Anne, ma sœur Anne…

“Honni soit qui manigance.”

 Coluche.

Le président de la République l’a dit : il n’y a qu’un seul ennemi véritable dans la campagne des municipales c’est le Rassemblement National. Il l’a dit et en même temps comme un maître d’école sévère et austère, mécontent de ses élèves, il met ses ministres sous surveillances avec une « appli » consacré à leurs résultats. Ils étaient si mauvais que cela ces résultats ? Et nous avions à faire à de gros fainéants qui rendaient des copies bâclées ? C’est en contradiction avec un discours repris  en canon pas des médias bien complaisants –mis à part quelques brillantes exceptions- qui tous louent le succès de l’acte I du nouveau régime. Réussite d’un certain point de vue puisqu’une aucune opposition sérieuse n’est apparue, porteuse d’un projet alternatif, sauf celle menée justement par Marine Le Pen dont on sait qu’elle est condamnée à se heurter au fameux plafond de verre.

Emmanuel Macron ne fait confiance qu’à ses proches –à sa bande- et, qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse : la recette paye on le voit avec Castaner, dernier de la classe, mais appui indéfectible du Président. On le voit aussi avec le roi de la provocation et de la vulgarité, Benjamin Griveau, préféré par les affidés d’Emmanuel à Cédric Villani qui, pourtant porterait brillamment les couleurs de Paris, compte tenu de son passé de mathématicien reconnu mondialement. Le Président lui-même défend, contre tous les principes éthiques dont il se recommande, Richard Ferrand, personnage trouble et violent lui aussi, maintenu au perchoir malgré de graves soupçons de corruption : troisième personnage d’une République qui n’a plus rien d’exemplaire…

Pour Macron la fin justifie les moyens, on l’a vu avec la violence inédite sous la Vème République avec laquelle il a traité les « gilets jaunes », violence condamnée par de nombreux interlocuteurs à commencer par madame Bachelet, responsable des Droits de l’homme à l’ONU qui sait de quoi elle parle. Il ne faut guère se faire d’illusions sur le sort de Cedric Villani qui rentrera dans le rang ni sur celui de Richard Ferrand qui lui a peu de raison de s’inquiéter en fait.

L’os véritable pour le pouvoir macronien, c’est la réforme des retraites. Toucher à la retraite pour les actifs comme pour les retraité eux-mêmes c’est toucher à un tabou. On a beau mettre en avant le roi de la négociation, Jean Paul Delevoye, ce sera bien difficile de convaincre sans casser la vaisselle. Tout le monde est sur ses gardes car tout le monde se sent concerné et peu ont confiance dans les prétendues intentions vertueuses gouvernementales.

Sans lire dans le marc de café, il est prévisible que tout cela va profiter aux organisations syndicales, et aux plus radicales : la CGT et FO. Car les salariés savent qu’ils trouveront chez elles un appui plus solide et cohérent que dans la mouvance instable et considérablement affaiblie des gilets jaunes. Les grandes nations dans le monde économique moderne, à commencer par l’Allemagne, ont toutes des syndicats puissants avec lesquels les politiques et les chefs d’entreprises composent. Elles ne se plaignent pas de ce système de négociations permanentes. Cette renaissance syndicale annoncée, c’est un mal pour un bien diront certains : ceux qui tiennent le discours de la nécessité des corps intermédiaires.

Il faut encore que le gouvernail syndical soit tenu avec habileté et que rancunes et divisions soient mises dans les poubelles de l’histoire. Ce sera difficile… Il est loin le temps des Séguy et Bergeron… Cet hypothétique retour des centrales syndicales, ce n’était pas cependant forcément le but voulu par le président de la république. Il y a là un réel danger, potentiel du moins. Prudemment, il a donc souhaité reporter le projet définitif de réforme des retraites après les municipales.

Car le président le sait, il ne s’agit pas seulement, dans le vote aux élections locales, de choisir un bon maire c’est aussi l’occasion de sanctionner une politique, de constituer une opposition sérieuse et capable de contester une ligne politique. Enfin et surtout, de voir émerger un homme capable de s’opposer au président tout puissant et de se placer pour les présidentielles prochaines, mère de toutes les batailles, car ainsi fonctionne la Vème république.

« -Anne ma sœur Anne ne vois-tu rien venir ?

« -Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie. »

Mais déjà, derrière le nuage de fumée, Barbe Bleue se rapproche…

Pierre-Michel Vidal

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2 commentaires

  • Dans le cochon tout est bon sauf dans le Macron tout n’est pas bon. Dans les manifs des gilets jaunes comment faire face aux casseurs?

  • Article à charge, dommage.

    « il met ses ministres sous surveillances avec une « appli » consacré à leurs résultats »
    Mais non, il utilise ce qui a cours depuis des décennies dans toutes les entreprises, le manager demande à être informé de l’avancement de projets dirigés par ses collaborateurs. Ceci permet de mieux coordonner l’ensemble des projets.

    « Cédric Villani qui, pourtant porterait brillamment les couleurs de Paris, compte tenu de son passé de mathématicien reconnu mondialement. »
    Je ne vois pas où se situe le plus d’avoir reçu la médaille Fields pour ses preuves de l’amortissement de Landau non linéaire et de la convergence vers l’équilibre dans l’équation de Boltzmann….
    Brillant en mathématiques sans doute, mais où est son expérience pour la gestion d’une capitale ?
    Où est son programme ?

    « Tout le monde est sur ses gardes car tout le monde se sent concerné et peu ont confiance dans les prétendues intentions vertueuses gouvernementales. »
    Pourquoi prétendues vertueuses ?
    Cette volonté de mettre tout le monde sur un pied d’égalité devrait être louée par tous !
    Et s’attaquer à ces régimes d’une injustice flagrantes devaient être salué.
    Chapeau pour ce courage.

    Quant aux syndicats il n’y a rien à comparer avec l’Allemagne ou les pays nordiques qui pratiquent de vraies négociations intelligentes !
    CGT, SUD, FO : des caricatures de syndicats ils en sont encore à réclamer la retraite à 60 ans et soutiennent des retraites à 52 ans pour la SNCF , la RATP , …etc : ridicule.

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