compte des surfaces qui sont affectées à la production de nourriture pour le bétail (prairies artificielles, rotation de cultures, maïs pour l’ensilage, etc…). Lorsqu’on se promène dans la campagne, on peut voir un peu partout des balles de foin qui ont remplacé les troupeaux. Cette évolution (ou révolution) m’a interpellé.
    La surface dont dispose en moyenne chaque vache en France pour se nourrir et pour recycler ses déjections est de 1ha. (Source Institut de l’Elevage). Pour un calcul plus approfondi voir « Unité Gros Bétail ( ou bovin) » par exemple.
    Chez moi il y avait 18 vaches adultes (blondes d’Aquitaine) sur 24 ha. de prairies permanentes (prés naturels et quelques taillis qui étaient des anciennes pâtures jusqu’à la mi-XXe). Cet élevage situé sur des coteaux séchants du Béarn était plutôt de nature extensive.

    Un dernier complément à mon commentaire sur le terme « sauvage » qui devrait interpeller un écologue (il y en a sur ce site) : Il me semble que la finalité d’une vie animale est de transmettre ses gênes (voir par exemple et si je ne m’abuse, une publication passionnante de Robert Barbault).

  • « Le toro de combat est sauvage au sens où il vit en sauvage, librement sur de grands espaces ce dont aucun animal d’élevage ne bénéficie. »

    La définition donnée du terme « sauvage » me paraît discutable. J’y vois même un côté novlangue….
    Elle étend la « liberté » à une liberté restreinte et surveillée. Elle ne concerne que des mâles sélectionnés lorsqu’ils étaient veaux. Les autres, avec la plupart des velles, sont certainement dirigés vers la filière viande.
    Les vaches ne bénéficient pas de la même liberté que les taureaux de combat. Elles sont regroupées à part avec un taureau sélectionné par l’éleveur.

    J’ai visité récemment, lors d’un séjour en Espagne, un élevage de 1000 taureaux sur 33 ha. (Dans mon village, l’élevage d’une vache nécessite plus d’un hectare).
    Les taureaux sont élevés jusqu’à l’âge de 5 ans. Leur stature est impressionnante. Leurs cornes protégées. Ils font certainement parti des taureaux de combat jugés faibles du train avant par les « aficionados ».
    J’ai retenu que les propriétaires étaient attentifs à la sélection mais aussi à l’état sanitaire du troupeau. Leur état de bonne santé apparent est peut-être un signe de bien-être. Qui sait ?…

    Combattre ou se mesurer à des taureaux date certainement de la nuit des temps,
    Barbarie mise à part mais qui le condamne, le rite tauromachique peut être vu comme « un art de l’emplacement et du déplacement ». C’est certainement là toute sa valeur qui est autre chose que simple tradition :
    Le taureau, brave, occupe d’abord toute la surface de la piste. Le torero sait amener le taureau à sa juste place. L’arène d’abord polarisée par l’intensité de la puissance du taureau est, à la fin, polarisée par la bravoure du torero.
    Ce rite serait l’expression spatiale d’une puissance personnelle. Elle illustrerait, comme le flamenco, ce que signifie « pendre place ».

    Cette analyse spatiale de la corrida avec également un lien avec le flamenco, reprend un passage du livre de l’urbaniste Michel Lussault (de la lutte des classes à la lutte des places. Grasset ; 2009). A noter que dans son analyse « des luttes d’espaces, de distances, de limites, de places », cet auteur se réfère aussi à… Hannah Arendt.

    • Pierre-Michel Vidal

      Cher M. Larrouture votre analyse sur la spatialité est intéressante. La géométrie en effet est à la base de la corrida.
      Ne dites pas, s’il vous plaît que les mâles sont sélectionnés; heureusement que non c’est même strictement prohibé. Tous les mâles vivent dans les mêmes conditions, éloignés de l’homme par définition. Sinon on ne pourrait pas les combattre. Ce sont les vaches qui sont sélectionnées. Si elles sont retenues comme mères, elles vivent dans les mêmes conditions que les mâles jusqu’à leur vieillesse. Elles finissent alors chez l’équarrisseur, comme nous allons tous finir les pieds devant…
      Vous avez par ailleurs bien de la chance de vivre dans un village avec un hectare par vache.100 vaches = 100 hectares!!! Soit la terre est donnée soit c’est un village d’éleveurs millionaires.
      Respectueusement…

      • > « Vous avez par ailleurs bien de la chance de vivre dans un village avec un hectare par vache.[…] Soit la terre est donnée soit c’est un village d’éleveurs millionaires. »

        Ah bon ? En élevage extensif 1ha/vache semble être au contraire tout à fait dans la norme suivant les diverses sources que je peux trouver. Par exemple ici il est indiqué 30 à 40ha pour un élevage de 30 vaches (+ les veaux évidemment) :

        https://www.agriculturepaysanne.org/files/AGAP-2014-Fiche-bovin.pdf

  • Pierre-Michel Vidal

    En réponse à PierU:

    Vous parlez de ce que vous ne connaissez pas. Votre ignorance de l’élevage du « toro de lidia » qui n’a rien à voir avec le « taureau » est totale. Mais bon, avoir le dernier mot ne m’intéresse pas… Alors restons en là.

    • > « Vous parlez de ce que vous ne connaissez pas.  »

      Bof, j’en ai autant à votre service concernant l’élevage extensif ovin, par exemple. Pourtant c’est de la culture locale, non ?

      >  » Votre ignorance de l’élevage du « toro de lidia » qui n’a rien à voir avec le « taureau » est totale.  »

      Ah, c’est tout à fait possible. Eclairez-moi donc dans ce cas (et je suis sûr que d’autres bénéficieront de cette lumière avec moi) : qu’ai-je écrit d’erroné ?

      « toro de lidia », qui n’est apparemment rien d’autre que le terme espagnol pour « taureau de combat » (certains aiment les anglicismes, d’autres les espagnolismes), n’aurait donc rien à voir avec un autre taureau ? Diantre…

  • L’évolution des traditions festives est générale. Je pense qu’il faut appréhender ce phénomène à toutes les échelles des villes et villages et ne pas seulement focaliser sur les plus célèbres.

    Pampelune est devenue une destination obligée pour une grande partie de la jeunesse locale, voire de la génération précédente.
    La plupart des « festayres » locaux calent leur calendrier festif d’été sur les fêtes de Pampelune, Bayonne, Mont-de-Marsan et Dax.

    Je ne sais pas s’ils vont « se mettre minable ». Pas tous en tout cas et puis ils ont une sacrée résistance à l’alcool. C’est ce que je déduis en voyant l’activité des bars (buvettes) dans toutes les manifestations locales. J’évalue le nombre de verres engloutis par un ou une jeune, à chaque soirée d’un week-end, à une douzaine de « jaunes ».
    Je pense que nous avons rejoint les anglo-saxons dans la résistance à l’alcool…

    Les fêtes des villes moyennes subsistent avec plus ou moins de succès. Pour ce que je connais, Hagetmau maintien son niveau (mais on est en Chalosse). Orthez rassemble beaucoup d’adolescents ou pré-adolescents. Les marchands à la sauvette sont présents. Les bagarres également (plutôt en Béarn qu’en Chalosse me semble-t-il).

    Les fêtes des petits villages se résument à un repas communal, très couru, la messe, la cérémonie au monument aux morts avec « La Marseillaise » suivi d’un vin d’honneur (en fait apéritif comme me l’a fait remarquer la propriétaire du café du village qui, elle, possède une licence IV). Ce vin d’honneur/apéritif est offert par le comité des fêtes et rassemble aussi les élus et notables locaux. Il est animé par un petit orchestre qui, auparavant avait enlevé « La Marseillaise » dont l’usage est d’en relever les « couacs ». Pratiquement personne ne danse pendant cette réception.

    Fini le bal depuis longtemps et le barricot depuis plus longtemps encore. Seuls quelques gros villages maintiennent la tradition d’un bal avec un orchestre réputé.
    Fini aussi la gourde dans les champs où l’on se désaltérait avec du vin, ~2l par jour pour un cultivateur, sans verser une goutte. La consommation d’eau était encore suspecte pour des raisons d’hygiène (les puits étaient de construction récente et l’adduction d’eau n’était pas généralisée. La mémoire de sources viciées était très présente). De l’autre côté des Pyrénées le franquisme vivait ses dernières heures. Il a disparu et l’usage des gourdes aussi.
    Les usages évoluent donc partout.

    Je conclurais (avec un peu de malice..) que l’évolution des traditions festives est une illustration de la métropolisation, i.e. de la mondialisation/globalisation.
    Pour l’instant Pampelune garde ses taureaux comme Munich sa bière, Dunkerque son carnaval ou Lourdes sa Sainte-Vierge. Paris a sa plage et Bilbao son Guggenheim.
    Et je note dans la République de ce lundi que Bordes a connu deux nuits de succès pour Pyrène avec 4 000 personnes.

    Une remarque sur « l’animal sauvage » : Pour moi, le taureau de combat n’est pas un animal sauvage. Son caractère et sa vie sauvage sont gérés par l’homme.
    L’homme est toujours présent, y compris, dans les espaces de « liberté » qualifiés, d’ailleurs, d’« élevages ». Par exemple :
    Le taureau de combat est le produit d’une sélection génétique (cf. Domecq) pour répondre à la spécificité de la corrida.
    Le mâle dominant d’un troupeau de vaches n’a pas conquis sa place par sa bravoure. Ses cornes sont d’ailleurs fragiles et précieuses. Il a été choisi et sera remplacé par l’homme.

    • Pierre-Michel Vidal

      Le toro de combat est sauvage au sens où il vit en sauvage, librement sur de grands espaces ce dont aucun animal d’élevage ne bénéficie. Il est vrai qu’il est le produit d’améliorations génétiques menées de manières traditionnelles. La sélection s’effectue par croisements successifs, en fait empiriques. Cette amélioration génétique,n’intervient que pour une part réduite dans ce qu’est le toro de combat aujourd’hui. Elle reste heureusement très aléatoire.

      • > « Le toro de combat est sauvage au sens où il vit en sauvage, librement sur de grands espaces ce dont aucun animal d’élevage ne bénéficie. »

        C’est au contraire le cas de n’importe animal en élevage extensif. Les brebis sur les estives (ou les brebis des plaines australiennes si vous préférez) sont-elles sauvages ?

        • Pierre-Michel Vidal

          Même dans les estives ou dans les plaines australiennes il faut traire les moutons tous les soirs pour faire notre fromage préféré. il y a de nombreuses manipulations quotidiennes des troupeaux et cela donne du prix au rude travail des bergers. Ce n’est pas le cas dans les élevages de toros. J’ai bien écrit: « le toro de combat est sauvage au sens où il vit en sauvage, librement sur de grands espaces ce dont aucun animal d’élevage ne bénéficie. » Démontrez-moi le contraire…

          • « Démontrez-moi le contraire »

            Ce n’est pas difficile :

            Tous les troupeaux de brebis qui sont en estives ne sont pas des laitières, il y a aussi des élevages à viande (qui sont même je pense majoritaires plus à l’Est dans la chaîne), et même parmi les laitières ce sont parfois uniquement les juvéniles (non encore productives/non traites) qui sont montées en estive, avec une tendance à laisser les productives à l’exploitation en bas. Et les productives en estive passent en général la fin de la saison en étant taries.

            C’est même tout le problème de la cohabitation avec l’ours : de plus en plus d’éleveurs laissent (ou veulent laisser) les troupeaux seuls en estive sans aucun berger à demeure, avec juste une visite tous les 3-4 jours. L’AOC Barèges-Gavarnie (mouton à viande) stipule même explicitement que les moutons doivent être en totale liberté sur l’estive, y compris sans regroupement le soir.

            Quant aux moutons australiens c’est à ma connaissance essentiellement de l’élevage à viande, qui ne nécessite aucune attention quotidienne.

            C’est dévoyer le mot « sauvage » que de l’appliquer au taureau (en français) de combat : il vit dans un espace délimité par l’homme, domestiqué par l’homme, sa subsitence quotidienne lui est assurée, il n’a pas à se défendre contre des prédateurs, il n’a pas à se battre contre ses congénères pour établir sa domination, etc… Bref, il n’est pas plus sauvage qu’une brebis d’estive. Il a plus mauvais caractère, sans aucun doute. Encore que personnellement je n’irais pas trop chatouiller un bélier de trop près non plus, de même que j’évite de traverser un champ si je vois un bête taureau pas de combat du tout…

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