Plaidoyer pour la biodiversité.

«On a souvent besoin d’un plus petit que soi» nous dit la fable.

Dans un texte précédent, en évoquant la bible, on voulait démontrer que l’on accordait souvent de l’importance à ce qui n’en avait pas et qu’on «laissait passer le chameau» c’est-à-dire qu’on ne donnait pas d’importance à ce qui était essentiel.

Le sujet partait d’un exemple qui opposait l’utopie de vouloir sauver les moustiques et le constat que l’on reste sourds aux drames qui nous entourent.

«La défense du moustique est-elle une réelle priorité au regard de ces drames ?»

Un tel questionnement en appelle d’autres :

+«Le moustique» est-il réellement aussi peu important que le texte le prétend, ou que le sens figuré du nom de l’animal le laisse supposer ?

+Le fait de ne plus «laisser passer le chameau» implique-t-il qu’on ne peut plus être en mesure(ou en droit ?), de défendre aussi le moustique ?

+Que signifie «défendre»le moustique ? Une des défenses de l’espèce humaine ne serait-elle pas de limiter sa prolifération ?

+ S’appuyer sur une philosophie de l’espèce, c’est-à-dire la morale, la sagesse, la hiérarchie des valeurs…, pour résoudre la question, est-ce une bonne piste ? Je ne le pense pas. Ce sont des restes de l’emprise de la religion.

La nature ne philosophe pas, elle n’est pas morale, elle n’est pas immorale non plus ; elle est pragmatique et opportuniste.

Ceci ne veut pas dire que l’homme, être sensible et émotionnel, ne se sente pas concerné par le respect de la vie et la souffrance morale et physique constatée scientifiquement chez d’autres êtres vivants. Qu’il milite pour supprimer cette souffrance (aussi bien humaine qu’animale), inutile, rentable économiquement parfois, qualitativement néfaste, ludique même, s’explique. Les prédateurs ne tuent pas pour le plaisir mais par nécessité.

Ce qui manque à l’humanité c’est de l’animalité.

Se revendiquer pro ou antispéciste est une affaire de pseudointellectuels scientifico-incompatibles, qui aiment le débat pour le débat et n’ont pas le sens de la réalité de la gestion d’un système complexe, comme notre société, et son support biologique. Le OUI et le NON, c’est bon pour la technologie informatique ou la prise de décision dans des circonstances simples, mais absolument pas quand un très grand nombre de facteurs interagissent dans l’espace et dans le temps.

+Quand on prétend défendre, ou pas, «le moustique», de quel insecte parle-t-on ? Il y a 3546 espèces de culicidés (moustiques) répertoriés dans le monde, 65 sont présentes en France, le nombre fluctuant avec l’évolution du climat, beaucoup sont inoffensives pour l’homme. Seule la terminologie scientifique permet de cibler le moustique concerné.

En fait, l’allusion à la bible et le choix du moustique est symbolique ; on aurait très bien pu évoquer, à la place, les frelons, les guêpes, les douves du foie, les vers solitaires, les mygales, la puce, la punaise des lits, la mouche tsé-tsé, la vipère, le loup, l’ours… tous les parasites externes et internes et les prédateurs qui nous incommodent ; globalement donc, la biodiversité.

Cela ferait vraiment beaucoup d’animaux «sans importance», n’ayant aucun rapport avec les drames évoqués, alors que la chute vertigineuse de cette diversité explique de plus en plus les relations étroites qui existent.

«Sans biodiversité sur Terre, il ne saurait y avoir de survie, même artificielle» P.Picq

La « crise de la biodiversité » est l’occasion de nous interroger sur notre relation à la nature, voire de repenser cette relation.

Quittons donc le domaine émotionnel, philosophique de salon, économique, politique…; recentrons-nous sur la réalité de la vie.

Personne, pro, anti et les autres !!!, ne peut nier que la planète est un immense domaine où interagissent une infinité de participants comprenant des éléments non vivants et vivants, l’homme étant l’un d’eux. Quand cet écosystème perdure, des flux de matière, d’énergie et d’information assurent, avec les utilisateurs, le rétablissement d’un déséquilibre permanent ; on parle de stabilité dynamique interne, et externe avec l’environnement. Une régulation permanente limite l’extension des uns ou des autres ; tous les constituants y ont un rôle à jouer ; l’absence, la baisse ou la croissance démesurée de l’un d’eux génère un déséquilibre pouvant devenir irréversible et destructeur de l’ensemble.

C’est le cas actuellement, que ce soit culturellement ou biologiquement.

C’est la raison pour laquelle, aussi bien pour le moustique que pour la société et les drames que nous vivons, il est urgent de retrouver la régulation adaptée, par une transition écologique.

L’évolution du mode de vie, le comportement économique imposé par la politique et les conséquences environnementales sont à l’origine de ce déséquilibre :

+Culturellement, ce sont les migrations économiques, politiques, alimentaires, climatiques, les destructions de forêts (huile de palme, élevage intensif..), les guerres, les famines, le manque d’eau, les maladies…, les drames évoqués dans le texte.

+Biologiquement, au plan général, la hausse des températures provoque des migrations(aussi !) d’espèces qui arrivent dans des zones où elles ne trouvent pas leurs prédateurs, d’où leur multiplication sans contraintes ; il y a eu le frelon asiatique, la grenouille taureau, l’écrevisse américaine, de nombreuses plantes devenues envahissantes, le moustique tigre est aussi un bon exemple, il prolifère dans nos jardins et parcs, le jour, à Pau !

+Localement, l’homme a modifié l’environnement aquatique, soit en l’asséchant soit en multipliant les plans d’eau pour le loisir ou les retenues collinaires pour l’irrigation, sans les peupler des espèces aquatiques ou bordières prédatrices des larves ou des adultes (gambusies…)

+Irrigation ? L’arrosage par jets à longue portée inondent plantes, fossés et récipients qui traînent, une aubaine pour l’élevage des larves !

+Utilisation d’insecticides créant des phénomènes de résistance et la destruction simultanée d’espèces prédatrices utiles à la régulation.

+Destruction aussi de ces espèces prédatrices du fait de la pollution, l’agriculture industrielle, l’urbanisation, la disparition des haies, …

La liste des prédateurs qui ont disparu ou qui sont en voie de disparition, est fort longue :

Les moustiques passent la première partie de leur vie dans l’eau, sous forme de larves. Ils sont alors la proie, quand il y en a, de poissons comme les gambusies, de batraciens comme les grenouilles, les tritons, de larves d’insectes comme celle du dytique, des libellules, des notonectes…, de petits crustacés copépodes et même de certains vers appelés nématodes. Le «vulgaire» poisson rouge est un excellent prédateur pour nos bassins d’agrément.

Les adultes sont capturés par des oiseaux insectivores, comme les hirondelles et les martinets, par les chauve-souris (certaines espèces de chauves-souris peuvent ingurgiter jusqu’à 600 moustiques par nuit, mais aussi par les grenouilles, les salamandres, les libellules sans oublier les araignées (que bon nombre de citoyens écrasent quand ils en rencontrent !)

Que reste-t-il de tout cela, dîtes-le moi !

Il y a donc «urgence de l’essentiel» (E.Morin), de prendre des mesures pour protéger (défendre) énergiquement toutes ces espèces qui contribuent à une régulation naturelle, et même favoriser leur développement ou leur implantation.

Alors détruire sélectivement certains moustiques ?

D’abord c’est impossible car des mutations, croisements ou résistances apparaîtront.

Ensuite, ils ont leur utilité, ils sont un des maillons qui participe, si on les régule écologiquement, au maintien d’une vie normale, à la fois biologique et culturelle.

+ Ce sont des pollinisateurs.

+ Ils assurent la nutrition d’espèces ayant un rôle incontournable dans notre économie.

Protéger ne veut pas dire laisser pulluler mais permettre le maintien de l’espèce.

Alors ! La solution n’est pas chimique ou génétique, elle est tout simplement dans une transition écologique promise, mais non programmée par le pouvoir.

On tolère, souhaite même, l’accélération de la croissance, de la consommation, donc de la pollution, de la température, des cancers, des allergies… et on ne supporte pas la dingue…, les simples démangeaisons.

Un peu de réflexion !, un choix de vie a été fait collectivement, subissons en les conséquences, acceptons les contraintes en s’en protégeant…ou alors changeons le !

+Veillons à ne pas laisser de l’eau dans laquelle les femelles pondent.

+Plutôt que d’éliminer les adultes chimiquement, il faut utiliser des odeurs ou des systèmes pour les repousser, ou se protéger avec une moustiquaire, ou des habits dont on a tendance à se séparer avec les fortes températures ! En effet, quand une femelle n’arrive pas à piquer, elle ne peut pas nourrir ses œufs.

Et pourquoi pas se faire plaisir d’en écraser une sur sa cheville quand on la sent piquer !!!!; on ne risquera pas de perturber l’équilibre nécessaire car elles savent insensibiliser la peau à ce moment là, et on en tuera peu !

Signé Georges Vallet

credit photo:https://www.larepubliquedespyrenees.fr/2018/11/30/vallee-d-ossau-les-herons-gardes-boe

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