« La laïcité doit reprendre l’offensive »

« Un jour, des gens ne supporteront plus de baisser la tête en rentrant chez eux. Les affrontements sont programmés si on n’agit pas de façon très ferme et résolue. » Xavier Bertrand.

Xavier Bertrand n’a pas peur des tabous. Il avance discrètement. Mais il ne l’envoie pas dire lorsque l’on aborde les questions essentielles. Il s’agit de l’islamisme, un sujet dont le Président voulait s’emparer. Mais voilà que le président de la région Haut de France lui vole la vedette sur ce terrain qu’il avait choisi de « l’hydre islamiste », terrain contesté par une partie de ses troupes décidément bien hétérogènes et peu disciplinées.

Xavier Bertrand appelle, dans le Journal du Dimanche, le chef de l’Etat à « changer » soulignant un « risque d’affrontement ». Il note que le gouvernement fait preuve de « contradictions », d’« inconscience » et de « faiblesse » sur cette question essentielle.

La remarque est de bon sens et le ton modéré mais ferme, comme Bertrand en use le plus souvent. Il connaît son sujet : le Nord de la France où se trouvent tant de territoires exclus par le déclin industriel, de quartiers où les lois de la république sont bannies, des lieux abandonnés aux prêcheurs en eau trouble qui y trouvent des proies faciles.

Ça n’est pas une exclusivité territoriale, nous avons, à Pau notamment, des zones de ce type qui, par le passé, se sont distinguées par leur violence même si on n’en parle plus aujourd’hui. Sont-elles pour autant rentrés dans les rangs de la République ? et leurs imams sont-ils devenus des adeptes de cet Islam de France tant désiré mais dont on voit si peu la matérialité malgré les soutiens dont il bénéficie ?

Il y a de toute manière une continuité républicaine et les problèmes de cette envergure  concernent tous les citoyens, du sud comme du nord. Xavier Bertrand ne peut être taxé d’islamophobe, d’intolérant et encore moins de raciste, comme, sans doute, certains le feront. Il s’appuie au contraire sur les valeurs républicaines : Liberté, Egalité, Fraternité auxquelles il ajoute Laïcité car en effet c’est bien la question posée. Les islamistes les plus radicaux sont-ils prêts à accepter la laïcité cette donnée essentielle de notre société ? Considèrent-ils que la religion relève de la sphère privée ? Que leur croyance, pas plus qu’une autre d’ailleurs, ne peut se substituer à la loi républicaine ? A l’évidence non. Et, comme le dénonce Bertrand, ces imams, ces mosquées, ces libelles sont financés par des puissances extérieures.

Déjà des listes communautaristes sont annoncées pour les prochaines élections municipales (on parle de plusieurs dizaines) ainsi que des listes directement inspirées par le leader turc Erdogan et s’en réclamant ouvertement. Des listes dont le principe même serait inacceptable car anti-républicain. En fait « nous avons perdu deux ans (…) l’islam politique est un danger majeur qui remet en question les fondements de notre société (…) mais cela n’a clairement pas été la priorité d’Emmanuel Macron jusque-là ». Voilà le cœur du discours de Xavier Bertrand.

 Et pour que les choses soient claires, il ajoute sur sa page facebook : « la laïcité doit reprendre l’offensive. Nous sommes en guerre contre ceux qui veulent changer la face de la République française, ceux qui veulent s’attaquer à notre conception de la laïcité ». Pour Xavier Bertrand, « jusqu’à cette semaine » le chef de l’Etat « ne mesurait pas à quel point la situation est grave et que les intégristes ont une stratégie claire : provoquer une guerre des civilisations ». Comme Manuel Valls, il rejette le « principe d’excuse sociale » trop souvent évoqué pour excuser les dérives radicales et finalement violentes.

Bertrand propose de bloquer la diffusion internet de contenus à caractère haineux et d’infliger de fortes amendes aux sites qui les propagent, d’interdire les listes communautaristes aux élections car les partis politiques doivent suivre les principes de la laïcité. Et il ajoute : « Exigeons des agents de la fonction publique de souveraineté de prêter serment. Manquer à la laïcité deviendra un motif de révocation ».

Voilà qui ne va pas faire plaisir au Président qui a subi une dure semaine. Sa candidate à la commission européenne Sylvie Goulard a été sévèrement recalée et son leadership européen bien entamé. Il est désormais contesté sur le terrain national, sur un sujet très sensible, essentiel même, traité à la légère par son gouvernement. Bien qu’il s’en défende, Xavier Bertrand en portant avec efficacité cette attaque se pose en challenger crédible du Président, derrière les remparts bien gardés de sa citadelle des Hauts de France.

Pierre Michel Vidal

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2 commentaires

  • *Il s’appuie au contraire sur les valeurs républicaine : Liberté, Egalité, Fraternité auxquelles il ajoute Laïcité car en effet c’est bien la question posée. *

    La ferveur qui se manifeste autour de la laïcité depuis une vingtaine d’années me laisse toujours perplexe et je rappellerais un commentaire de 2017 :

    Jusqu’aux années 1980, l’école publique et la laïcité ont été un ciment de la République.

    Les années 1980 et 1990 ont vu des affrontements entre partisans de l’école libre et de l’école privé sur fond d’évitement social et de recul de la mixité sociale (cf. Eric Maurin, Ch. Guilluy, Jérôme Fourquet par exemple).

    En 1993, ce qui n’est pas encore trop lointain, MM. Bayrou, Fillon , Juppé ou Sarkozy par exemple, s’affairaient dans le gouvernement de M. Balladur pour réviser la loi Falloux. Il s’agissait notamment d’instaurer un financement plus libre des établissements privés par les collectivités.
    Cette mesure a été annulée par le Conseil Constitutionnel.

    Le débat a été abandonné avec la venue à cette période, des problèmes d’intégration et d’identité de la communauté musulmane.
    Curieusement la valeur de la laïcité a alors été redécouverte par toute la classe politique. Elle est maintenant portée au rang de valeur essentielle de la République. Dans le même temps, l’enseignement privé est toujours plébiscité par de nombreux parents et l’entre soi est toujours recherché.

    J’ajouterais et que MM. Macron, Bertrand ainsi que M. Bayrou sont compatibles entre eux mais il n’y aura qu’un élu à la Présidence de la République en 2022.
    Je me demande d’ailleurs si M. Bertrand maîtrise vraiment l’anglais, ce qui me paraît indispensable pour une telle candidature.
    La politique est aussi un marigot qui a des similitudes avec celui de Lerme.

  • Je ne vois pas d’opposition entre le point de vue de Bertrand ou de Macron, ce que laisserait penser cet article.
    Au contraire Xavier Bertrand assume le passé où on a laissé se développer un islam politique dangereux, ci après son interview dans le JDD :

    « Que pensez-vous du discours d’Emmanuel Macron après l’attaque de la préfecture de police à Paris?
    C’était un discours fort, nommant clairement « l’hydre islamiste « .
     » Mais ce sont surtout d’actes forts que nous avons besoin. Il faut mettre un coup d’arrêt à la propagation de l’islam politique. Ce qui se joue, c’est la cohésion républicaine. Sur ce sujet, nous avons tous péché par ignorance, naïveté ou lâcheté. C’est un échec collectif. Les provocations des radicaux, les intimidations et les attentats remettent en question notre mode vie. Pour tout cela, ce doit être l’affaire du président de la République. » (Le JDD 13/10/2019)

    Mais hélas les choses ne sont pas si simples car nos lois et nos juges ne peuvent sanctionner que des faits avérés…
    Au final, oui Macron est le premier défenseur de la laïcité contrairement à ce que laisserait croire cet article.
    Et les mesurettes proposées par Xavier Bertrand paraissent bien limitées.

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