Mélodie

Je savais où je mettais les pieds en arrivant dans la salle des pas perdus où, déjà, les gens se pressaient pour assister au procès. En montant les 23 marches me menant à la salle d’audience puis en traversant cette grande salle des pas perdus, une certaine appréhension me gagnait.

La chaleur associée à ma fatigue me dis-je tandis que j’emboîtais le pas d’une amie venue avec moi. Après avoir appris que le huis clos était rejeté et que le procès devenait public, je décidais d’assister au moins à une audience de ce procès qui dure toute une semaine. Il y avait bien longtemps que je n’avais mis les pieds dans un palais où se rend la justice des hommes. Un lieu chargé de tant de mémoires et d’une telle stature qu’il nous happe pour nous entraîner à travers le temps et l’espace et que des voix sourdes rendent palpables. Des voix mais également des pas qui, même si feutrés, pèsent dans cette grande salle où le silence règne pour peser sur nous ! Les policiers sont nombreux, ils vont et viennent, le gilet pare-balle sur la poitrine, l’arme sur le côté, le visage grave, ils nous suivent du regard alors que nous nous apprêtons à franchir la porte de la salle d’audience où a lieu le procès. Chacun d’entre nous laisse fouiller son sac l’autorisant, après une brève inspection, d’assister au procès. Une instance qui depuis Lundi tente de retracer les dernières heures d’une malheureuse jeune femme, heureuse de porter la vie et ignorante du sort que lui réserve un individu qui, après s’être introduit chez elle pour la voler va lui ôter la vie après l’avoir violée !

C’est ce meurtrier, Cédric Benasconi qui est jugé depuis lundi pour son crime, horrible crime qu’il va détailler durant le procès. L’horreur n’est pas un mot assez fort pour décrire cette mort lente qu’aura subie l’innocente jeune femme, enceinte de 8 mois. Mélodie Massé qu’une mort atroce surprend un soir de Juillet, laissant les siens et son compagnon dans une indicible détresse. Son compagnon dont je ne peux pas même imaginer l’effroi, la douleur alors qu’il découvre le corps inerte de la jeune femme, ligotée, bâillonnée apprenant par la suite qu’elle fut violée. Comme je peux comprendre que la maman de Mélodie après de telles atrocités commises par l’individu et un témoignage poignant, qu’elle « rejette le pardon d’un prédateur qui m’a pris ma fille » !

(Cédric Bernasconi a été diagnostiqué schizophrène à l’âge de vingt ans et aurait subi des sévices et violences sexuelles de la part de membres de sa famille)

Durant les quelques heures que j’ai passé dans ce tribunal de Pau … Cédric Bernasconi nous apparaissait prostré, entouré de policiers dans un box fermé par des vitres épaisses. Tout ce temps, à écouter les divers témoignages, à observer chacun d’entre nous présents, dont beaucoup de jeunes, je n’ai cessé de me demander comment un être humain peut commettre de telles monstruosités… et quelle en est exactement la cause ?

Aujourd’hui Vendredi, peut-être, le verdict… mais aurons-nous la réponse à ma question.

Je ressens une grande peine car une famille, une de plus pleure son enfant, sa fille, une jeune femme qui s’appelait Mélodie.

Bien à vous.

Samie Louve.

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4 commentaires

  • Le verdict est tombé. La cour d’assises a condamné Bernasconi à la prison à perpétuité sans période de sûreté.
    Autre point : Bernasconi était suivi par un psychiatre qui n’avait pas établi le degré de dangerosité de cet individu. Négligence ou incapacité de cette spécialité médicale à protéger la société ?

    • Quelles sont les spécialités médicales qui peuvent se vanter de pouvoir toujours établir des diagnostics et pronostics avec 100% de certitude ?

      En limitant par ailleurs d’office les réponses autorisées, votre question est un faux dilemme. Quid des moyens accordés au suivi des personnes ayant des pathologies mentales ? Quid du rôle de l’exclusion sociale dans le renforcement de ces pathologies ?

      • S’il est exact de considérer qu’un médecin ne peut établir un diagnostic ou un pronostic avec 100% de certitude, il convient cependant de considérer que la responsabilité pénale d’un psychiatre peut être engagée dans l’hypothèse où il n’aurait pas correctement apprécié le degré de dangerosité d’un malade mental et où il n’aurait pas pris toutes les mesures nécessaires afin de ne pas faire encourir un risque à la société.

        La loi du 27 juin 1990 stipule dans son article L339 < sans préjudice des dispositions des articles L.342 et L.347, il en est donné préalablement et aussitôt connaissance au préfet, qui peut ordonner immédiatement un sursis provisoire et, le cas échéant, une hospitalisation d’office conformément aux dispositions de l’article L.342. Ce sursis provisoire cesse de plein droit à l’expiration de la quinzaine si le préfet n’a pas, dans ce délai, prononcé une hospitalisation d’office.

        Dans son article < <
        C’est donc une erreur de considérer que le rôle du médecin psychiatre se limite à seulement soigner le malade et rien de plus. D’ailleurs des condamnations ont été prononcées pour des manquements imputés à des psychiatres.

        Voir à ce propos ce qui suit :
        https://www.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2013-3-page-112.htm
        Une psychiatre condamnée en correctionnelle. Quelles conséquences envisageables ?
        Jean-Marc Panfili
        Dans VST – Vie sociale et traitements 2013/3 (N° 119), pages 112 à 118

        La responsabilité pénale indirecte du psychiatre
        « Dans un deuxième temps, un des ayants droit de la victime a porté plainte contre l’hôpital Édouard-Toulouse, le préfet et les médecins, pour défaut d’assistance et homicide involontaire. Le plaignant a considéré qu’il n’y avait pas seulement un défaut d’organisation dans le service, mais également des erreurs de diagnostic et de prise en charge par le Dr C. Cette dernière a été mise en examen puis renvoyée devant le tribunal correctionnel pour homicide involontaire. Selon l’ordonnance de renvoi, le juge d’instruction a conclu que la psychiatre n’avait pas été attentive dans le cadre du suivi, qu’elle avait persévéré dans l’erreur de diagnostic, commis des fautes multiples et caractérisées ayant contribué au passage à l’acte violent du patient. Le magistrat instructeur s’est appuyé sur les observations des experts amenés à se prononcer depuis 2000, qui avaient posé le diagnostic d’une psychose entraînant un état de dangerosité psychiatrique avéré. Au vu des expertises, le juge d’instruction a également reproché à la psychiatre de ne pas avoir prescrit de neuroleptique retard, mais des antipsychotiques de dernière génération par voie orale.

        Dans le cas qui nous occupe à partir de l’article de Samie louve, il faut rappeler que le maire d’Anglet, M. Olive, avait envisagé une hospitalisation d’office du nommé Bernasconi. Celle-ci a été rendue impossible en raison de l’avis d’un psychiatre. Du moins si j’ai bien lu les articles de presse.

        Enfin et pour terminer Je n’apprécier pas beaucoup les donneurs de leçon qui disent que ma question est un faux dilemme. J’ai au moins le mérite de poser une question ce qui enrichit le débat et je ne me crois pas autorisé à procéder par des affirmations péremptoires, jugeantes et définitives.

        Maintenant quant à savoir si les moyens accordés au suivi des personnes ayant des pathologies mentales et si l’exclusion sociale dans le renforcement de ces pathologies joue un quelconque rôle, je crois pouvoir dire qu’il s’agit là d’un autre débat bien plus large que les questions que j’ai moi-même soulevées.
        Je renvoie seulement à cette interview de Bret Easton Ellis dans le journal Sud Ouest dimanche de ce jour : »Je me suis retrouvé complètement perdu, dans les années 2010, face à cette question : comment est-il possible que ce camp progressiste auquel j’appartiens soit devenu si « moralement supérieur », si prompt à interdire, à juger ? ».

  • Question que nous nous posons aussi, madame. Probablement n’aurons-nous jamais la réponse.
    J’aime la pudeur de votre article. merci

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