L’ours, encore…

L’ours hante, ici bas, dans nos plaines et vallées, alors qu’il vit là-haut près des pics et sommets de moins en moins enneigés. Pour avoir lu sur Alternatives les commentaires des commentaires exacerbés par l’hélitreuillage de nos deux nouvelles ourses, je me suis dit que ce fauve était le symbole même de notre dilemme qui ne date pas d’hier. Peut-on raisonnablement protéger la biodiversité tout en permettant au pastoralisme d’exister voire de se développer ? Je réserve ma réponse. Je suis en effet de ceux qui n’ont pas pour habitude de nourrir la polémique qui est superbement inutile et déprimante. Au mois de juillet dernier, la canicule était quasiment à son paroxysme, j’ai visité mes librairies paloises pour me pourvoir en lecture estivale.

Je ne sais toujours pas pourquoi je suis tombé sur L’Ours (1) de Michel Pastoureau. Je connaissais, par ailleurs, ces remarquables ouvrages consacrés aux couleurs. Je l’ai acheté et l’ai lu jour après jour, soulignant, ici ou là, des passages qui me semblaient importants pour une bonne compréhension de l’ouvrage. Je l’ai achevé début septembre, ayant par ailleurs dévoré quelques romans en retard.

Aujourd’hui, avec la pluie bienfaitrice — je dirais bienveillante — je peux vous dire que ce magnifique livre qui nous dit tout sur lo mossur (lou moussù) devrait être lu autant par ses soutiens que par ses détracteurs. L’ours est bien plus qu’un animal sauvage qui est, doit-on le répéter, omnivore. Il symbolise, depuis la nuit des temps, la gloire de la forêt, le roi-ours qui fut détrôné plus tardivement par le lion. On comprend mieux à la lecture attentive de ce livre combien l’inconscient collectif occidental, l’église en fit un ennemi à abattre, en a fait la créature démoniaque qui méritait d’être pourchassé.

Pastoureau nous l’apprend : « Comment les clercs du Moyen Âge féodal ont-ils pu laisser circuler en terre chrétienne de telles histoires, qui font de l’homme et de l’ours des être ressemblants, apparentés, interféconds ? » Pensons au mythe de Joan de l’Ors qui viole une bergère qu’il a préalablement enlevée à la communauté pastorale. Il en naît « […] un garçon qui tue son père mais qui a ensuite du mal à trouver sa place dans le monde des hommes. » Ainsi, à l’aune des derniers événements, nous pouvons imaginer que notre fauve montagnard aura, bientôt, toutes les peines du monde à trouver sa juste place parmi nous.

Emmanuel Valenti

1. Michel Pastoureau, L’Ours, histoire d’un roi déchu, Points Seuil, Histoire, 2015.

Crédit image : Pays de l’ours Adet

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