En Tunisie démocratie et progrès économique ne sont pas pour demain !

Lors de ses trente années au pouvoir, Habib Bourguiba a concentré son action présidentielle sur un développement économique volontariste, l’éducation, ainsi que l’égalité entre hommes et femmes. Il a également imposé un système de parti unique.

Deux facettes bien différentes voire contradictoires du personnage.

Mais son avenir se devinait après les événements de Gafsa, une action armée menée en 1980, puis les émeutes du pain fin décembre 1983 – janvier 1984.

Le pouvoir vacillait . La paix dans le pays nécessitait un homme fort et sur un coup d’État justifié par des « raisons médicales », Ben Ali, de formation militaire, déposa Bourguiba en 1987 pour lui succéder.

La Tunisie s’est ouverte, certes, au tourisme occidental mais nul n’ignore que ce dernier a seulement permis de maintenir une apparence de progrès et de démocratie.

Le nouveau chef de l’État instaura très vite un régime autoritaire, comme l’avait Bourguiba, qui lui permit de juguler toute opposition notamment celle des islamistes qui, de fait, sont restés les véritables maîtres de la Tunisie .

Une page s’est tournée avec le départ, tel un voleur, de Ben Ali et d’autres qui doivent leur protection à l’Arabie Saoudite.

Nombre de jeunes Tunisiens qui n’ont connu que le régime de Ben Ali, n’ont pas été alors insensibles au discours « rassurant » des cadres du parti Ennahdha qui proclament à la fois leur attachement à la démocratie libérale et leur volonté de moraliser la société tunisienne traumatisée par plus de cinquante années de dictature.

En 2014, une assemblée constituante, adopta une nouvelle constitution dont les premiers mots sont «  Au nom de Dieu , le Clément, le Miséricordieux » laissant deviner la main d’Ennahdha, le parti islamiste, tout au long du texte.

Son préambule rappelle l’attachement du peuple aux enseignements de l’islam, curieusement combinés avec les « hauts principes des droits de l’homme universels », ainsi que l’appartenance de la Tunisie à la nation musulmane.

Et voilà que cette république vient d’élire un président qui a contribué à la rédaction de cette constitution et prône un conservatisme moral et religieux, un président qui condamne l’homosexualité, souhaite rétablir la peine de mort et s’oppose à un héritage égal entre homme et femme, principe coranique.

La désignation d’un premier ministre proposé par le parti islamiste et l’élection à la présidence de l’Assemblée des représentants du peuple de Rached Ghannouchi, le chef du parti islamiste dont il fut une figure de la première heure, ne manque pas d’interpeller.

Avec à sa tête un tel trio de dirigeants la Tunisie ne peut échapper à l’emprise islamiste et donc à une omniprésence religieuse. Et à voir les « progrès »  économiques, sociaux et démocratiques des pays soumis aux fondements de la charia, il est à craindre que la Tunisie doive attendre pour entrer dans le club des démocraties modernes et laïques.

Pierre ESPOSITO

Avocat honoraire.

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