Dans la série pour ne pas oublier.

Je me suis penchée sur ce vécu que de nombreuses femmes vivent dans la réalité, hiver comme été … il en est une particulièrement dont j’ai connu le sort qui lui fut réservé, exclue, femme parmi les hommes SDF, tentant de garder toute sa dignité malgré le manque, la déchéance, le manque d’hygiène, l’estime de soi, sa féminité, son amour-propre enfin subissant le regard d’autrui et ne souhaitant plus renouer avec le monde sinon le subir, jusqu’à finir oubliée !

Elle,

Ma chienne allongée à mes côtés, j’attendais je ne sais quoi, une main tendue qui sait, un sourire, narquois parfois, un bonjour, un bonsoir, une source d’espoirs, vivre enfin, exister … j’étais femme parmi d’autres, perdue dans la cohue de ces gens passant dans cette rue où j’avais pour habitude de m’installer.

Les potes comme moi SDF me laissaient cette place nous abritant ma chienne et moi, allez savoir pourquoi, ma chienne sans doute et son regard si tendrement posé sur eux. Une douce chaleur s’élevait de l’intérieur de ce grand magasin insufflant sur nos corps refroidis par la glaciale nuit une tiédeur généreuse que je ne refusais guère. Oui, je me souviens, cette nuit de l’hiver, la neige s’était installée brusquement, nous ne l’attendions pas ma chienne et moi … je ne craignais pas le froid, avant, pourtant aujourd’hui, surtout lorsque je suis endormie, il m’étreint si fort parfois que je le crains, lui et sa douce torpeur nous entraînant vers notre dernière heure car cela arrive souvent les soirs d’hiver pour les êtres appauvris et précaires. J’ai beau lutter contre lui cependant qu’il m’emporte lentement et je me laisse aller à somnoler jusqu’à m’assoupir pour m’endormir en ne me souciant aucunement de mon avenir !

Nous étions quelques femmes à vivre cette situation vers laquelle nous propulse la « faute à pas de chance », le malheur, ou simplement la vie qui en a décidé ainsi. La vie et les gens, la société, les tourments, l’argent et son avilissement si vous en manquez grandement … c’est si vite arrivé de se retrouver appauvris puis démunis pour devenir hélas sans abri ! Et c’est alors la longue descente aux enfers nous menant de la dignité à la déchéance, de chez vous à la rue où vous devenez tristement inconnus, misérables, méconnaissables sous ces oripeaux irritant votre peau que vous avez lisse tant glisse sur vous des mots sales comme les noms d’oiseaux ! Je ne sais plus exactement comment tout cela arriva, ce que je sais, c’est que je l’ai vécu. Il me semble que ma vie fut belle avant, avant que je ne sombre dans l’oubli.

J‘étais couchée sur un trottoir cette fois-là, dans une rue, laquelle, je ne sais pas je ne me souviens plus, ce que je sais c‘est qu‘il faisait très froid.

Bien à vous.

Samie Louve.

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