Choses de l’été

Hier matin, lors de ma désormais promenade de santé, autour du lac de Bocau Vielh, j’entends un père dire à son très jeune fils : « Tu voudrais peut-être que papa soit pêcheur ? » Je me suis dit que ce « peut-être » disait bien l’éternelle angoisse des pères face à leur fils. Je me trompe sans doute. Cela ne serait pas la première fois. Quelques mètres plus loin, deux vieux autochtones, sur un banc, regardaient l’autre rive où se poursuit le parcours. Une palanquée de promeneurs et sportifs — une nuée ? — attendaient que l’embouteillage créé par vélos, trottinettes électriques et autres moyens de transport, fraîchement mis sur le marché, se dissipe enfin. L’un d’eux dit, avec toute la vigueur de l’étonnement gascon, « bientôt, il faudra qu’ils foutent des gendarmes pour faire la circulation ! » C’est alors qu’un Rafale, oui un avion supersonique, — je ne saurais vous dire son identité, je n’y connais strictement rien — passe au grand ciel nuageux, dans un bruit assourdissant. Un silence s’est fait. Il n’a guère duré. Le même ajoute : « Pu… c’est pour le G7 ! » L’autre impassible lui répond illico « on a pas fini avec toutes ses histoires ! » Puis, revient le bruit, la rumeur plus exactement, d’une station balnéaire où on se baigne et bronze, et dort, enfin il faut le dire vite… Où, lorsque la pluie tombe soudain, on se bouscule, se cogne, consomme plus que de nature, mange, déguste huîtres et fruits de mer (ils arrivent peut-être de Bretagne ?), danse la nuit, marche toujours aussi nombreux à travers le « pinhadar » (pignadà). And son on ! Ah, j’oubliais, il y a cette planche qui se montre partout, comme l’objet de tous les désirs. Le surf est cette religion qui a sa liturgie, ses saints-champions, ses croyants toujours plus nombreux, qui dans une geste souvent maladroite, attendent de défier les vagues qui s’en moquent comme de leur première marée. Je remarque qu’ici, à quelques encablures d’un océan déchaîné, tout est sucre : crêpes, gaufres, glaces, sucettes, viennoiseries, churros, bretzel…. Je dois certainement en oublier. Peut-être que ces milliers de migrateurs manquent cruellement de douceur ? D’amour ? Il est vrai que les effets désastreux du dérèglement climatique, la tragédie des migrants, la grève des urgences, les folles saillies de Trump, de Bolsonaro ou de Salvini ont l’amertume d’un monde qui ne connaît pas de vacances.

Emmanuel Valenti

Crédit photo : wikipédia

Notez cet article

Cliquez sur une étoile

Note moyenne / 5. Nombre de note :

Nous sommes désolé que cet article ne vous ait pas intéressé ...

Votre avis compte !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *