Christian Laine et la police

On le sait maintenant, Christian Laine, actuel maire de Lescar, ne sera pas candidat à sa propre succession en mars 2020. Cela le rend sans aucun doute plus libre de parole. Dans un article consacré aux ressources financières de certaines communes du département (« La République des Pyrénées » du mardi 8 octobre), il lui est donné l’occasion de s’exprimer sur la situation de la ville dont il assure encore la gestion. Et là, incidemment, il évoque la police.

Pour être très précis, il convient de rapporter ici ses propos dans leur intégralité. Après avoir constaté que sa DGF (dotation globale de fonctionnement) a baissé dans des proportions non négligeables et reconnu que les Lescariens payent moins d’impôts que la moyenne des habitants de l’agglomération, il ajoute : « Ce qui m’agace, ce n’est pas d’être solidaire mais de subir en même temps le désengagement de l’État qui n’assure plus ses missions régaliennes comme la police ».

Le problème, parce que problème il y a, c’est que Christian Laine a raison. Officiellement, l’État ne s’est pas déchargé de ses missions régaliennes assumées par la police nationale aux dépens (ou au profit) des communes, mais force est de constater que la police nationale est de moins en moins présente. Il est loin le temps où cette dernière gérait, les objets trouvés, la délivrance des cartes d’identité, des passeports, des permis de conduire, des cartes grises, des titres de séjour, des autorisations de sortie du territoire. Elle ne se sent quasiment plus concernée par les problèmes de circulation. La verbalisation des véhicules en infraction, considérée comme une tâche peu valorisante, est laissée aux polices municipales. Les points de circulation et l’îlotage n’entrent plus dans ses missions habituelles. Les sorties d’écoles sont exclusivement assurées par les polices municipales ou des bénévoles. Les contrôles des débits de boissons, des marchés et des professions réglementées comme les antiquaires et les taxis sont définitivement sortis de son champ d’action. Elle est maintenant totalement absente des enceintes sportives. Il lui arrivait même de réaliser des enquêtes sociales.

Lorsqu’on se demande comment on en est arrivé là il faut bien admettre la responsabilité des syndicats de la police nationale. Ils sont nombreux et influents. Ils n’ont cessé depuis plusieurs années de dénoncer ce qu’ils appellent les tâches indues au point d’avoir conduit l’administration à les abandonner et à laisser les polices municipales s’en charger. Ce faisant, ils n’ont pas réalisé que la police nationale perdait cette dimension de proximité, qui, dans l’esprit des citoyens, permet de bénéficier d’une incontestable considération. Maintenant tout indique malheureusement que cette proximité, la considération accordée à ce service public sont oubliées. Un retour en arrière est évidemment maintenant impossible.

L’existence d’une police municipale entraîne des frais que le contribuable est bien obligé d’assumer. Pourtant dans le même temps, du moins à Pau, les effectifs de la police nationale sont en augmentation. Et si le désengagement de certains se traduisait par une charge financière difficile à justifier ?

Pau, le 14 octobre 2019

par Joël Braud

Crédit photo : La République des Pyrénées, archives JPG

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3 commentaires

  • Prochainement on descendra de police municipale à milice de quartier. Et bientôt les différentes polices se taperont dessus ….. Ainsi va le monde.

  • Cette affaire de police municipale montre l’ampleur de la gabegie française
    On dispose donc d’une police, d’une police communale, d’une gendarmerie et puis quoi encore ?
    Le plus rigolo c’est que ces entités perdent du temps pour se coordonner… qui fait quoi ? c’est l’inefficacité française…

    Il faudrait aussi parler de la tentation des roitelets à disposer de leur propre « armée » …grisant
    Faut il une police municipale à Serres Castet ? à Morlaas ? à Lescar ? Communes sur lesquelles il y a la gendarmerie et où il ne règne aucune insécurité ?
    Non c’est totalement injustifié !
    Concernant les finances des communes, je suis scandalisé d’entendre ces Maires larmoyer sur la baisse de la DGF
    Les dépenses des communes ont très largement dérivé entre les années 80 et 2000

    « le bloc communal, par son poids relatif, concentre la majeure partie de la progression des dépenses à champ
    constant sur longue période »

    « Les dépenses des collectivités locales ont globalement évolué sur 25 ans (1983-2008) à un rythme plus élevé que le PIB. Si environ 60% de cette hausse est liées aux transferts de compétences intervenus lors des vagues
    successives de décentralisation, le groupe de travail estime qu’environ 40% de la hausse des dépenses s’est effectué à champ constant  » (Rapport Carez)

    Puis vint l’intercommunalité qui devait diminuer les dépenses… ce fut le contraire :
    https://www.ifrap.org/sites/default/files/SPIP-IMG/pdf/SC_102.pdf
    « augmentation des dépenses de 29% entre 2004 et 2008 »
    « Dépenses de personnel en hausse de 64% en dix ans  » !!!!!!!

    Il est totalement anormal que les media n’opposent pas à ces Maires pleurnicheurs les nombreux rapports de la cour des comptes qui dénoncent les gabegies des blocs communaux.

    • Tout à fait d’accord.
      Quelques éléments supplémentaires :
      La police municipale de Lescar n’est composée que de quatre membres. Cependant il a été crée une police municipale, en nombre renforcé, compétente sur toutes les communes de l’agglomération. Aux ordres de qui ?
      Les syndicats de a police nationale, influents, ont imposé leurs revendications à la hiérarchie. Pour éviter les vagues les politiques se sont soumis.
      Il existe une préconisation européenne qui vise à ce que les polices soient unifiées. La Belgique a respecté le principe en unifiant ses forces de l’ordre. En France nous avons vu se développer les polices municipales dans des proportions inégalées. Nous sommes revenus au temps précédant la création de la sûreté nationale.
      Enfin, il n’a pas été établi que la multiplication de ces polices municipales faisaient baisser les chiffres de la délinquance et améliorait le taux d’élucidation.

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